Fanta: Épisode 15: Au procès de M.Soumaila ( suite et fin)

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Au bord du fleuve, j'ai planté des fleurs, au cœur d'un jardin. Là chaque jour, le guetteur des mots surgit pour donner voix à la poésie moderne, bon vent à la plume que j'envie! Enseignant  [+]

Quand le club de cinq était de retour, M.Nadaré avait déjà gardé leurs places. Resté au balcon, il demeurait toujours un homme méthodique et sûr.

Maintenant, c'est M.Soumaila qui se tenait sur l'estrade des témoins. Il dévisageait les gens indifféremment. Malgré sa situation critique, il est resté tout le temps audacieux et prétentieux.

— Monsieur Soumaila, fit Virgile, rencontriez-vous Misstiti à des lieux isolés, souvent ?

— Oui monsieur, on a l'habitude de se rencarder dans quelques restaurants du coin...

— Et ça vous est venu une fois à l'esprit d'abuser de cette demoiselle ?

— Non monsieur, je la prenais toujours pour une amie...

— Une amie, mais comment ça ?

— C'est-à-dire, j'avais joué d'une pierre deux coups, si vous savez ce que je voulais dire...

— Pourriez-vous être clair, M.Soumaila, reprit le juge Mamane, tous ces gens ici présents veulent réellement comprendre ce qui a bien pu se passer ce fameux après-midi...

M.Soumaila avala un peu sa salive.

— C'est-à-dire monsieur, j'avais trop de peine pour elle, je la voyais tout le temps, errer par-ci par-là, sans passions, tout le temps seule...

— Qu'est-ce-que tu en sais mon drôle, fit Misstiti grièvement en repoussant sa chaise pour se lever.

— Taisez-vous mademoiselle, fit le juge sérieusement, sinon on procédera à votre évacuation tout de suite... Continuez M.Soumaila...

— Donc, un jour en descendant de la maison de presse, Misstiti m'accosta et me fit savoir que ça lui ferait plaisir de faire ma connaissance. Je lui dit oui, et c'est parti pour un bout de temps...

— Et qu'avez-vous fait après cela monsieur Soumaila? Anticipa Virgile en accrochant ses deux pouces dans les poches de son costume gris.

— On se voyait assez rarement, et à ma plus surprise, elle m'invitait chez elle ce mercredi 22 février...

— Une question Monsieur le juge? reprit Inoussa avec un accent tendu.

— Allez-y monsieur...

— N'as-tu pas, monsieur Soumaila, cherché à profiter de la Misstiti pendant tout ce temps?

— Aucunement, monsieur, je cherchais simplement la rendre heureuse, et j'essayais toujours de ne pas la décevoir...

— La première fois que vous voyez une personne, et tout d'un coup, vous vous peinez pour elle, comme ça, sans cause aucune en quelques façons, c'est louche monsieur, n'est-ce-pas...?

M.Inoussa venait de rendre le coup, au même moment la tremblote de M.Soumailla s'accentua. Son front transpira progressivement. Monsieur Virgile essuya un peu ses lunettes et les reporta tout bonnement.

L'assistance venait de rompre tout sujet, chacun se cablait dans son coin et écoutait comme il peut. Le juge Mamane se rejeta sur sa chaise en cuire qui crépita sous son poids important.

— Vous savez monsieur, reprit Soumaila, celui qui vous veut du mal, n'attendra jamais le jourj pour le préparer. Ainsi, je dis à vous tous qui êtes ici, que jamais je n'aurais touché à un seul cheveu de Misstiti, jamais... Je dis bien jamais...

Misstiti le regarda furieusement avant qu'elle ne s'éclata en sanglots.

— Calmez-vous, bon sang, fit le juge, Miss vous m'entendez...?

Après avoir marché de long en large entre la table des jurys et celle du juge, M.Virgile attaqua:

— Dites-nous exactement, monsieur Soumaila, ce qui a bien pu se passer ce jour-là chez Mossi?

L'accusé avala encore sa salive et prit un air tendu.

