Histoire ancienne

il y a
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J'aime bien être là. Et ça fait travailler mon sac de mots. Lire ici, écrire ici, c'est comme trouver un trésor. Petite précision, mon pseudo masculin pourrait prêter à confusion, mais non  [+]

"Au bord d'une rivière, accolée à un château, par une fin d'après-midi tranquille, on entendit ces mots :
- Je suis un crapaud et tu dois m'embrasser sur la bouche pour que je puisse me transformer en prince charmant et pour que tu m'épouses.
- Depuis quand les crapauds parlent ? répondit une voix rieuse et certainement féminine.
L'autre voix répondit, en croassant :
- Et je te donnerai tous mes trésors.
Avant qu'une voix toujours rieuse puisse dire, presque perfidement, "lesquels ?", un prince qui s'appelait Riquet à la houppe, très, très intelligent, mais pas très beau, presque laid, petit, avec des cheveux hirsutes, orange, d'après les critères de l'époque en tous cas salua avec amitié le crapaud parlant et la voix rieuse, enfin la princesse à la voix rieuse.
La princesse déposa le crapaud, qu'elle embrassa sur le front du bout des doigts, qui sauta dans la rivière, dégouté. Ce sera pour plus tard, se dit-il.
Riquet à la houppe écouta patiemment la rieuse raconter ses histoires avec le crapaud.
Dès qu'elle eut terminé son histoire, le prince mit un genou à terre, digne, élégant, et sans trop réfléchir, puisqu'il était très, très intelligent, dit de sa voix la plus douce :
- Moi, Riquet à la houppe, prince de l'intelligence, si tu m'épouses, tu deviendras très intelligente, et je serai aussi beau qu'intelligent.
Aussi beau qu'intelligent, certes, c'était tentant comme marché, surtout après les propositions du crapaud. La princesse, qui se trouvait suffisamment intelligente pour distinguer un crapaud parlant d'un prince beau-parleur, s'enfuit soudainement, un peu vexée, vers la forêt, se changer les idées, respirer un peu.
Elle connaissait bien la forêt, pratiquement arrimée au château, mais... Elle pensait à ses deux soupirants, à leurs propositions inégales, et s'égara. Elle tourna en rond, reprenant le même chemin, croyant prendre la direction du château à chaque fois. La nuit fondit sur la forêt et elle partit à travers bois, abandonnant le chemin balisé.
Elle s'arrêta au pied d'un grand arbre, et s'y hissa pour passer la nuit à l'abri des petites bêtes qui piquent, comme des grosses qui mordent. Elle se reposait, calée par des branches qu'elle avait réussi à agglomérer tout en haut quand un éclair, suivi d'un coup de tonnerre assourdissant la firent sursauter. Des éclairs foudroyants traversaient le ciel. Elle savait que certains arbres pouvaient être frappés par l'orage, et descendit de l'arbre à toute vitesse. La pluie tomba, et la forêt ressembla bientôt à une rivière en crue.
De là-haut, sur l'arbre, elle avait aperçu une tour grise qui sortait un peu du flot vert.
L'orage palpitant terriblement autour d'elle, elle galope vers cette tour presque sans rien voir à travers toute cette eau.
Au pied de la tour noyée dans le ciel, éreintée, trempée, elle découvre un château. A la première porte qu'elle atteint, elle tire sur un cordon de cloche, qui se met à vibrer, et une cloche tonitruante hurle "Quelqu'un !", pousse un soupir et se fige.
"Quelqu'un" ouvre la porte, qui se referme très vite sur les grondements déjà lointains de l'orage et la conduit dans un grand vestibule et lui donne une grande serviette bien chaude.
Sans un mot, "Quelqu'un" l'emmène dans un grand salon, où une cheminée éclairait et réchauffait deux silhouettes enfoncées confortablement dans de grands fauteuils. Une grande femme, couronne à la main, l'accueillit, se présenta, et présenta son fils.
Encore un prince. Et beau, se dit la princesse, en saluant, donnant ses nom et qualité.
- Je suis la princesse d'un autre côté de la forêt, et je me suis perdue. Complètement, dit-elle clairement.
La reine connaissait la forêt comme sa poche, le prince en avait dressé la carte topographique à petite échelle, et tous deux avaient déjà visité ce royaume proche. Donc, oui, cette jeune personne venait du royaume voisin, certainement.
Mais la reine qui aimait son fils, qui n'aimait pas le mensonge, décida de s'assurer que la princesse était bien une princesse et pas un farfadet en mal de plaisanterie. Elle fit préparer une chambre pour sa visiteuse où elle fit mettre de doux matelas, entassés les uns sur les autres, et c'était comme un nid au creux de la plus haute branche. Sous le premier matelas, elle fit déposer un petit pois dur, extrêmement solide, un peu sec. Une vraie princesse ne pourra pas dormir avec cet objet minuscule, caché, enfoui sous cette pile de matelas. Elle aimait son fils et ses cuisines étaient remplies de fausses princesses amoureuses, hagardes, trop près du château, dévouées, qu'elle transformait en bonnes ménagères, bonnes cuisinières.
Ils soupèrent tous les trois à la lueur des chandelles, prés du feu, dans des assiettes colorées par les flammes, pleines d'une soupe crémeuse qui sentait la forêt. A la fin du repas, après s'être raconté un tas d'anecdotes, de fables sur la forêt, on se dit bonsoir, bonne nuit et à demain.
La princesse, charmante, charmée grimpe sur son lit moelleux, gracieuse, légère, et s'endort presque. Quelque chose la gêne. Le petit pois sous sa tonne de matelas commençait à se fissurer.
La princesse entendit un petit craquement qui venait d'en bas. Elle descendit prestement pour examiner la tenue de la colonne de matelas. Tous étaient bien droits, empilés bord à bord.
Elle regarda sous le lit. Un éclat vert retint son attention. Elle glissa une main, tâta et retira un petit pois craquelant. Elle remonta tout en haut de la pile, avec ce petit pois au creux d'une main. Elle dormit merveilleusement, elle rêva de petits pois, en particulier de petits pois de senteur, et se réveilla parfumée par ses rêves.
Au petit-déjeuner, elle raconta naturellement sa nuit et montra le petit pois tout fringant d'avoir dormi à ses côtés.
La reine, très attentive écoutait cette jeune personne, satisfaite, rassurée. La princesse est une princesse. Le prince très beau, et très sage, raccompagna la princesse dans son royaume où sa famille trépignait d'inquiétude.
Tout fut expliqué. Quelques mois plus tard, la princesse épousait le prince au petit pois.
Cette histoire très ancienne était racontée au coin du feu et toutes et tous devenaient princesses et princes, y compris la grand-mère qui faisait la soupe.
Fin

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Image de Patricia Burny-Deleau
Patricia Burny-Deleau · il y a
Joli détournement de contes. Pourquoi ne pas le proposer dans la catégorie jeunesse ?
Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Mon "Evasion" m'a conduit jusqu'à ce château ☺☺☺
(Tu peux, si tu le souhaites, venir me voir à l'ombre ... http://short-edition.com/oeuvre/poetik/dans-l-ombre-de-ma-main)

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