Fièvre

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- J’ai la crève depuis trois jours, une bronchite...je n’en peux plus de la fièvre, je n’en peux plus de tousser...
- Ah. Ici aussi il fait froid !
- Je m’enfous qu’il fasse froid chez toi! J’ai déjà la crève !
- Eh ! c’est pas moi qui te l’ai filée ! Alors arrête de m’envoyer balader !
- C’est toi qui me jette tout le temps Marc! Même pas capable de me demander comment je vais, depuis une semaine !
- Pas de nouvelle, bonne nouvelle !
- Eh bien la preuve que non ! Oh, et puis laisse tomber !
- Qu’est-ce que j’ai dit encore ? Je finis par me demander si on se comprendra un jour...
- Ah oui ? Si c’est çà, laisse-moi tranquille, je vais dormir là, c’est la seule chose à faire vu mon état.
- Alors bonne nuit.
Ouais, c’est çà, bonne nuit ! Comment allait-elle pouvoir dormir, maintenant, après cet échange désagréable de SMS ? Pourquoi lui avait-elle envoyé un message aussi ? Elle aurait dû attendre qu’il se manifeste. Mais elle pouvait certainement attendre longtemps, et elle n’en pouvait plus de ne pas avoir de nouvelle, à nouveau. Comment était-ce possible, après le week-end qu’ils avaient passé ensemble, il y avait seulement deux semaines ? Comment pouvait-il changer aussi rapidement d’attitude, être aussi indifférent ? Elle ne savait pas. Elle ne comprenait pas. Il avait peut-être raison, finalement, ils n’arrivaient pas à se comprendre. Peut-être attendait-elle trop de lui, peut-être attendait-elle trop d’un homme. Mais demander comment elle allait, s’inquiéter un peu de sa santé, ce n’était pas trop compliqué, si ?
Elle se coucha. Il était à peine 20 heures, mais elle n’en pouvait plus. Elle avait de la fièvre, elle était épuisée. Elle était surtout déçue de ce dernier échange, qui, une fois de plus, ne menait à rien. Alors qu’elle aurait eu besoin qu’il la prenne dans ses bras, qu’il l’apaise comme il savait le faire, qu’il lui parle. Soit, il n’était pas à côté d’elle de toute façon, il était loin, mais il aurait pu lui dire des mots gentils, rassurants. Mais maintenant, elle ne voulait plus rien d’autre que dormir. Et oublier. L’oublier.

On sonna à la porte. Un coup bref et sec. Elle avait horreur de çà. Passée une certaine heure, ce n’était jamais bon. Ou alors, c’était encore le voisin qui venait lui dire qu’elle était mal garée, qu’il ne pouvait pas rentrer sa voiture, ou qu’il avait vu quelqu’un roder, qu’elle devrait se méfier... Ah, celui-là, toujours en train d’espionner tout le monde, et c’était pire depuis qu’il était à la retraite : il n’avait que çà à faire !
Elle s’était levée difficilement et avait pris le temps d’enfiler un gilet car il commençait à faire frais en cette saison le soir, elle ne tenait pas à être encore plus malade qu’elle ne l’était déjà, mais était-ce seulement possible, se demanda-t-elle en frissonnant ? Elle descendit les quelques marches de l’entrée, essaya de distinguer qui était dehors, mais n’aperçut qu’une silhouette dans la nuit, qui était complètement cachée par le portillon du jardin. Elle déverrouilla et ouvrit brutalement la porte, pour bien montrer à son voisin qu’elle n’était pas ravie de le voir à cette heure-là, qu’elle avait autre chose à faire...et le bonsoir sec qu’elle s’apprêtait à lui lancer resta coincé dans sa gorge. La main toujours sur la poignée, elle ne bougeait plus, elle avait devant elle l’apparition dont elle avait rêvé pendant des mois, espérant un jour vivre cela, et ce moment-là, c’était maintenant ! Il était là, devant sa porte, devant elle : Marc !
- Salut, lui dit-il en souriant. J’étais dans le coin, je venais prendre de tes nouvelles...
Toujours muette, elle le regardait, se demandant ce qui se passait réellement. Puis, elle se reprit, essaya de prendre un air naturel, rassembla ses forces et répondit :
- Salut, elle marqua un temps d’arrêt, puis dit doucement : ben, entre !
Elle lâcha enfin la poignée pour le laisser passer, aperçut son voisin qui avait ouvert sa porte en face et regardait dans sa direction, sans doute pour essayer de savoir qui pouvait bien lui rendre visite à cette heure, tout en faisant semblant de s’affairer autour de sa voiture, l’air de rien. « Va te faire foutre, pensa-t-elle, et elle claqua la porte, pour bien lui montrer qu’elle n’en avait rien à faire qu’il l’espionne. Tout çà lui avait fait gagner deux secondes, deux secondes pour reporter ce qu’elle allait devoir faire, ce qu’elle allait devoir dire à Marc, maintenant qu’il était là. Il avait donc enfin daigné parcourir les sept cents kilomètres qui les séparaient, il avait fait cet effort qu’il refusait de faire depuis six mois, ayant toujours un prétexte pour ne pas venir la voir et reporter sa venue. Elle avait pris l’habitude de sauter dans un train dès qu’elle pouvait le rejoindre pour un week-end, mais elle aurait tant voulu qu’il fasse aussi l’effort de son côté, qu’il voit où et comment elle vivait, elle aurait tant voulu...et il était là et la regardait en souriant :
- Cà va, toi ? dit-il en plantant son regard bleu dans le sien. Si bleu...

Elle se réveilla en sursaut, la fièvre avait augmenté, elle était mal, sa tête allait exploser. Elle réussit à se lever, alla dans la salle de bain, prit une aspirine, l’avala en buvant une gorgée d’eau directement au robinet, puis en prit une deuxième. Il fallait que cela cesse. La douleur était terrible. Elle rejoignit sa chambre, s’affala dans son lit humide de sueur. Elle était seule dans son grand lit, seule avec sa fièvre.
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