3
min

Enfin! Debout!

Image de Mimosa

Mimosa

294 lectures

169

FINALISTE
Sélection Public

Allongée. Le dos douloureux, les jambes molles, je regarde le plafond blanc. Vide. Je suis restée tant de temps à l’observer, ce plafond qui n’a rien, pas même une araignée. Le drap et la couverture me recouvrent, me permettent de garder ma tiédeur mais ne sont pas chaleureuses. J’aimerais retourner chez moi, sous mes couettes. Le lit n’est ni dur ni mou. J’entends des éclats de voix, et des pas dans le couloir, plus loin, ce sont des gens qui marchent. Mes jambes sont molles. Un peu picotées, quelques fourmis les réveillent des fois. Comme maintenant. Ça fait trois mois que je l’ai eu, ce foutu accident. Ils m’avaient dit : « dans deux mois, vous courrez comme avant ». Ils n’ont pas une bonne notion du temps. Je suis restée dans mon lit, tout ce temps. Ou, parfois, au sol au pied du lit, après un accès de révolte. Je bouge mes bras, les passe au-dessus de la couverture blanche. Il fait un peu trop froid, je les remets sous la couverture blanche. Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire. Je n’ai pas envie de lire, les personnages marchent dans les livres, encore moins envie de regarder un film, les personnages y marchent bien plus. Ça me fait pleurer. Je n’ai pas envie de parler à qui que ce soit, tous mes proches marchent. Alors je repasse mon bras droit au-dessus de la couverture, et je la lisse du dos de la main, j’essaye de la rendre aussi vide que le plafond. Je bouge mes orteils, ça fait des vaguelettes. Je n’ai pas envie d’écouter les bruits hors de la chambre, tout le monde marche hors de la chambre. Mes jambes vont mieux en ce moment, même si les médecins refusent que j’essaye de me lever. Ils disent que c’est pour ça que ça met si longtemps, parce qu’à chaque fois j’essaye de me lever. Mais mes jambes vont mieux en ce moment. Elles sont molles mais elles me picotent. Et mes orteils font très bien les vagues. Je plie la jambe droite, doucement, la couverture blanche est toute froissée. La plante du pied bien droite sur le matelas. Je touche le genou avec la main, je le masse un peu. Je déplie la jambe, je fais la même chose avec la gauche. Elles obéissent mes jambes. Je déplie la jambe gauche. Elles vont mieux en ce moment, et les bruits du dehors ne s’approchent pas de la chambre, le médecin ne viendra qu’après midi, et il est tôt. Je crois. On m’a apporté le petit déjeuner il n’y a pas très longtemps. Je replie la jambe droite. Mes deux bras massent ma cuisse, puis mon mollet, doucement. J’ai un peu moins mal au dos. Je fais bouger mes orteils, encore. Ils sont en forme. Je fais de même avec la gauche. Elle est un peu plus lente, c’est vrai, c’est elle qui a le plus souffert. Mais elle va mieux quand même. Surtout les orteils, et c’est important les orteils, pour garder l’équilibre. J’ai un peu mal quand je la déplie, mais ça va. Je m’affaisse à nouveau sur le coussin. Le plafond n’a pas changé. Ils devraient laisser des araignées, c’est sympa à regarder. Ça ferait un plafond pas que blanc, ce serait plus joli. Je trouve. Je regarde les plis de la couverture, où il y a des jambes. Je suis sûre que cette fois elles pourraient me soutenir. Et les bruits du dehors sont toujours éloignés de la chambre. Ce sont des bruits de pas, surtout, un peu de portes claquées. Des pas pressés, parfois très pressés, clac clac clac, il y a même des bruits de course. Pourquoi mes jambes seraient-elles différentes ? ça fait trois mois quand même, je suis sûre que maintenant elles se sont guéries. Je me redresse, les deux bras hors de la couverture, qui glisse avec le drap le long du buste. Je plie la jambe droite, elle en premier car c’est la plus vaillante, et la jambe gauche la suit. Je me tourne, doucement, vers la droite, vers le bord du lit. Je vais y aller en prenant mon temps. En douceur. Je ne veux pas retomber, le médecin se fâchera encore. Mes pieds sont sur le lit. Lentement, je les aventure vers le sol, jusqu’au sol, ils le touchent. Je respire. Mes jambes sont molles mais moins que d’habitude, elles picotent et elles feront beaucoup d’efforts pour tenir, parce qu’elles n’aiment pas le lit, l’inactivité, l’ennui. J’avance un peu, jusqu’au bord. Je contracte les jambes, je me concentre, elles se concentrent, effort commun. J’appuie sur mes bras, crispés, et je quitte le lit vers le haut, mon bras droit s’appuie rapidement sur la table de chevet mais elle est trop basse et mon corps continue de se redresser alors il reste sans appui, comme mon bras gauche. Les jambes pliées comme pour le ski, les dents qui se mordent entre elles, je vacille. Mes bras ont la position du funambule. Je reste. Je tiens. Mes jambes poussent encore. Mon dos est droit maintenant. Ma tête aussi. Je peux regarder la chambre de haut, mon regard à l’horizontale arrive au-dessus de la poignée de la porte. Enfin ! Debout !

