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Houston Palace

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Paul Alma

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Houston, dans l’hôtel de luxe de Ma Dalton.
Elle vit ici avec son chat Sweety et Rantanplan, qui trône vautré devant la porte d’entrée sur le perron de l’hôtel, attendant consciencieusement l’heure du déjeuner. Sweety, comme à l’accoutumée, se laisse bercer sur les genoux de Ma installée sur son rocking-chair dans le hall d’accueil, un vieux tromblon à portée de main, non loin de la porte en tourniquet. Cette porte est faite de quatre solides grilles un peu tordues, vestiges récupérés du pénitencier suite aux nombreuses évasions ratées de ses quatre avortons.
C’est bientôt le moment du déjeuner de midi, et une grande réception s’annonce pour le Congrès International de Minéralogie qui débute ce jour.
Dans le restaurant au fond du hall, tous les invités devisent gaiement autour du buffet pantagruélique dressé par Averell, qui tente à coups de marteau de décoller ses crêpes collées au plafond. La plupart des convives observent avec grand intérêt la solidité de cette nouvelle recette de ciment.
On reconnaît entre autres personnalités le riche Dick Digger, Plack Wilson qui n’a pas abandonné l’idée de faire circuler ses diligences sur de grands axes sécurisés, le chef indien patron des puits de pétrole de Boomville, le colonel Drake accompagné de son fidèle acolyte Bingle qui apprécie manifestement beaucoup cet hôtel. Toutes les portes des chambres sont en effet d’anciennes grilles de cellules de prison, et ce dernier se livre à son obsession maladive de creuser le sol de chacune avec sa pioche pour y chercher du pétrole. W.H.Russel de la Pony Express, Monsieur Eads spécialiste des ponts et le dirigeant de la Central Pacific, sont tous trois présents pour imaginer les voies de circulation de demain. Zacharie Martins est venu lui aussi trouver une oreille complaisante pour mettre en place ses idées explosives, notamment son projet d’envoyer le corbillard de son associé dans l’espace. Il est d’ailleurs le président organisateur de cette réunion, dont la banderole représente son emblème, deux canons croisés en forme de X. Dans la salle de jeux attenante au restaurant, Jack, dans un élégant costume noir de croupier, astique minutieusement avec Arthur et Adolphe une longue rangée de Black Cat.

Deux prospecteurs français descendent de leurs montures devant l’hôtel. L’étalon se nomme Vinci et la jument Eurovia. Eurovia est une jument coquette soucieuse de rester propre, et qui s’offusque de voir ses sabots couverts de boue. Vinci renchérit : « Oui, ma pouliche, ces rues manquent vraiment d’équipements. » Jolly Jumper, attaché non loin d’eux, hennit dans sa barbe, et leur rétorque : « Ne vous plaignez pas, la semaine dernière Denver Miles a été expulsé pour avoir triché au poker, et il y avait plein de goudron dans la rue ! »

Les nouveaux arrivants sont deux ingénieurs, Louis Loucheur et Alexandre Giros, venus faire des prélèvements de minéraux dans le nouveau monde. Ils montent les marches du perron.

Ma attrape sous son siège le tromblon et tire une salve au plafond avant de s’écrier : « Joe des clients dehors, va les accueillir et prendre leurs bagages! »
Joe, en tenue de groom, sort de derrière le comptoir où l’on n’apercevait pourtant que William préposé à la conciergerie.
Joe : « Mais Ma, pourquoi moi ? Tu sais bien que ça me rend nerveux de faire entrer les clients, je préfère les voir détaler une fois dévalisés.
Surgit Lucky Luke qui descend de sa chambre depuis la mezzanine au premier étage.
Lucky Luke : « Allons Joe, ta période de mise à l’épreuve touche à sa fin, jusqu’à maintenant tout s’est bien passé, et tu vas pouvoir bénéficier de la réduction de peine de 70 ans promise, tu n’en auras plus alors que 943 à passer sous les barreaux. »

