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Cristel D

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Elle est revenue...
Indéfinissable.
Impalpable.
Incroyable.
Elle est revenue.
Cela n’a d’abord été qu’un souffle de vent sur ma peau. Mais un souffle à donner la chair de poule alors que nous sommes en plein été. Un souffle glacial.
Au début, je n’ai pas fait attention, j’ai simplement passé une veste sans me méfier plus.
Cependant cela est revenue. Insidieusement.
Il y a ensuite eu cette étrange sensation d’être suivie, épiée.
Je me suis même parfois retournée pour vérifier. J’ai même attendu au bout de la rue, cachée derrière une encoignure de porte, un arbre, le cœur battant, pour découvrir qui était cette personne.
Mais rien...
Rien...
Et je me suis souvenue.
Petite, j’avais déjà vécue cela.
Et ma grand-mère m’avait rassurée lorsqu’en pleine nuit j’étais venue dans sa chambre pour lui dire ce que j’avais vu, ce qu’il s’était passé.
J’avais été sortie de mon sommeil par une étrange sensation. Comme s’il y avait une présence à côté de moi.
Et en ouvrant les yeux, je l’avais vue.
Une ombre.
Une ombre à forme humaine.
Une ombre qui me souriait.
Mon cri l’avait fait disparaître, et je m’étais précipitée dans la chambre de mes grand-parents.
Et elle m’avait alors parlé du don des femmes de la famille.
Il nous était possible de les voir. De voir ces âmes qui cherchaient la voie, le passage pour l’au-delà.
Ces âmes momentanément perdues qui, si on ne les aidait pas, erraient sans but.
Elles venaient souvent la nuit, mais aussi le jour, aussi surprenant que cela puisse paraître. Elles venaient vers elle pour qu’elle les guide en les apaisant, en leur faisant comprendre que malheureusement toute existence humaine était finie pour elles, et qu’elles devaient suivre un autre chemin.
Ces explications, sur le moment, m’avaient parues folles, surtout dans la bouche de ma grand-mère qui pour moi était une femme solide, aux pieds fermement ancrés dans la terre, qui certes allait à l’église le dimanche, mais qui était aussi très pragamatique et raisonnable.
J’avais jeté un coup d’oeil à mon grand-père qui avait simplement hoché la tête, comme s’il était d’accord avec elle. Et là aussi je n’y avais pas cru.
Le résultat avait été que je n’étais plus revenue là-bas pour passer des vacances, ayant trop peur que cela recommence, même si je n’avais pas donné les vrais raisons à ma mère.
Et le temps avait passé. J’avais refoulé dans ma mémoire cet épisode. Cependant l’idée que le fait que ma grand-mère nous ait quittés il y avait quelques jours et que cela apparaisse subitement, cela ne pouvait pas être une coïncidence.
Elle était revenue.
Assise sur le canapé de mon appartement, je finalise le dossier pour pouvoir le transmettre demain à ma suppérieure. Je travaille dans les assurances, et même si souvent ce travail me pèse, je le fais le plus consciencieusement possible.
À un moment, je pose la tête contre le dossier et ferme les yeux.
Oui, ce travail me semble de plus en plus être un pensum, mais dans l’immédiat je ne vois pas que faire d’autre : je gagne bien ma vie et j’ai un bel appatement, j’économise tous les mois. Pour le moment, je juge qu’il est préférable de ne rien changer.
Et soudain il y a cette étrange sensation. Comme un picotement sur mapeau. Un souffle me frôle.
Et j’ouvre les yeux.
Elle est là, devant moi.
Et il y a ce sourire. Un sourire timide, le sourire de quelqu’un qui est conscient de déranger, qui s’excuse.
Et je reste coite, complétement sidérée.
C’est comme dans mon enfance.
Puis, je me reprends. Je l’observe attentivement.
Et petit à petit elle se matérialise, elle devient plus humaine. Ce n’est plus seulement une ombre avec une silhouette humaine. Non, maintenant c’est un homme qui se trouve devant moi.
― Bon sang !
L’exclamation jaillit de ma bouche.
Et une voix grave me répond.
― Je suis désolé, je ne voulais pas vous faire peur.
Parce qu’en plus les ombres peuvent parler ! Ma grand-mère ne m’en avait rien dit !
Je respire un grand coup avant de répliquer :
― Je...
Pitoyable !
Et il ouvre ses mains, comme un signe de son indécision.
― Écoutez, je ne sais pas ce que je fais chez vous. C’est comme si l’on m’avait ordonné de me rendre ici. Et me voilà.
Je repense à ce que m’avait expliqué ma grand-mère, tout me revient avec fulgurance.
Les femmes de la famille ont un don. Elles sont là pour guider les âmes perdues.
Est-ce cela que l’on attend de moi ?
Et c’est alors que j’entends cette voix, une voix que je reconnais.
― Auriane, tu peux le faire, tu peux l’aider.
― Mamie ?
Alors là, je suis devenue folle !
Mais elle n’est pas là, et pour cause.
Cependant sa voix résonne de nouveau :
― Je n’ai pu t’expliquer ce qu’il fallait faire avant, mais comme je ne suis plus là, c’est à toi de le faire, puisque ta maman n’a pas hérité de notre don. Tu dois l’aider.
Je ferme les yeux, compte jusqu’à dix dans ma tête, espérant que cela va finir, que cela n’est que le fruit de mon imagination.
Mais quand j’ouvre les yeux, il est toujours là. Et la voix reprend.
― Je comprends que cela puisse être perturbant, cependant tu as appris cela enfant, même si à l’époque tu as eu trop peur pour que je puisse te donner de plus amples explications. Mais là, écoute-moi, et surtout fais-moi confiance.
Et tout à coup il y a une certitude qui affleure mon esprit.
Elle a raison.
Tout cela est possible. Ce que je vois et entend est d’une certaine façon réelle.
Et inexplicablement, je me sens apaisée, rassurée.
Je souris à cet homme qui se tient là, silencieux, guettant un geste, un mot de ma part.
― Ok, je vais vous aider.
Et la voix m’explique posément ce qu’il faut faire, elle me souffle les mots que je dois dire. Cela semble assez invraisemblable, si l’on peut dire, toutefois l’ombre ne semble pas entendre cette voix.
À l’écoute de ce que je lui signifie, il passe par des émotions diverses : la stupeur de comprendre ce qu’il est devenu, la peur face à ce que cela implique. Et puis il y a ce grand moment de silence. Le moment où il doit prendre conscience de ce qu’il doit faire : traverser de l’autre côté, et de fait accepter sa mort.
Car c’est bien là ce que je dois faire : leur faire accpeter que pour eux la vie humaine est finie. Donner à ces ombres un but. Mettre fin à leur errance. Donner à leur âme la bonne direction.
Et est-ce la chance du débutant ? Pourtant il opine à un moment du chef. Et si dans son regard clair, je peux lire la tristesse, il semble assentir à la situation.
Et je la vois apparaître.
Cette lumière blanche dont on entend parler parfois, toutefois qui nous semble si peu réelle.
Elle est là, à côté de lui.
Et la voix résonne :
― Il faut qu’il parte maintenant.
Remplie d’émotions, je répète ces paroles à l’homme.
Celui-ci se tourne et après un signe de la main, il franchit cet étrange passage.
Puis il y a comme un éclatement de lumière, et après plus rien.
Le calme, l’absence.
La voix résonne alors :
― Bien, tu as réussi ! Mais sache que souvent on échoue, et face à cela c’est souvent difficile. Pourtant c’est une chose qui m’a toujours remplie de satisfaction. Je serai là s’il le faut pour te guider pour la prochaine fois.
― Quoi ? Parce que cela va recommencer ?
― Oui, tu es devenue une passeuse pour les âmes errantes.
― Les ombres vont revenir ?
― Oui, dès qu’elles auront besoin de ton aide.
― Mon Dieu...
― Je dois partir.
Et je me retrouve seule. Seule face à ce monde étrange qui s’ouvre à moi. Face également à cete certitude : je suis née pour cela.
Je regarde à côté de moi. Il y a cette chemise verte, où se trouve mon dossier, qui semble me narguer, comme un rappel édifiant de la réalité.
Mais la réalité, quelle est-elle vraiment ?