— Bon voilà, quand Misstiti et moi étions seuls au salon, elle me disait que ça lui enchanterait si je devenais son homme à vie, elle a commencé à me faire des avances, soi-disant que je suis la personne dont elle aime être sa compagne, son amour...quoi

— Mais, M.Soumaila, intervint Inoussa, pourquoi avez-vous fui ce jour-là...?

— Taisez-vous monsieur, reprit le juge, continuez monsieur Soumaila...

— Donc, après lui avoir fait comprendre que je comptais me marier dans les jours à venir, Misstiti m'a répondu beuf...! Au même moment, elle a commencé à déboutonner ma chemise...

L'homme s'arrêta net pour mieux maîtriser son souffle, puis il a lâché avec une voix grave:

« Misstiti avait déjà posé ses lèvres que je refusais par un geste de tête, sur les miennes... »

— Objection, votre honneur ! Cria Inoussa, il demeurait toujours sûr de lui-même.

— Accordée, monsieur !

— Monsieur Soumaila, pourquoi avez-vous choisi de fuire en ce fameux jour?

Soudain, il eut encore des murmures, de petits cris d'ironie, mais aussitôt le juge intervint et il eut un calme général.

— J'avais fui, car j'avais peur...

— Vous aviez peur, comment avoir peur, alors que déjà l'acte a été posé, comment concevez-vous cela?

— Non monsieur, même si je restais, Mossi ne m'aurait pas cru de toute façon...

— Alors, Soumaila, je vous dit en matière de justice l'on ne fuit point. Fuire n'a fait qu'aggraver votre situation... J'en ai fini monsieur le juge...

— Et bien merci Inoussa...

À présent, monsieur Virgile recommença sa marche habituelle, il la fit à plusieurs reprises, une fois à la hauteur du juge, il se prononça :

— Si vous permettez monsieur le juge, j'aurai quelque chose à ajouter...?

— Allez-y, mais soyez bref...

« Avant le verdict, j'aimerais vous annoncer d'être honnêtes et pieux, particulièrement vous les jurys, parce que jamais un procès n'est saint que si et seulement si les jurys le sont, et je crois fermement à l'expérience du juge Mamane de pouvoir départager les deux parties, il me confia d'être bref, je serai, sur ce sieurs et dames, je vous prie de bien juger, il y a un adage qui dit: vaut mieux avoir affaire à Dieu qu'à ses saints...»

En bas, de petits papiers faufilèrent sur les tables, il eut des crochets, des signatures, des cachets, beuf, des paragraphes. Virgile se cramponnait sur sa chaise, il était à l'aise. Les jurys venaient de sortir, une concertation à huis clos se dressait au programme.

Ensuite, on vit comme dans un rêve, l'arrivée des jurés. La voix du juge battait à fond. Les jurys ne regardent jamais une personne inculpée, et bien quand ils sont entrés, tous regardèrent simultanément Soumaila.

Sans tarder, leur chef jury tendit un papier verdâtre à M.Adams, qui le brandit au greffier, à son tour, le passa au juge.

Karim baissa la tête, le juge officialisait les propositions des jurys.

— Non coupable...

Hawa leva les bras en l'air, les épaules de Karim bougeaient de plaisir, les mains de Nadaré tremblaient à force d'appuyer sur ses effets de travail, comme si chaque mot lâché par le juge, était pour lui une bienfaisance.
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Dieudonné Ndayizeye · il y a
Un texte qui m'inspire. Aide- moi réaliser mes rêves en votant pour mon texte en compétition 👇
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/zeze-lhomme-a-limage-dun-marie-1

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Paul Thery · il y a
Un récit qui a beaucoup de charme. Où l'on apprend que profiter de la Misstiti ne conduit pas directement en prison. J'aime bien aussi l'emploi insolite de certains adverbes, comme "grièvement"
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Boubacar Mamoudou · il y a
🤩 🤩🤩🤩

Merci beaucoup Paul de votre commentaire et votre position à l'encontre de la fameuse histoire entre Misstiti et son amoureux !
À très vite pour la suite du feuilleton !✌️

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