Far West

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Ce très joli texte nous emporte avec lui dans l'ouest américain, à coup d'émotion et de poésie. L'intensité des sentiments ne laisse pas

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"Et si écrire, c'était tout simplement ne plus taire cette âme en soi?" François Cheng  [+]

Image de Été 2020

Je me tiens bien droite face au vent, mon châle serré sur les épaules, la chevelure défaite, le regard au-delà de l’océan. Je n’ai peur de rien, ni du froid, ni de la fièvre qui me tient, ni de la nuit à venir et je peux rester ainsi des heures à inventer sa vie, là-bas, loin des bruyères de la lande. Je le vois, franchissant les hautes plaines, la fatigue sur lui, sur son cheval, la faim qui les tourmente dans la poussière soulevée par la longue chevauchée. Je sais qu’il a encore beaucoup de déserts à parcourir, beaucoup de silences à supporter avant d’atteindre une ville avec ce besoin de retrouver le monde des hommes, des hommes laids et brutaux, toujours prêts à se battre. Sa liberté est bien sûr au bout de son colt, posé sur sa hanche. Comme moi, il n’a peur de rien. Il a franchi trop de mers, trop épuisé son corps et sa jeunesse et qu’importent le moment, les villes surgies du néant qu’il traversera, les femmes suppliantes qui le retiendront, il tirera quand il faudra tirer.
Je l’ai laissé partir, pour ce monde nouveau et il est devenu beau et impitoyable. Je ne suis pas à ses côtés, mais il est toujours avec moi. C’est par lui que je m’évade de cette lande et tant que je peux l’imaginer du haut de ces falaises où le vent me glace les os, ma vie est encore possible.
Nous ne nous verrons plus, cela je le sais et lui aussi le sait. Nous avons changé nos envies par la force des choses et il est parti la rage au cœur. J’aimerais tant que sa vie soit plus douce et je voudrais être près de lui pour le caresser, l’embrasser, le débarrasser de sa peine, mais je ne peux que rêver ce que je ne vivrai jamais. Alors je lui fabrique des paysages brûlants, des boissons puissantes et des amours fugaces dans ce pays d’exil violent.
Mes nuits sont mauvaises et je tousse de plus en plus, mais cela ne m’empêche pas d’écrire et j’avance dans mon roman dont il est le héros. Il faut que je cesse de le voir seul comme je le suis moi-même. Il faut que je lui espère une vie meilleure et il faut que je me hâte, car ma fièvre est plus forte. Un jour, il se posera, quelque part dans la plaine. Il arrêtera le pas de son cheval et prendra le temps de songer à son avenir. Alors, une femme solide viendra l’aimer et lui faire des enfants, une femme qu’il accueillera les bras enfin libérés de ses armes. Il faut que je me persuade de tout cela, que le bonheur lui arrivera dans ces territoires si vastes où nous aurions voulu tous les deux construire notre vie. Ce voyage, nous l’aurons fait ensemble malgré tout, dans la fierté de nos rêves, séparés par l’espace, lui sur une terre d’où l’or jaillit des torrents, moi sur une lande battue par le vent.
Je dois terminer mon roman avant de finir ma vie, pour qu’il en reste quelque chose, pour nous deux. Je n’ai plus beaucoup de temps.
« Je vais te laisser à tes nouveaux désirs, toi là-bas, mon amour solitaire et triste, mon amour impitoyable, dans la plaine sans fin. Et moi, sur la lande de bruyères, du haut de la falaise, j’abandonnerai la foi de mes rêves inventés »

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