Epilogue

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" L'accent circonflexe est l'hirondelle de l'écriture." Jules Renard  [+]

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Dans cette guerre, Markaride a déjà tout perdu : son mari, ses deux fils, sa sœur et sa nièce. Ses chaussures, ses papiers, son argent, son honneur. Elle a perdu courage, perdu pied, perdu la tête, son âme, son temps.
Aujourd’hui, Markaride n’a plus rien à perdre.
À part la vie, mais elle n’y tient plus guère, et sa maison.
La maison de Markaride, c’est tout ce qui lui reste. Et avec elle, elle a tout. Toute sa vie est dans sa maison. Alors Markaride va se battre, ils ne prendront pas sa maison.
Ils, ce sont les soldats ennemis, les occupants. Pourtant, ce sont des enfants, elle pourrait être leur grand-mère, ils n’ont pas vingt ans. Et déjà une arme dans les mains. Alors puisqu’il semble n’y avoir pas d’âge pour tenir une arme, Markaride s’en est procuré une. Cela n’a pas été difficile. C’est celle de son pauvre mari. Deux ans qu’elle était dissimulée sous le matelas.
« Tu t’en serviras quand je ne serai plus là », avait-il dit à Markaride, dans un dernier souffle, le ventre criblé de petits trous. Les mêmes petits trous que ceux qui constellent les murs de leur maison.
Ils sont déjà venus. Plusieurs fois. Ils veulent qu’elle parte pour récupérer sa maison et y loger une famille des leurs. Ils ont cherché à lui faire peur, ils ont tiré en l’air, dans les murs, dans les fenêtres. Markaride n’a pas eu peur. Elle n’est pas partie. Ils ont crié fort, ils l’ont bousculée, elle est tombée. Markaride s’est relevée et elle est restée.
Markaride ne partira pas. Elle ne pourrait pas.
Comment emporter dans des bagages les nuits passées avec son mari dans ce lit où elle a mis ses enfants au monde ? Comment emporter la lune dans le coin de la fenêtre de leur chambre ? Comment emporter l’ombre rafraichissante du tilleul et les bavardages des voisines, sur le banc en pierre, devant la maison ?
Comment emporter le petit creux d’usure de la pierre, sur le seuil de la porte, là où tous ceux qu’elle aime ont posé le pied pour entrer dans sa maison ?
Markaride ne peut pas partir en laissant derrière elle l’olivier planté par son grand-père, l’étendoir à linge de sa mère et le claquement des draps dans le vent.
Le bruit des pas de son mari rentrant le soir, le parfum du thé à la menthe dans la cuisine, les cachettes de ses enfants.
Markaride ne partira pas. Assise sur son lit, elle les attend et s’il le faut, elle tirera.
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Laurence Debril · il y a
Très fort ce texte, bravo!
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christine A · il y a
Merci Laurence!

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