Fin du monde en préparation

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29 ans, écrit de tout, à partir de rien  [+]

— Bon, elle arrive cette apocalypse ?
— Minute, papillon... T'es pas du genre patient, à ce que je vois. Le pire ? C'est que ça m'étonne même pas.
— C'est quand qu'elle arrive, alors ?
— Bientôt, bientôt... Tu sais... Ça se prépare pas tout seul une petite fin du monde. Il faut de la réflexion, de la préparation.
— Si tu veux, je peux te filer un coup de main.
— Non, merci.
— Ah...
— En attendant que je finisse, dis-moi pourquoi tu tiens tant à cette apocalypse.
— Crois-moi, tu ne veux pas savoir...
— Sérieux ? J'ai pourtant posé la question.
— Tu ne veux pas savoir. Je parie toutes mes pulsions apocalyptiques que tu t'endors avant que je finisse mes explications.
— Bah dis donc... C'est joli la façon dont tu me vois. Je me décarcasse pour te préparer une fin du monde aux petits oignons et voilà comment je suis remercié.
— Tu promets de ne pas t'endormir et de m'offrir la plus belle apocalypse qui soit ?
— Promis, juré, bavé !
— Voilà... J'ai perdu mon boulot à cause d'un léger malentendu fort fâcheux.
— Ah ? Tu bossais dans quoi déjà ?
— J'étais éleveur de brebis galeuses.
— Et quel était le malentendu en question ?
— Elles m'ont rejeté, décrétant qu'elles n'avaient pas besoin de moi.
— Ah...
— Et donc, me voilà à devoir pointer au chômage.
— C'est... c'est particulier ton histoire, là.
— Si seulement c'était tout ce que j'avais à raconter...
— Les brebis ont continué à te donner du fil barbelé à retordre ? Même après ça ?
— Non, c'est pas ça...
— C'est quoi, alors ?
— Ma belle-famille a voulu se mêler de tout ça, en me répétant que j'aurais mieux fait de prendre un élevage de chats perchés.
— Et ?
— J'ai accepté, ils ont financé mon projet sauf que...
— Sauf que ?
— Eh bien... Tous les chats se sont perchés aux arbres sans jamais vouloir redescendre. Alors, je ne leur servais pas à grand-chose. Je n'ai jamais été payé et j'ai dû mettre la clé sous la porte...
— C'est... C'est malheureux. J'ignorais tout ça.
— J'ai gardé ça pour moi pas mal de temps. Tu pouvais pas savoir. D'ailleurs, je t'ai parlé de mon allergie aux poils de chat ?
— Eh... non. Je me rends compte que tu me causes pas beaucoup, en fait.
— D'après ma belle-mère qui sait tout sur tout dans tous les cas, mon allergie des félins est la cause de leur fuite dans les arbres. On m'accuse alors d'avoir causé la banqueroute de toute la belle-famille. Je suis un peu dans la mouise, tu sais...
— Les ennuis, ça ne s'arrête jamais avec toi.
— Ah ! Tu vois ! Tu te lasses déjà... Encore un peu et tu vas piquer un roupillon.
— Mais non ! Je t'écoute... Y a-t-il autre chose qui peut être sujet à la papote pendant que je fignole deux ou trois machins de mon plan apocalyptique ?
— Je suis ruiné, sans emploi, mon allergie n'est jamais vraiment partie, ma femme s'apprête à me quitter parce que ses parents l'ont convaincue que j'étais un perdant et un bon à rien....
— Mmmh... Mmmh... Je vois...
— Je me suis morfondu bien trop longtemps. Maintenant, il est temps de se révolter contre cette société qui nous culpabilise, nous démoralise, nous dénigre à tout bout de champ. Il faut, il faut... Attends ! Tu dors là, non ?
— Bien sûr que non... Mmmh... Je t'écoute, vas-y !
— Je disais donc... Je causais de quoi ? Ah oui ! Il faut que je me venge. Que je me venge !
— Comment ?
— L'apocalypse que je t'ai demandé. La réponse est là, mon ami.
— Arf... Oui, c'est vrai...
— Tu ne m'écoutes plus, c'est ça ?
— Mais si ! Allergie de chat, ruine, divorce en vue... J'ai mentionné l'allergie de chat ou pas ? Je ne sais plus...
— Tu vas t'endormir, je te dis !
— Non.
— Bon, c'est pour bientôt cette apocalypse ?
— Une ou deux minutes, tout au plus...
— Tu peux me mettre au parfum ou pas ?
— Télécommande, bouton, appuyer, boum. Voilà, c'est simple...
— Je ne te remercierai jamais assez pour tout ce que tu fais pour moi. Je ne te le dis jamais assez mais tu es l'ami le plus fidèle que j'ai. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi... Tu es toujours là, peu importe ce dont j'ai besoin, ce qui m'arrive. Et ça... ça, tu sais... eh bien... ça me réchauffe beaucoup le cœur. Pardon... Je m'égare. Je ne suis pas un sentimental d'habitude. Tu me connais, n'est-ce pas ? C'est que toute ces péripéties m'ont si perturbé. Je me dois de reprendre le contrôle de ma vie. D'où l'apocalypse, tu comprends ?
— Mmmh...
— Eh ! Tu dors, là !
— Mmmh...
— Qu'est-ce que je disais ! Je le savais que tu tomberais de sommeil si je te racontais mes ennuis. Je fais comment pour l'apocalypse maintenant, hein ? C'est malin... Tu étais à trente secondes de terminer la préparation de la fin du monde. Je devrais apprendre à me taire... Mais vraiment...
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