Esquisse d'une vie

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Ma mélancolie... et les eaux glauques de la mer du Nord.... comme un reflet. Je marche. Sur la grève une pale écume s’éclabousse en mille gouttelettes. Seul un petit ru résiste, serpente solitaire au milieu des grains..... Jusqu’à ce que mon pas de géant le réduise à néant.
Le peintre impatient du paysage a tout confondu. Ciel et terre se mélangent en ce dimanche d’automne. Le monde est à l’envers, l’eau devient air et l’air devient eau aquarellée.
La plage est une palette de grosses touches au brouillon, d’où naît un dessin maladroit d’enfant.
Les morceaux d’algues inscrivent une étrange écriture aux contours dilués par le sel
Seul un hiéroglyphe tout noir et fin et une petite virgule pigmentent au loin le sable, c’est Michel et le chien. Des paroles, plutôt un vague écho incompréhensible. Le bruit assourdissant des vagues couvre celles de Michel. Il me parle, je ne comprends rien. Il s’agite, m’explique, démontre à grand renfort de bras. Remue l’air, me fait penser à un fétu de paille balayé par le vent, plus maître de ses bras ni de son corps. Les embruns dissolvent le grand espace gris, et sa petite silhouette ; mais Michel résiste et s’avance vers moi, le cabot dans les pattes. Il me sourit, normal. Ou est-ce une grimace ? Je ne vois pas bien. Je sais que c’est amical.

L’amoureux et le chien, ce pourrait être le titre de mon tableau.
.Michel, la deuxième partie du diptyque ; un être qui me ressemble, dans lequel je peux me refléter. Comme le couple de Dürer nu Adam et Eve. On se fait face. Je nous imagine, gracieux, dans le plus simple appareil, dans un déhanché superbe. Puis nos mains se libèrent, montent vers les cieux et une course effrénée nous entraine au loin sur la grève. On ne ressent plus ni le froid, ni le vent.
Je me retourne, Michel est juste là à mes côtés avec son regard délavé. Sa peau prend l’eau mais pas la mienne.
- Quand est-ce qu’on mange ?
Insensible à la poésie du quotidien mon Michel, droit comme un roc, un terrien, un terrestre, un vrai de vrai.
- On verra plus tard, profite du paysage, c’est si beau !
- J’ai froid !
Il insiste. La basse préoccupation de frigidaire l’emporte sur la balade. Les cheveux, mouillés mon homme me fait penser à un vieux pinceau tout déglingué, qui jadis aurait tracé la plus belle des calligraphies. Alors demi –tour. Je virevolte, entrainée par l’élan du chien pressé lui aussi de rentrer.

Côté face, le paysage est aussi beau. La lumière plus présente, le soleil lointain derrière les embruns mais présent, Michel est devant avec le toutou collé à ses basques.
Les mouettes en patrouille quadrillent le ciel en quête d’un lieu paisible, les rafales bousculent l’ordre établi, déséquilibre les oiseaux légers. La constellation éclate comme autant de mouchetis sur fond gris. Disparus dans les nuées,.... plus de volatiles....happés, mangés.

Ah zut, déjà ! Parking, bitume, voiture. Mes deux acolytes déjà installés.
Je m’enfile à l’arrière. La voiture démarre. Le rétroviseur intérieur cadre juste les yeux de mon Michel et ses pupilles bleues très pâles comme les mers du sud. Des cils interminables s’incurvent le long cette longue plage azuréenne. C’est mon ilot, mon refuge.

J’apprécie ce grand front souriant sur lequel se dessinent quelques ridules de sagesse. Des sillons charmants creusés par le vent et les années.
Le ronron du moteur est interrompu tout à coup par mon chéri :
- Tiens j’ai une idée : du rôti de bœuf ce midi!
J’acquiesce machinalement, puis détourne mon regard vers l’interminable paysage .... avec au fond de moi un indescriptible vague à l’âme.
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