Fantasmagories.

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J’ai faim. Jun. On se les pèle. Je me les pèle. Pardon. On n’y voit rien. Jun. Ni le ciel – il n’y a pas de ciel. Ni les tâches au plafond.
Il n’y a que le bout de ma clope se consume.
Je me les pèle. Jun. Le vent contre ma peau.
Rends-moi un peu les couvertures.
Les rideaux valsent avec le vent – j’imagine les rideaux valser. Jun. Comme on valsait tout à l’heure.
Ce n’est pas de ma faute. Jun. Et pourquoi dis-tu que si ?
On valse dans le salon. Non.
On valse dans le salon. Nus.
On valse dans le salon. L’alcool danse dans nos veines. Jun. Le lit tangue. La nuit tourne. On valse dans le salon. Jun.
Je sors une connerie et tu te marres et je veux croire que c’est plié alors que ce n’est que les circonstances ; et je crois que tu m’aimes même si rien ne le prouve, que je ne dormirai pas seul ce soir je me l’étais promis. Jun. Tu me l’avais promis ! Jun.
Et je te hais. Jun. Autant que je peux te haïr.
Rends-moi un peu les couvertures.
Est-ce qu’il pleut ? Je crois bien qu’il pleut. Il pleuvait tout à l’heure.
Tu trônes dans le sofa. Je fume sur le balcon. Tu dis quelque chose. Je vois tes lèvres bou-ger. Jun. Tes lèvres. Jun. Tu portes ton verre à tes lèvres. Jun.
Tu me rejoins sur le balcon. Tu dis peut-être que tu as le cancer. C’est bien. J’ai des hémor-roïdes. Ou peut-être que tu ne dis rien. Jun. Ne dis rien. Jun. Laisse-moi y croire. Jun. Encore un peu.
Tu me rejoins sur le balcon. Je te demande si tu as envie de baiser. Si je peux jouer avec tes lèvres. Boire tes larmes. Voler ton âme et parader avec. Viens ! On prendra des photos.
Ou peut-être que je ne dis rien il n’y a rien à dire car tu sais déjà tout. Je te prends par la main on peut aller jusqu’au bout de l’arc-en-ciel si tu veux ou sous les couvertures. Jun. Il fait bon vivre sous les couvertures.
Je fume sur le balcon. Le plus lentement possible. Ma clope s’éteint. J’en fume une autre. Et une troisième par récurrence. Je me les pèle. Jun. Dépêche-toi. Pardon. Quelqu’un a fermé la fenêtre. Les mégots s’accumulent. J’aurais peut-être dû prendre un pull.
Il se met à pleuvoir. Ils ont arrêté de danser. On ouvre la fenêtre. On me crie de rentrer. Je leur dis que je fume. Ils pensent que je suis ivre. C’est vrai.
On me prend par la taille. On me traîne à l’intérieur. Je leur dis que je veux un avocat. Que ce n’est pas ce qu’ils pensent. On m’ordonne de la fermer.
On m’assoit. On me sèche. On me change. Jun. Mais ça ne change rien. Jamais. Rien. On ne peut pas te m’enlever.
J’attends que la pluie cesse. Jun. Il va bien falloir que la pluie cesse. Il ne peut pas pleuvoir toujours.
Le linoléum pègue de bière et de parfum. Jun. La nuit tourne trop pour que je puisse dor-mir, trop même pour que je puisse me branler. Pardon.
Et qu’est-ce qu’on était bien, là, à l’autre bout du monde ! Et j’ai cru – j’ai voulu, plutôt... Mais tes sourires n’étaient que des leurres et ton regard plus alcoolisé qu’amoureux. Et sur le balcon où j’ai attendu sans manger j’ai attrapé la crève. Jun.
Rends-moi un peu les couvertures.
On valse dans le salon. Puis. On arrête de valser. Jun. Tu te rhabilles. Jun. Nos yeux s’embrassent dans l’escalier.
J’ai faim. Jun. Demain, peut-être. Jun.
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