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Il était une fois le Mokele Mbembe

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Pierre Achach

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Il était une fois, il n’y a pas si longtemps, dans la grande forêt du Congo, une créature qui vivait là et qui semait la terreur dans toute la région. Le Mokele Mbembe, sorte de tyrannosaure géant et hideux, était si sauvage et si vorace que ceux qui avaient pu l’apercevoir ne pouvaient en parler sans être pris de convulsions de terreur. Certains l’avaient vu engloutir quelques éléphants pour le petit déjeuner.
Non loin de là, à Oyo, village de la Likouala, le roi Popo, deuxième du nom, s’apprêtait à marier sa fille, la princesse Fatou. Et, comme il est d’usage, il fit venir les prétendants dans la case royale, afin de demander à la princesse de choisir son mari parmi eux. Fatou, qui avait à cœur le bien-être des habitants du village, eut l’idée d’organiser un concours dont le vainqueur, celui qui terrasserait le Mokele Mbembe gagnerait sa main.
Alors que la princesse exposait son idée, un frisson d’épouvante parcourut la foule des jeunes gens rassemblés dans la case. Tous, déçus et en colère, prirent peur et sortirent de la case. Tous sauf un, Diallo, dont le courage n’avait d’égal que son amour pour la princesse.
Dès le lendemain matin, Diallo se mit en route, à travers la grande forêt. Il connaissait bien cet environnement dans lequel il avait grandit; les arbres aux lianes, les animaux petits et grands, les araignées au dos rouge, les perroquets multicolores et querelleurs ; mais cette fois, c’était différent. Il savait qu’il devrait sans doute marcher plusieurs jours, seul, avant de pouvoir affronter le Mokele Mbembe. Et, une fois en face du monstre, qu’allait-il faire, comment allait-il s’y prendre ?
De plus, ce matin-là, Diallo ne fut pas le seul à quitter le village. Makaya, un des prétendants éconduits de la princesse, s’était juré de faire échouer la mission de Diallo.
Au soir du deuxième jour de marche, alors que Diallo, ne s’était presque pas arrêté et n’avait mangé qu’une seule banane, il sentit la fatigue le gagner. Il décida donc de s’allonger sur une roche plate, contre un arbre, pour dormir un peu. Cette nuit-là, Diallo fit de beaux rêves ; des papillons, des oiseaux chanteurs et ce petit singe, Zito, qui parlait très clairement le lingala et le français, et qui tapotait gentiment l’épaule de Diallo. Il fit si bien, Zito, que Diallo se réveilla et découvrit avec surprise le petit macaque près de lui, qui continuait à lui parler :
« Tu vas donc à la rencontre du Mokele Mbembe pour le mettre hors d’état de nuire », lui dit le singe.
Diallo fût si étonné qu’il ne sût pas quoi répondre. Il avait pourtant lu Alice au pays des merveilles ; mais les animaux qui parlent, il pensait que ça n’était que dans les livres que cela existait.
« Je vais te donner cette boite de poudre, qui te sera utile. Si tu en verse un peu dans l’œil du monstre, celui-ci verra sa taille divisée par plus de mille, si bien qu‘il ne sera pas plus gros qu’un petit lézard » poursuivit Zito.
A ces mots le petit singe posa la boite à côté de Diallo, et disparut en un instant dans le feuillage des grands acajous.
Pendant ce temps, Makaya avait pris contact avec le sorcier Abraca, qui avait la réputation de pouvoir parler au Mokele Mbembe. Son plan était simple, s’il pouvait prévenir le monstre, par l’intermédiaire du sorcier, qu’un des villageois voulait s’attaquer à lui, le Mokele Mbembe se tiendrait sur ses gardes laissant ainsi bien peu de chances à Diallo de parvenir à ses fins. Un Mokele Mbembe averti en vaut deux.
Sitôt dit, sitôt fait ; et c’est en fait avec beaucoup de reconnaissance que le monstre écouta la mise en garde d’Abraca. Aussi, fit-il chercher Makaya pour le remercier et lui offrir du vin de palme. Ils burent tant tous les deux, que l’ivresse commençait à les gagner ; puis n’ayant plus toute sa tête, le Mokele Mbembe, pris d’une petite faim, attrapa Makaya et le croqua sans autre forme de procès, avant de s’endormir profondément.
Non loin de là, caché dans la canopée, Diallo observait la scène. Il vit que c’était le moment d’intervenir. En quelques mouvements lestes et agiles, il descendit de l’arbre et s’approcha du Mokele Mbembe. A peine eut-il versé la poudre que Zito lui avait donné, dans l’œil du monstre, que celui-ci commença à rétrécir, lentement d’abord puis de plus en plus vite. D’un mouvement vif et adroit, Diallo le saisit alors par la queue et l’enferma dans une petite cage en bambou qu’il avait pris soin de confectionner auparavant, en prévision.
Les noces furent grandioses. Tout le village d’Oyo était soulagé et heureux, et dans l’allégresse générale, il n’y eut personne pour remarquer l’absence de Makaya.
Diallo et Fatou vécurent heureux pendant très longtemps.

PRIX

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Coraline Parmentier · il y a
Très très bon écrit, vous avez mes voix !
A présent, si vous voulez lire mon royaume embrumé en lice pour Imaginarius, c'est par ici...
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-royaume-dans-la-brume

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Daniele Achach · il y a
tu as bien du talent
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Nathalie Perton Couriaut · il y a
Tiens tiens une histoire africaine, nous avons au moins ça en commun...Si vous souhaitez me lire: http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/de-corde-et-d-acier
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KELM · il y a
mon vote , bonne chance

je suis là , merci http://short-edition.com/oeuvre/poetik/derriere-la-salle-de-bain

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Annelie · il y a
Mon vote ! Bonne continuation sur SHORT !
Je suis là, jusqu'au 21 !!! http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/histoire-a-l-eau-de-rose MERCI DE PASSER ME VOIR !

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Yves Le Gouelan · il y a
Un conte plaisant aux accents lointains qui se lit d'une traite.
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Bertrand · il y a
un conte africain vif et coloré
comme celui de Kirikou
qui met en valeur la ruse et la bonté
plutôt que la force
comme solution aux problèmes^^+1

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Emma · il y a
Je croyais avoir déjà commenté et voté...
Sympa ce petit conte. Il me fait penser un peu à l'album Rafara... Je l'ai lu en imaginant un peu ces décors en tout cas.

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Chantal Parduyns · il y a
Quelle belle histoire !
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Benjamin Menesguen · il y a
Pierre, l'histoire que tu nous racontais au paravant, maintenant, tu l'écris. Cette histoire, ce conte est passionnant, bonne chance a toi !
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