"Emily" ou "emmerder l'autre c'est tout un art"

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Emmerder l'autre c'est tout un art.
Emilie, du haut de ses soixante quinze ans s'y employait avec beaucoup de dévouement et de
créativité depuis que son mari était à la retraite.
Celui ci avait beau faire, s'inventer du rangement dans la cave, prétexter un bricolage urgent au
garage, celle ci excellait à lui gâcher l'existence, par milles petites attentions touchantes et
venimeuses ;
- Un toast trop dur pour son dentier , qu'il était obligé de tremper dans un café brulant pour le
ramollir,café qu'elle avait préalablement beaucoup trop sucré avec soin,
– Des pulls qu'elles avait rétréci grâce à des des lavages intensifs à hautes températures , afin
de souligner son embonpoint imaginaire et de le soumettre à des régimes aussi
démoralisants qu'inutiles.
– Le réglage à minima de sa prothèse auditive pur l'obliger à répéter « qu'est ce que tu dis ? »
toute la sainte journée et pouvoir le lui reprocher d'une voix excédée... -Le mariage exige
tant de sacrifices -
Tout cela rendait Emilie pimpante et joyeuse du matin jusqu'au soir.
Elle se faisait un point d'honneur, que dis je, une fierté personnelle de ne jamais refaire deux fois de
suite le même mauvais coup.
Ce principe moral lui imposait de se creuser sans cesse la cervelle et de traquer dans les recoins les
plus obscurs de son imagination , de nouvelles idées qu'elle notait dans son petit carnet rose.
Elle se régalait par avance de partager ses dernières trouvailles avec ses amies invitées comme
chaque dimanche à boire le thé .
Hélas, un bonheur aussi absolu ne peut durer éternellement.
Un jour, son mari en eut assez et décida de faire un Avc qui lui grilla le cerveau.
Il put enfin partir en maison de retraite où on lui ficha une paix royale. Et pour être bien sûr d'être
définitivement débarassé de sa vieille toupie, il se dépécha d'y casser sa pipe- deux précautions
valent mieux qu'une-
Lorsqu'elle apprit la nouvelle , Emilie se sentit effondrée
Privée de son jouet favori et ne sachant sur qui exercer ses pulsions sadiques, elle errait dans son
appartement, troublée et désoeuvrée, touchant ici et là un objet ayant appartenu à son mari.
Un œil non averti aurait pu y voir le manque d'un être aimé....
Ne sachant que faire, le hasard voulut qu'elle croisa le chat dans la cuisine - le chat de robert qu'elle
elle avait jusqu'à présent toujours royalement ignoré -Un soudain espoir, qu'un œil non averti aurait
pu prendre pour une marque d'interêt, s'alluma dans le cœur brisé d'Emilie, quand soudain la
sonnette retentit.
On était déjà dimanche.
Les trois commères s'assirent comme à leur habitude prêtes à se repaître des derniers épisodes des
misères de robert. Contre toute attente, elles eurent droit aux misères d'Emilie, à la version détaillée
et approfondie de l'expansion de sa verrue plantaire qui allait bientôt rejoindre la mycose de son
ongle gauche,celui qui était déjà incarné, du désarroi dans laquelle la mettait ses insomnies, en
passant par ses ballonnements matinaux et le récent déchaussement de ses gencive
-« une autre tasse de thé mesdames ?»
C'était un supplice peu commun que de l'entendre manquer à ce point de savoir vivre et Emilie
jubilait intérieurement .
Léa pour s'occupper l'esprit se tordait les doigts et on entendait ses pauvres articulations craquer,
Rosemonde comme lobotomisée, semblait perdue , hypnotisée par le relaxant tic tac de sa montre,
et Simone essayai courageusement, il faut le reconnaître, mais sans succès, de changer le cours de
ce monologue infernal
Emilie, revigorée, exultait et rayonnait.
Cinq heures finirent par sonner ce qui précipita ces dames vers la porte.
Emilie émue , ravie d'avoir si vite remplacé robert et trouvé en ces amies d'enfance des nouveaux
souffre douleur, leur serra chaleureusement les mains en affirmant qu'elles devaient impérativement
se voir plus souvent !
Celles ci positivement d'accord, répondirent qu'elles devraient en effet y réfléchir plus souvent.
D'elles , on eut plus jamais de nouvelles. Leur téléphone fixe sonnait dans le vide. La légende dit
qu'elles déménagèrent dans la semaine.
Quoiqu'il en soit Emilie se retrouva seule comme un rat, face à ce qu'elle redoutait le plus au
monde !
SON PROPRE ENNUI
seule, vraiment ?
Mais qui venait là lui réclamer ses croquettes ?
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