Hadrien

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Varius. Tuca. Caius. César... Cette année là, la mode avait été aux prénom tirés du répertoire antique.
-Pourquoi pas Octave? Avait suggéré son père.
-parce ce que lorsqu'il criera les autres diront «baisse d'une octave».
-En effet.. Et Alexandre? On en ferait un guerrier, un conquérant..
-Je mesure un mètre quarante-trois, toi un mètre cinquante. Ils le nommeront «Alexandre le petit...»
-Et Commode?
Finalement, nous avions décidé d'un commun accord de le baptiser Hadrien, souhaitant voir le mignon chérubin devenir un homme doux et sensible, ouvert d'esprit autant qu'épris d'un art au comble du raffinement.
Toutefois, l'angélique garçon atteignant son onzième printemps avec force juron et crachats visqueux en dépit de nos protestations et sanctions, nous étions bien contraints de constater que son raffinement restait pour l'heure assez éloigné du paroxysme. En effet, je dû notamment lui supprimer une semaine durant son ordinateur après qu'il eusse pour la troisième fois tenté de vendre sur Leboncoin l'un de ses camarades, ce qui lui fournit une parfaite excuse pour ne jamais rédiger son devoir de mathématiques. Et que dire de son ami Sylvestre, de deux ans plus jeune aux propos tellement sibyllins, avec lequel il se lance sans cesse dans des challenge grotesques? Sylvestre aspirant à devenir un jour vétérinaire, ils tentèrent un jour de secourir le chat sempiternellement triste de Madame Lenoire... en lui greffant sur le dos un masque de clown. Par fortune, l'animal échappa de justesse aux aiguilles et agrafes de ses bourreaux en lacérant à coups de griffes la poitrine de Sylvestre qui marmonna à mon entrée, immobile , en voyant gicler son sang tandis qu'Hadrien hurlait au secours «j'ai cru voir un gros minet...». Depuis plusieurs minutes le minet en question avait disparu...

Douze octobre. Soirée buffet du collège en grande pompes avec robes de soirée pour les femmes, costume neuf et queue de pie pour les hommes. Soirée buffet du collège, un collège où Hadrien débarque pour la toute première année, déjà connu pour son énergie épuisante et qualifié de «macaque intenable» lors d'une réunion de parents par la mère de Bérénice. Soirée buffet du collège, et cette femme infâme avait déjà à tous narré, outrée, comment mon fils avait, magnifiquement inspiré par la leçon de science, tenté de tailler une crête iroquoise à sa fille... Soirée buffet du collège, et je jugeais fort important de corriger cette première image de nous si ténébreuse, prouvant à tous qu'en dépit de son inqualifiable agitation perpétuelle ma progéniture était au fond une véritable pépite, intelligente, volontaire, généreuse...
-Surtout, surtout, Hadrien, je veux que tu leur montre que tu peux être sage. Ne cours pas partout, ne renverse rien, ne saute sur le dos de personne...
-Maman, soupira-il, tu sait que c'est toi qui est sur mon dos? Tu me l'a déjà dit, je t'ai promis..
-Promis, juré,Cr..
-NON. Ne crache pas, je viens de laver parterre.
-Sûre?
-Oui. Bref, sois poli, s'il te plaît. Je ne te demande pas de ne pas jouer, ni même d'être exemplaire ou parfait, juste de ne pas trop hurler, de ne pas cracher... de ne PAS FAIRE LE CAKE. OK?
-Et, est-ce que je peux manger du cake?
-oui. Mais pas trop de bonbons, pas de café, pas de redbull, pas d'alcool, rien d'interdit aux enfants. Tu pense en être capable?
IL s'était accordé le temps de la réflexion puis m'avait souri, abandonnant ses aires de caïd:
-oui,promis. Je vais me surpasser.
Vingt deux heures trois. De cette promesse sincère, j'ai été enchantée, et, conversant allègrement avec quelques mères, dont celle de Bérénice que le vin rendit presque aimable, je tend à exulter. Hadrien, se tenant à l'écart aux abords d'un coin sombre du buffet, distribue même avec zèle des carottes rappées napées d'une sauce blanche à ceux qui en réclament. A nouveau, le voici qui accourt vers nous, bien droit, calme, souriant, l'habit impeccable.
-Qui veut encore de carottes?
Plusieurs femmes en réclament.
-La sauce est délicieuse, elle relève tellement la saveur des carottes! Remarque Madame Pigeon. Savez-vous qui l'a préparée? Il faut absolument que j'en apprenne la recette!
-Il me semble que les carottes ont été apportées par Sylvestre, dis-je, mais ses parents ne pouvaient pas venir, il est venu dans ma voiture. Il me semble que sa mère a dit quelque chose à propos de la sauce, quelque chose comme...comme «vous m'excuserez auprès des autres, je n'ai pas eu le temps pour la sauce» Peut-être qu'elle a du la préparer très vite, mais de je la féliciterai demain malgré tout: tout le monde en raffole!
Sous un concert d'assentiments , mon fils, pris d'un fous rire inextinguible, retourne auprès de ses compagnons puis revient, escorté de Sylvestre qui savoure une glace.
-Maman, maman, maman!
Il sautille surplace.
-Je peux avoir une glace au café?
-Non. Pas au café.
Mais j'ai été sage! Je peux? Je peux? Je peux?
-Oui, c'est vrai, jusque là, je te félicite, Hadrien je suis très fière de toi... Simplement, continu. Continu à être gentil, tu peux être fer de toi.
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