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VeroBO

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Elle était là debout, essoufflée, devant lui...et pourtant elle ne pouvait pas imaginer qu’un jour elle en arriverait là.

Tout avait commencé il y a 2 ans, Paul était arrivé dans sa vie comme un miracle, persuadée dès lors qu’elle finirait sa vie toute seule dans son deux pièces cuisine entre son chat et son hibou. Bizarrement les deux « bestioles » cohabitaient plutôt bien, on peut dire qu’elles se fréquentaient même. Sa petite vie bien rangée faisait l’admiration de sa bande de copines ; un jolie appartement, décoré bien comme il faut, un métier passionnant qui lui permettait de voyager, rencontrer du beau monde mais ne laissait à aucun moment de place à une vie privé épanouie...à 32 ans, Nancy n’avait toujours pas rencontré l’âme sœur...elle avait bien eu quelques aventures, sympathiques, distrayantes mais n’arrivait toujours pas à tomber amoureuse même si depuis quelques années cet objectif était devenu une obsession.

Elle se retrouvait enfermée à ses dépends dans un remake de « Sex and the city », même si « the city » menait largement la danse. Jolie comme un cœur, intelligente, sûre d’elle...elle faisait peur, elle impressionnait...les hommes ne pouvaient que l’admirer mais fuyaient cette beauté parfaite qui leur renvoyait une image médiocre d’eux mêmes.

Et pourtant, Nancy n’attendait que lui, le prince charmant.

Paul s’était présenté à la galerie un beau matin d’avril, il cherchait une œuvre originale à offrir à sa mère pour son anniversaire. Silhouette insignifiante, il arpentait les allées en se postant devant chaque œuvre, l’air
Désinvolte, limite distrait...mais que cherchait il au juste ? Il ne semblait ne rien connaître à l’art... C’est Nancy qui pris l’initiative de l’orienter, de le conseiller et dès leurs premiers regards, ils avaient su.

Dès lors, tout était allé très vite, une toile de 50 000 $ avait été livrée au Château de Bellecourt en Normandie, Nancy avait pris soin de la livraison en personne puisqu’elle même invitée à la « Garden Party ». Paul n’avait d’yeux que pour elle, il lui faisait une cour assidue mais galante, tout en réserve mais intense...C’était lui enfin à 30 ans, elle avait trouvé son Prince Charmant.

Deux mois s’étaient écoulés depuis leur première rencontre, elle se faisait une joie d’être présentée à sa mère bien aimée qui en avait été, à son insu, l’initiatrice.

Elle s’avançait, digne et rigide dans l’allée bordée de tilleul, ouvrant ses longs bras décharnés, prêt à accueillir « l’étrangère » qui lui volerait son fils.
Les regards furent foudroyants, au premier enlacement, Nancy se figea et là aussi, elle sut...elle venait de rencontrer la sorcière, sans nul doute elle était tombée dans un comte de fée.

Tout était trop beau...pourquoi devait il forcément y avoir des sorcières dans les histoires de Prince charmant. Elle essaya de se rassurer, se persuada qu’elle se faisait des idées mais non, malgré, les efforts de Paul pour détendre l’atmosphère, elle ne pouvait se détacher de sa première impression, cette femme était son ennemi et en y repensant maintenant, Paul son complice.

Elle s’était laissé berner, raconter de belles histoires et n’y avait vu que du feu... qu’elle idiote elle avait été, captive d’un homme envoutant, charmeur et séduisant qui faisait l’admiration des ses amies. Encore ses amies, toujours à écouter leurs avis, toujours à vivre par le regard des autres, elle se sentait flattée, « starlette » d’une histoire qu’elle ne dirigeait déjà plus.

Un an jour pour jour et il lui passait la bague au doigt...amoureuse comme au premier jour, elle avait dit oui pour le malheur et pour le pire...ne sachant pas qu’à partir de ce moment là, elle allait vivre un enfer.

Paul exigea d’aller vivre au château. Prétextant des soucis de santé que rencontrait sa mère, il fallut rompre brutalement avec une vie citadine et trépidante, mais aussi rompre avec une profession qui ne peut s’exercer qu’à Paris. Nancy quitta la Galerie.

Quel amour fou l’avait poussé à transformer radicalement tout ce qu’elle avait construit à force de travail, de passion...elle tirait un trait sur son passé tournée vers un avenir certainement plein de promesse, aveuglée par un amour sans limite.

Paul changea. Distant, froid, se réfugiant dans un discours lié à la maladie de sa mère, Nancy survivait. Bien que toujours enfermée dans sa chambre, sa belle mère était omniprésente dans le couple... les murs de la bâtisse respirait cette vieille femme aigrie et malfaisante, les nuits de Nancy se peuplèrent de cauchemars. Six mois d’une interminable descente aux enfers,
Il fallait se réveiller.

Cette nuit là, elle comprit...Paul avait déserté la chambre comme à son habitude, pour se rendre au chevet de sa mère. Il fallait qu’elle sache, il fallait qu’elle la voit, qu’elle les voit, qu’elle comprenne cette relation qui les liait. Elle sortit sans un bruit de la chambre, traversa les couloirs de ce château gris et sinistre...elle qui se voyait déjà vivre en Princesse comme dans un comte de fée, quel désastre, qu’avait elle fait de sa vie, héroïne un jour de série américaine, elle arpentait maintenant en chemise de nuit, échevelé, les yeux agars ce château froid telle un remake de « shinning ». Elle était risible bien qu’elle n’ait qu’envie de pleurer.

Elle était passée mainte fois devant cette porte en haut de la tour, mainte fois Paul lui avait ordonné de ne pas entrer, sa mère ne souhaitant aucune visite. Elle avait obéit. Mais cette nuit, elle se sentait la force, la force du désespoir sans doute, la force de pousser cette porte pour comprendre, comprendre pourquoi elle en était arrivé là, pourquoi sa vie ne tenait plus qu’à un fil, pourquoi elle avait peur, peur de celui qu’elle avait aimé plus que tout.

Haletante, oppressée, elle hésita...Qu’est ce qui la retenait maintenant, si près du but, elle avait eu le courage de se lever, de monter juste devant cette porte, et là tétanisée, elle hésitait, terrifiée par la peur de connaître enfin la vérité. Car cette vérité, elle la devinait. Six mois de cauchemars, négligée par son mari, que pouvait elle imaginer...une relation incestueuse ? Mais pourquoi alors l’avoir épousé ? Pourquoi la prendre à témoin d’une telle offense ? Quelle imbécile, elle était loin du compte, petite reine des villes aveuglée dans sa quête de comte de fée.

Soudain, elle trouva le courage, poussa la porte et le spectacle qu’elle découvrit fut bien à la hauteur de ses cauchemars. Elle se trouvait dans une galerie d’art ou chaque œuvre était ornée de sa galeriste. L’effet aurait pu être des plus plaisant si ce n’est que ces jeunes femmes étaient nues, écartelées et accrochées par des pieux sur chaque tableau que son mari avait dû leur acheter...sa mère trônait dans son lit, au milieu de la pièce, raide comme un piquait et morte certainement depuis longtemps...conférencière de son dernier refuge transformée en exposition terrifiante.

Soudain, elle comprit qu’elle serait la prochaine actrice de cette sinistre mascarade, Paul surgit, elle était là, debout, essoufflée devant lui et réalisant enfin qu’elle avait épousé un psychopathe !

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