Gare d'Austerlitz

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16h12 sur le quai 17 de la gare d’Austerlitz. Il est un peu en avance, il l’attend. Son train ne devrait plus tarder. La journée est belle, le soleil filtre à travers la grande verrière et découpe des grilles de lumières sur les quais assoupis. Il y a peu de monde en gare à cette heure à cette époque de l’année, on peut regarder à loisir la poussière voler dans les raies de lumière.

16h13. C’est curieux le temps. Difficile d’expliquer vraiment cette élasticité, cette alternance d’écoulement lent et rapide. Très lent, même, comme maintenant alors qu’il regarde le bout des rails, espérant le bruit caractéristique de l’approche de ces vieilles locomotives électriques. Comme ces heures interminables à s’ennuyer à la plage avec ses parents quand il était enfant, ces week-ends qui n’en finissaient pas quand, étudiant trop désargenté pour s’offrir un billet de train, il hantait la résidence vide en attendant le retour des copains. Et à l’inverse, ces moments de bonheur trop brefs, ces autres week-ends d’aventure avec les mêmes copains, trop vite passés, ces fêtes où l’on regarde le jour se lever en se demandant où est passée la nuit.

Mais les moments intenses ne sont pas les seuls à passer vite, à bien y penser. Quid de ces jours de travail mornes et répétitifs qui se fondent pour devenir des semaines, puis des mois sans qu’on y prête attention, au point de se laisser surprendre par l’arrivée de Noël, ou de réaliser à un rayon de soleil tapant sur son écran que tiens, c’est vrai, c’est déjà le printemps ?
Oui, vraiment étrange, le temps. Mais il en laissera l’étude approfondie à des cerveaux plus diserts. Il est déjà 16h18 et son train ne devrait plus tarder. Pour lui, ce qui marque le rythme du temps qui passe aujourd’hui c’est avant tout sa présence. Depuis leur rencontre, depuis ce jour improbable où il l’a vue pour la première fois.

Dans les films, les couples se rencontrent toujours par un beau jour de printemps... Pour lui, c’était en plein février, dans le froid, sous la pluie et la grisaille que seules sait produire un hiver parisien. Il faisait presque nuit, tout le monde marchait le menton rentré dans la poitrine, le regard au ras des chaussures, il aurait pu passer dix fois à côté d’elle sans la voir. Et puis il avait marché un peu trop près du bord du trottoir, un bus en roulant dans une flaque l’avait aspergé d’eau glacée jusqu’aux genoux. De surprise et de froid, il avait fait un écart, et juré comme un charretier. Et il avait entendu un éclat de rire derrière lui, franc et cristallin. Il s’était retourné, l’avait vue. Ils s’étaient souri. Et depuis le temps passait toujours trop vite quand elle était là, ou se traînait en minutes interminables en attendant de la revoir.

16h21. Enfin. Le train entre en gare, ralentit, finit par s’immobiliser. Il sait quel est son wagon, il guette son apparition dans le maigre flux de passagers qui se déverse à travers la porte. Il l’aperçoit qui descend, parcourant le quai des yeux. Leurs regards se croisent, s’accrochent. Elle le reconnait, elle sourit. Et tout s’accélère à nouveau.
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