Etouffement

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Je suis pris au piège. Je suis à l’étroit dans mon corps, dans ma tête. J’étouffe. Ne vous approchez pas ! Non. Laissez-moi. Laissez-moi seul. J’ai besoin d’un peu d’air, d’un peu de solitude. J’ai dit : ne vous approchez pas ! Je l’ai pensé très fort plutôt et j’ai laissé un mot : « Ne pas déranger ». Je sais bien que vous ne me voulez aucun mal, je le sais, vous êtes mes proches. Pourtant...je me sens comme oppressé, comme pris dans l’étau de votre présence, de n’importe quelle autre présence. Laissez-moi. Je vous en prie. Nous avons passé trop de temps ensemble aujourd’hui. Je veux fuir. Je n’ai pas eu un moment à moi. Laissez-moi m’enfermer dans une pièce seul. Seul.

Enfin. Seul. Une porte. Une porte entre vous et moi. Un bol d’air.

J’entends un bruit. C’est vous, de l’autre côté de la porte, c’est vous, dans les autres pièces de la maison. C’est vous, qui pouvez à tout moment venir me solliciter. Et tout d’un coup, je suffoque de nouveau, le bol d’air s’est renversé. La porte, je ne peux pas la fermer à clef. Il n’y en a pas. La porte ne vous empêchera pas de me parler, de penser à moi, de vous inquiéter, de m’atteindre. Je veux être hors de portée. J’étouffe, j’étouffe, j’étouffe !

Pourquoi ? Pourquoi, alors même que vous m’aimez, vous me faites subir ça ? Vous ne le savez même pas. Vous ne pouvez vous en rendre compte. Je cache tout. Je ris trop fort, je ne parle que d’optimisme, je passe du bon temps avec vous. Mais au fond, je me sens de plus en plus crispé, de plus en plus coincé, de plus en plus fébrile. A fleur de peau, sensible, la chair à vif. Et ce qui était dans mon esprit devient physique. Si vous me touchiez, je crois bien que ça me brûlerait. Je crois que je pourrais imploser. Je suis peut-être malade. Je dois l’être. Tout ça arrive par moments, comme des crises. Des crises d’une maladie. Psychiatrique ?

Laissez-moi un peu d’air. J’halète. J’ai envie de pleurer, je n’y parviens pas. Je sanglote sans larme. Tout reste contenu dans ma gorge. Mon ventre se serre. J’ai arrêté de respirer. Il faut que je me calme. Vous n’allez pas ouvrir la porte, il n’y a pas de raison, il y a le mot sur la porte. Je suis seul, je ne me sens pas seul. Non, je suis seul. Je suis seul pour un instant, dans cette pièce. On ne va pas me parler, on ne va pas...

« Tu fais quoi ?
- ...Je lis.
- Je peux entrer ?
- Non. Je veux être un peu tranquille.
- ...D’accord. »

Je n’en reviens pas. Pourquoi est-ce que je réponds avec autant de calme ? Pourquoi n’y a-t-il dans ma voix aucun signal de détresse alors que dans mon corps et dans ma tête tout s’agite, tout hurle, tout s’entrechoque et s’ébranle ? Je n’arrive pas à demander de l’aide. Je n’arrive pas à vous parler, à vous montrer ce que je ressens. Je ne veux pas vous faire de la peine ou vous causer du souci. Je vois bien que vous en avez déjà assez. Je ne veux pas être un poids. Alors je m’étouffe.

Mon crâne se tord et mon corps se tend. Ça va passer. Jusqu’à la prochaine fois, la prochaine...crise que je devrai étouffer.
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