Il est un rêve

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Il est un rêve que je fais parfois certaines nuits, toujours le même, quelle que soit l'humeur du jour d'avant.

Je me promène le long d'une rivière, qui n'évoque rien de particulier pour moi, je suis sure de ne pas la connaître. Je ne suis même pas sure qu'elle se situe sous nos latitudes au vu de la végétation tout autour. Je suis seule, je marche tranquillement, je regarde la nature autour de moi, les animaux, les rochers qui affleurent, les arbres et suis envahie d'un sentiment de plénitude. J'entends juste le chant des oiseaux. Il fait chaud mais sans que cela soit étouffant, en tout cas je n'ai pas trop chaud et je savoure les rayons du soleil sur ma peau.

Une silhouette se profile au loin, celle d'un homme. Je ne vois pas encore son visage. Pourtant j'ai le sentiment que cet homme, je le connais. Quelque chose dans sa démarche ou son allure. Mais, encore une fois, je ne suis jamais venue ici et n'ai pas de rendez-vous. Pourquoi alors le connaîtrais-je ?

L'homme marche tranquillement lui aussi et regarde autour de lui. Sa démarche est lente, il se promène. Je vois qu'il vient de m'apercevoir car il a marqué comme un court temps d'arrêt et son visage reste tourné dans la direction désormais. La rivière fait un léger coude, alors nous ne sommes pas encore tout à fait face à face.

Je poursuis ma route moi aussi, à la même allure. Pourtant ce sentiment que sa silhouette m'est familière pourrait m'amener à presser le pas, pour le rejoindre plus vite. Mais je n'en fais rien et lui non plus. Est-ce que lui aussi a cette impression de me reconnaître de loin ?

Petit à petit la distance entre nous se réduit. Je distingue un peu mieux son visage mais sans qu'il soit tout à fait encore reconnaissable. Le temps me paraît long jusqu'à ce qu'il arrive à ma hauteur, mais je continue à ne pas presser le pas. Si finalement je ne le connaissais pas, de quoi aurais-je l'air en me précipitant ? Et puis cette sensation du temps qui dure n'est pas si désagréable. J'essaye de convoquer des souvenirs raccrochés à cette silhouette, évoque plusieurs hypothèses.

Il a cueilli sans s'arrêter de marcher un brin d'herbe que je le vois porter à sa bouche. Il me semble que ce faisant il esquisse un sourire, mais c'est peut-être un rayon du soleil qui se reflète à la surface de l'eau et illumine son visage un instant.

J'ai l'impression de commencer à compter dans ma tête à chaque pas. J'aimerais savoir à combien de pas nous sommes encore l'un de l'autre. Mais je ne fais pas attention à ce décompte. Le chant des oiseaux est toujours présent et le ruissellement de l'eau semble plus fort maintenant.

Lorsque nous sommes à 20 pas, je distingue cette fois parfaitement son visage : c'est le tien. Un peu vieilli, nous ne nous sommes pas vus depuis près de 20 ans, mais parfaitement reconnaissable. Ton front haut, tes yeux légèrement en amandes, tes pommettes un peu saillantes, ton sourire si doux mais qui peut être un peu moqueur aussi. Je te souris à mon tour. Ce n'était pas toi que j'imaginais de loin, j'avais peut-être oublié ta démarche, mais suis heureuse que ce soit toi. Tu tiens toujours le brin d'herbe entre tes lèvres. J'ai l'impression que soudain les oiseaux se sont tus, je n'entends plus que le bruissement de l'eau et des arbres car le vent s'est levé un peu. Il apporte un surcroît de chaleur me semble-t-il.

Nous nous arrêtons à 1 mètre l'un de l'autre. Ni toi ni moi ne parlons. Nous nous sourions et nous regardons. Je suis bien, apaisée. Il me semble que vas dire quelque chose mais sans hâte, comme si notre rencontre était naturelle et pas inattendue pour toi.

C'est à ce moment que je me réveille, chaque fois. Il fait chaud dans la chambre et j'entends le chant des oiseaux par la fenêtre ouverte. Je suis encore dans ce sentiment de plénitude au moment du réveil mais cela ne dure pas. Je voudrais me rendormir tout de suite, t'écouter me parler, te répondre, te demander comment tu vas. Peut-être aussi te serrer dans mes bras. J'ai beau garder les yeux fermés, refuser de bouger la moindre partie de mon corps pour ne pas sortir tout de suite du sommeil, je ne me rendors pas.

La tristesse m'envahit alors, pas tout à fait la colère malgré cette frustration répétée à chacun de ces rêves inachevés. Je sais que te revoir n'est pas vraiment possible. Je ne sais pas où tu habites désormais, toi qui aimais tant voyager et loin. Et moi aussi j'ai beaucoup bougé. Mes tentatives de recherches sur les réseaux sociaux n'ont rien donné, mais cela ne m'étonne pas plus que cela. Tu n'es pas du genre, je crois, à exposer ta vie comme cela.

Pourtant j'aimerais te revoir, savoir ce que tu vis, quel homme tu es devenu. Une amie m'a dit que ce rêve récurrent est peut-être prémonitoire et que nous nous reverrons sans aucun doute un jour ou l'autre. Elle m'assure que les choses ne peuvent pas en être autrement dans un éclat de rire. Je ne sais pas si elle le dit sérieusement et si j'ai envie de la croire, je ne crois pas à tout cela généralement. Mais en même temps, la précision de ce rêve m'amène parfois à penser que quelque chose est écrit quelque part et que nous nous reverrons. Enfin, j'aimerais y croire parfois, sans m'y accrocher tout à fait.
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