Entre deux orages

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Amoureuse de la vie, je regarde le monde tourner, vibrer, la vie se faire et se défaire, les destins se croiser. Et j'écris des histoires, pour le plaisir... Vous pouvez me retrouver sur mon  [+]

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Annabella se souvient...

Du soleil, celui qui brûlait le toit des maisons. Un soleil sec et constant. Un soleil d’été, qui n’étouffait pas mais forçait les plus jeunes et les plus âgés à choisir le calme du dedans, le froid derrière les volets clos. Elle se souvient de l’eau qui coulait dans un lent mouvement épousant les contours des ombres sur la place. Elle inondait les allées et les terrasses. Rafraîchissante. Enivrante. Elle se souvient de l’horizon, orgueilleux, qui volait rêves de voyage, désirs d’aventure. Il n’y avait rien d’autre que le soleil et l’eau. Rien qui ne soit autre que l’attente de lendemains moins hostiles.

Annabella se souvient de Diego. Il ne restait que ça pour tenir. Il ne restait que la sauvagerie de son regard, bleu, noir, elle ne pouvait se décider sur la couleur. Toujours pas.
Diego était arrivé avec le souffle du vent d’été, entre deux orages. Multiple. La puissance de l’éclair striant le ciel de gerbes phosphorescentes. Elle se souvient de l’odeur du jour, des haubans des bateaux qui claquaient, vision chaotique d’un monde qui changeait. Et son regard encore, perçant, soumis à un code qu’il fallait décrypter. Elle avait voulu essayer.
Il restait encore aujourd’hui un mystère. Il était parti comme il était venu, sans prévenir.

Alors elle se souvient des cicatrices sur sa peau. Traces blanches sur marron glacé. Des petites rigoles qui menaient au cœur de lui. Un monde. Bien sûr, elle l’avait désiré à la première seconde comme toutes les autres. Et il l’avait senti. Il avait posé son empreinte sur ses désirs. Si facile. Il lisait en elle. Tout.

Annabella se souvient. Pour ne pas s’éteindre. Elle fait revivre l’éphémère pour ne pas s’évanouir. Dans ses bras elle s’était laissée aller à espérer autre chose. Il ne lui avait rien promis. Il n’en avait pas eu besoin. Un autre horizon. Un possible. C’était assez pour l’espérance.
Une main qui dégrafe. Une main qui écrase. Une main qui s’invite dans un espace courbé. Une main qui infiltre l’univers des passions. Fait de creux et de peau marquée du fer de l’intime obsession. Une main rugueuse possessive qui contraint sans chercher à plaire, en quête de zones d’ombre à porter vers la lumière.
Ses mains, folles, courant à vive allure. Sur sa peau tiède et reposée. Ses doigts pris d’une frénésie joyeuse. Sa langue qui fouille l’intérieur, marque l’arrêt sur les notes chaudes. Son corps tout entier comme investi d’une mission.
Et elle. Offerte. Sans autre attente que celle d’un rivage d’eau claire, d’une forêt boisée. Elle dans son intimité exposée. Aux regards du monde. Son corps transi sous la brûlure. Son corps maintenu dans une étreinte flamboyante. Comme au cœur d’un feu d’artifice de sensations. Une variation inconnue. L’âme d’un corps invité au festin d’un autre corps. Et le vide sous ses pieds. Et le feu sous sa peau. Et l’éclat du diamant sur ses flancs. Et la volupté d’un baiser au creux d’une attente insoutenable. Celle du sommet des gratte-ciels invisibles.
Eux. Confondus. Épuisés. Mélange de liqueurs audacieuses. Juste un soupir qui tente de tout retenir, lui à l’intérieur, ses extrémités, ses blessures mises à mal par des ongles rageurs. L’écorce fragile mordue. Le sang mêlé au souffre. Puis plus rien.

Alors Annabella se souvient.

Retenir au moins ça, ces parcelles de vie. Son corps encore gracieux, convoité, appelé au plaisir. Le sentiment d’être complète. L’extase des hauteurs. Les cris étouffés dans les plis des draps blancs. Quelques grammes d’espoir bien cachés. Dans un dédale de morceaux d’azur égarés quelque part dans le vaste océan. De la poussière sur les toits des maisons. Le soleil de plomb qui sillonne la terre qu’elle n’a jamais quittée. Et ce regard fiévreux, cette allure cavalière, cette peau si chaude, ce torse si puissant. Oui ne se souvenir que de ça.
Et partir...

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