Joe (rouge et fulminant, les dents serrées) : « Lucky Luke, attends un peu que je sois libéré définitivement, tu ne perds rien pour attendre. »
Tout à sa rage, il pousse violemment les portes en tourniquet, emportant dans un saisissant vol plané au milieu du hall un Rantanplan aux yeux révulsés, les quatre pattes écartées, aboyant de terreur, tel un yōkai japonais. Son parcours le fait immanquablement atterrir sur Sweety qui se hérisse en crachant sur ce missile involontaire. Rantanplan s’écarte vivement pour échapper aux griffes, patinant sur le carrelage trop ciré, tout en se plaignant : « Home Sweety home, il n’est vraiment pas accueillant ! »

Joe maintenant sur le perron se fend d’un sourire tranchant à la vue des deux invités, tout en appelant férocement William et Averell pour qu’ils viennent porter les bagages, et se contente lui-même de tendre agressivement les mains pour récolter son pourboire. William obtempère mollement pendant qu’Averell, au fond du hall dans le restaurant, la toque de cuisinier aplatie sur la tête, crie à Joe : « Non Joe, ou tu gardes ta place, ou tu fais la mise en place ! »
Joe veut s’en retourner pour aller l’étrangler, mais Lucky Luke, qui est sorti chercher un épi de blé frais et ne le lâche pas d’une semelle, lui fait obstacle en lui disant : « Allons Joe, ne te fais pas bourreau, fais plutôt ton office. »

A la vue de Joe, les deux ingénieurs semblent réticents, se demandant ce que veut ce petit diable rouge cramoisi et très agité qui gesticule devant eux. Ils tentent de le contourner, mais Joe recule les bras en croix et leur bloque l’entrée. Et son regard se marque comme deux revolvers prêts à tuer quand ils lui demandent s’il peut s’occuper de l’avoine pour leurs deux chevaux. Ils n’insistent donc pas et acceptent à contrecœur de mettre la main à la poche, pour lui donner chacun un billet d’un dollar, afin de pouvoir passer ce péage improvisé, situation qui semble paradoxalement leur donner des idées. Mais de leurs poches sortent en même temps du gravier et du sable, qui emplissent les mains de Joe, ce qui a pour effet de lui faire regretter encore plus amèrement de ne pas être armé. Joe s’écroule de rage sur le perron, martelant le sol de ses pieds et de ses mains, tandis que ses larmes mélangées aux gravats finissent par faire mortier.
Lucky Luke qui a suivi la scène lui dit en s’esclaffant : « Laisse béton Joe ! »

PRIX

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Jean Calbrix · il y a
Bonjour, Paul ! je relis avec plaisir votre excellent Lucky Luke !
Je vous invite à lire, voire soutenir, mon sonnet Tarak en finale été : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/tarak merci d'avance !

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Jean Calbrix · il y a
Excellent ! Tout à fait dans l'esprit de Morris-Goscinny ! Bravo, Paul ! Vous avez mon vote !
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Annie Ropert · il y a
Bravo Antoine, c'est très bien écrit !
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Geny Montel · il y a
De beaux clins d'œil !
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Adonis · il y a
J ' aime beaucoup. .
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Ody · il y a
Mort de rires avec votre texte, j'ai failli placé de vinci, me suis contenté d'une grande route, mais j'avoue cela m'a démangé ;)
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Mélany Boivin · il y a
Bonne histoire qui sut me garder en haleine du début à la fin. Génial le jeu de mot à la fin ! Mon vote ! Je vous invite à passer voir ma propre histoire: Les Dalton sont de retour.
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Janick Lucas · il y a
très sympa ce texte! +1
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Paul Alma · il y a
Merci pour le vote
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Thara · il y a
Une belle lecture ponctuée avec une pointe d'humour. Et, un petit clin d'oeil à Vinci et Eurovia avec cette phrase :
(afin de pouvoir passer ce péage improvisé, situation qui semble paradoxalement leur donner des idées).
Bien vu !

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Robert Dorazi · il y a
C'est vrai que les Dalton sont inséparables du monde de Lucky Luke. Bien vu!
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