PRIX

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Image de Fabregas Agblemagnon
Fabregas Agblemagnon · il y a
j'ai aimé cette histoire,merci de soutenir mon oeuvre si ça vous plait (https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/amour-impossible-12)
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Pascal Gos · il y a
je me suis laissé porté par les ombres. J'ai lu j'ai voté
A l'occasion d'un détour, venez me lire
** le bonheur des choses imparfaites**
https://short-edition.com/fr/auteur/pascal-gos

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Haïtam · il y a
Passeuse d'âmes... Un drôle d'état et une belle histoire.
Dans un autre registre, peut-être aimerez-vous découvrir une rencontre entre un saunier et une sorcière.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-saunier-et-la-sorciere

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Utilisateur désactivé · il y a
Les ombres reviennent toujours... comme dans "La Folie du Crépuscule".
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Virgo34 · il y a
Une histoire qui nous transporte au delà du réel, guidés par ces ombres mystérieuses.
Je t'invite à aller visiter ma forêt d'Emeraude toute aussi mystérieuse. C'est par ici :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/larmee-des-ombres
Merci d'avance.

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Polotol · il y a
Bon repassage, message, sage A+ https://short-edition.com/fr/auteur/polotol
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Keith Simmonds · il y a
SE vient de régler le problème technique des votes et je répète mon
commentaire d'il y a 23 heures: Un grand bravo, CristelD, pour cette
œuvre bien écrite, captivante et glaçante !
Mes voix ! Une invitation à venir découvrir “Sombraville” qui est également en
lice pour le Prix Imaginarius 2018. Merci d’avance et bonne journée !

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Ginette Vijaya · il y a
La passante des âmes perdues ! C'est un beau titre et un étrange métier ! Un brin fantastique , une ombre de surnaturel et un tel don pour la narration qu'on s'y croirait !
Merci beaucoup de venir découvrir mon texte " la fontaine aux bulles " en lice également .

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Reveuse · il y a
Bien racontée cette histoire qui paraît tellement réelle qu'on s'attendrait presque à vivre la même !!Intéressant. J'aime bien. Vous avez mes votes et si le cœur vous en dit vous pouvez aller lire mon texte L'ombre de Baptiste .Bonne chance
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Dolotarasse · il y a
Guider les âmes perdues vers l'au-delà... un travail dans l'ombre ;-). Bien menée cette histoire.
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