PRIX

Image de 2017

Thème

Image de Très Très court
169

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Arlo
Arlo · il y a
À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.
·
Image de Bruno Verdelli
Bruno Verdelli · il y a
Patience et volontés sont les deux mamelles de la guérison. Bravo . Vous nous avez mis dans ce lit et surtout vous nous en avez sortis !
·
Image de Mimosa
Mimosa · il y a
j'en suis très heureuse ! merci :)
·
Image de Dominique Alias Suna Descors
Dominique Alias Suna Descors · il y a
Belle description émotionnelle du malade qui veut guérir. Bravo... on a impression, à la lecture, d'avoir pris votre place dans le lit.
·
Image de Mimosa
Mimosa · il y a
c'était le but! Merci beaucoup :)
·
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Quel courage,Mimosa, bravo !
·
Image de Mimosa
Mimosa · il y a
merci!
·
Image de Sophie Copinne
Sophie Copinne · il y a
du rythme de belles images comme ce drap qui se froisse au fil des mouvements.
·
Image de Mimosa
Mimosa · il y a
je voulais vraiment placer le lecteur dans un lit aussi... ;)
·
Image de Marinette7433
Marinette7433 · il y a
Bravo pour ce très beau texte ! Une belle écriture qui décrit pas à pas (si l'on peut se permettre cette expression pour votre texte) les efforts de la jeune fille. On attend qu'elle se lève, à travers des mots très bien trouvés. Les phrases courtes permettent de ne jamais s'ennuyer, tout en suivant les pensées et actions du personnage, encore une fois bravo !
·
Image de Mimosa
Mimosa · il y a
merci beaucoup! je suis heureuse que vous ayez vécu ce petit instant de vie avec mon personnage! ;)
·
Image de Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Un texte haletant, où le lecteur est tendu vers le résultat des efforts de la narratrice. D'abord ce leitmotiv lancinant autour du verbe marcher, qui souligne l'échec et le découragement, puis un revirement et la nouvelle tentative racontée étape par étape, le tout très bien écrit avec des trouvailles poétiques. Tous mes votes, je suis ravie, Mimosa, d'avoir découvert ton texte en finale et te souhaite bonne chance.
·
Image de Mimosa
Mimosa · il y a
votre commentaire si élogieux me fait vraiment plaisir! d'autant que c'est exactement l'effet que je recherchais, merci beaucoup :)
·
Image de Mirgar Garrigos
Mirgar Garrigos · il y a
Très belle analyse du personnage qui veut vivre et brûler les étapes pour rentrer dans la normalité...4 points.
·
Image de Mimosa
Mimosa · il y a
merci beaucoup :)
·
Image de Shrimpelia
Shrimpelia · il y a
Bravo! Ce texte est efficace et on comprend très bien le message!
mes trois votes!
Si vous vous ennuyez, passez donc voir mon TTC, "La machine à Rêves"
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/la-machine-a-reves Merci!

·
Image de Mimosa
Mimosa · il y a
merci! je suis passée soutenir ton TTC, très beau!
·
Image de Shrimpelia
Shrimpelia · il y a
Merci beaucoup!
·
Image de Jean-Claude Renault
Jean-Claude Renault · il y a
Je remarche ;-)
·
Image de Mimosa
Mimosa · il y a
merci!
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur