ÉPUISEMENT

il y a
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C’est pas de la grande littérature, mais chaque mot a sa place et l’ordre est essentiel. Le rythme aussi. Ils respirent les drames, les vôtres et puis les miens. Ils rompent les solitudes  [+]

J’ai déraillé. Je suis passée devant la maison sans m’arrêter. Ça fait des mois que je n’ai plus envie de rentrer. Et, ce soir, je n’ai même pas freiné. J’ai pris l’autoroute et je suis partie. Une question de survie. La mienne. Je ne sais pas où je vais aller mais plus je m’éloigne et mieux je respire. Une mère ne disparaît pas. Pas volontairement. Un père abandonne parfois. Mais une mère supporte. Je n’y arrive plus. Je ne me sens pas encore coupable mais je sais que ça viendra. Je mets la musique à fond pour m’empêcher de penser.

Ça fait des mois que je me cache pour pleurer. Au boulot. À la maison. Dans la voiture. Il n’y a pas un endroit où je n’ai pas pleuré, je suis à bout. J’ai même mis des larmes dans les boîtes à lunch des enfants. Je crois que personne n’a rien vu. J’ai des yeux de lapin russe pourtant. On ne se regarde plus, c’est ça le problème. On vit ensemble, mais on ne partage plus rien. Je ne sais même pas s’ils vont se rendre compte que je ne suis plus là. Le frigo est plein, le linge lavé. J’ai même laissé un chèque, ce matin, sur le comptoir pour la sortie scolaire du grand.

C’est bien plus qu’un « burn out ». Bien plus qu’une dépression. J’ai atteint le point de rupture dans l’indifférence générale. Ou à cause d’elle, justement. J’ai besoin d’une pause, longue, éternelle. J’ai envie de ne plus me sentir mère. Je suis dégueulasse mais c’est ce que je veux. Arrêter de m’inquiéter pour eux. Arrêter de courir. Ne plus me sentir invisible et vivre. Je roule sans savoir où je vais, mon Dieu que c’est bon ! J’imagine ma vie d’après. Le silence. Sans déception, ni ingratitude. Sans penser, en les regardant, que j’ai tout raté. Sans me demander ce qu’ils vont devenir. Respirer juste pour moi.

J’ai fait demi-tour. En chialant. Encore. Putain de voiture connectée. Plus de vingt messages. Ils ont perdu le chien et me demandent où je suis. Je ne suis pas invisible. Ils ont besoin de moi, et moi, sans eux, je ne suis rien. Une mère, ça ne disparaît pas. Pas volontairement. Même si parfois, ce n’est pas l’envie qui manque.
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Camille Fournery · il y a
Bonjour,
Ce très beau texte est diffusé sur Facebook sous le nom de Véronique Lanonne. Est-ce bien vous? Ce texte apparaît notamment dans le groupe FB La fureur de lire, il a été moult fois partagé.

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VERONIQUE THIEBAUT · il y a
Oui Camille, je partage mes textes sur ma page FB "Scribouille" et mes textes doivent certainement être partagés par d'autres. Merci pour votre commentaire ;-)
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Regine Fournon · il y a
Il arrive qu'on ne puisse plus assumer.C'est humain.

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