Et si le Père Noël oubliait de passer ?

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Intermittente de l'écriture, dans la catégorie Supersenior. Des mots, des phrases, qui jaillissent parfois, qui viennent sans qu’on les cherche, allez savoir pourquoi  [+]

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Un matin de Noël. Au pied du sapin, des papiers de couleur déchirés, des boîtes éventrées, des enfants excités au milieu de tous les cadeaux que le Père Noël leur a apportés pendant la nuit.
Et assise un peu à l’écart, ma grand-mère, qui sourit de leur bonheur et de leur émerveillement.
— Comme ils sont gâtés, ces petits, murmure-t-elle, doucement, presque à regret, comme si elle craignait que je prenne sa remarque pour un désaveu, devant cette profusion de jeux et de jouets.
Je vois son regard se perdre dans ses souvenirs… Et soudain, elle me raconte…

Une nuit étoilée, glaciale. Une petite fille tourne et retourne dans son lit, trop agitée pour pouvoir dormir. A l’école, la maîtresse a raconté le Père Noël, ses rennes et son traîneau, les cadeaux qu’il distribue aux enfants.
— Et bientôt, il va passer dans toutes les fermes du village. Si vous avez été sages, il vous apportera un cadeau, la nuit de Noël. Mais n’oubliez pas de mettre vos sabots devant la cheminée...
Les enfants ont écouté ses explications, émerveillés. Leur jeune institutrice vient de la ville, elle sait tellement de choses, elle ne peut pas se tromper. Alors Sylvie a tout raconté, elle aussi, à son père et à ses grandes soeurs, et, comme l’a suggéré la maîtresse, elle a soigneusement rangé ses sabots devant la cheminée. Avec un peu d’inquiétude quand même.
— Et si le Père Noël oubliait de passer chez nous ? Notre ferme, elle est tout en haut du village. Peut-être qu’il ne la trouvera pas.
— Ne t’inquiète pas, petite. Avant de me coucher, j’accrocherai la lanterne à la porte de l’écurie. Les rennes ont de bons yeux, ils la verront.
Ce soir, le sommeil est long à venir. Peut-être bien qu’elle entendra arriver le Père Noël et son traîneau sur le chemin enneigé, si elle reste éveillée. Mais elle ne perçoit que des murmures chuchotés, des rires étouffés, en bas dans la cuisine.
Une lumière dorée coule soudain sur le plancher. Au carreau de la fenêtre, les cristaux de givre scintillent. Son père a accroché la lanterne. Sylvie sourit, rassurée. Et la nuit l’emporte enfin.
Le chant du coq la réveille. Elle ouvre les yeux et... « C’est Noël ! ». Un espoir fou qui fait battre son coeur très fort. En chemise, pieds nus, elle se précipite vers ses sabots d’où dépasse un mouchoir à carreaux bleu et blanc, tout comme celui qui appartient à son père.
— Un cadeau ! J’ai un cadeau du Père Noël !
A l’intérieur du mouchoir... un gros morceau de sucre ! Rien que pour elle ?
— Père, regardez ! C’est vraiment pour moi ?
— Ma foi, je crois bien que oui. Le Père Noël doit savoir que tu es une petite gourmande...
Ses soeurs rient de la voir rire. Elles savent combien le pain de sucre que leur père range dans le garde-manger, bien enveloppé dans un torchon, est l’objet de toutes les convoitises de la fillette dont les yeux brillent d’envie lorsqu’il en gratte un morceau avec son opinel. Elle en lèche alors les miettes avec gourmandise sur le bout de son doigt. Et voilà qu’elle en a un gros morceau, rien que pour elle.
— Ne le mange pas d’un seul coup, lui dit son père.
Oh non, c’est trop beau, c’est trop bon, il faut que le plaisir dure le plus longtemps possible. Quelle joie d’ouvrir le mouchoir et de lécher le sucre, plusieurs fois dans la journée ! Avec quelle impatience elle attend maintenant la fin des vacances pour raconter son cadeau à la maîtresse qui sait tant de belles histoires !
Et pourtant... La maîtresse, souriante, a interrogé les enfants. Sylvie qui trépigne d’impatience parle la première, elle a tant à raconter. La lanterne dans la nuit, le mouchoir bleu et blanc, le sucre... Mais, lorsqu’elle se tait enfin, les autres enfants de la classe sont étrangement silencieux. Dans ce village de montagne où la pauvreté, voire la misère, a établi ses quartiers, seule Sylvie a eu la visite du Père Noël, le 25 décembre. Les sabots de ses camarades sont restés désespérément vides devant la cheminée.
— Peut-être que nous, nous n’avons pas été assez sages, constate alors la petite Marie, avec plein de tristesse dans la voix.
A son bureau, la maîtresse a perdu son sourire et des larmes soudain mouillent ses yeux.

Je vois des larmes aussi dans les yeux de Sylvie qui finit de me raconter son bonheur tout à coup brisé par la tristesse de ses camarades que le père Noël avait oubliés.
Mais quelle leçon de vie m’a donnée le récit de ma grand-mère ! Qui ne se doute même pas du cadeau qu’elle vient de me faire.

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