Ejection

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Surveillant d'externat - conseiller d'éducation au lycée Privé Théophile LEGRAND de Louvroil, ville mitoyenne de Maubeuge, étudiant en théologie à l'Université Catholique de Lille. La  [+]

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Puis j’ai entendu un grand « boum » et je savais à cet instant, que ce boum inhabituel n’allait pas me plaire, à moi, comme à ma machine, mais alors pas du tout ! Cette soudaine déflagration a retentit sèchement et secoua franchement l’avion de la pointe de son museau jusqu’à la dérive. Instantanément, alors que j’étais encore à 10000 pieds, j'ai cabré et poussé la manette des gaz à fond en même temps que j’ai crié un « merde ! » retentissant et hors procédure réglementaire. Puis, aussitôt, les voyants d’alarme se sont allumés les uns après les autres dans le vacarme strident et stressant de la sirène. J'ai annoncé à la radio :

- « Rouge 3, mayday, mayday, mayday, panne hydraulique. »

J’ai cabré l’appareil, comme par réflexe, car plus on est haut, mieux c’est... Mais pas toujours...Dès la mise en cabré du F1, « L’arbre de noël » (le tableau d’alarme) s’est allumé brusquement : panne hydraulique circuit principal, puis auxiliaire dans la foulée. Mais il reste le circuit secours ? Mais, non, pas ce jour-là. Pas de circuit de secours. Puis tout s’est éteint brusquement : panne électrique totale ! Me voilà bien... Puis le manche s'est bloqué immédiatement en piqué. J'ai essayé de contacter mon leader par radio. Rien. Plus de radio. À ce stade de la situation, il ne me restait qu’une seule solution : l’éjection, pour peu que le siège fonctionne !? Et pour un pilote c’est bien là tout le dilemme. Beaucoup de pilotes ont tendance à rester au maximum dans l’avion et à repousser sans cesse le moment fatidique de l’éjection, en s’imaginant et en espérant qu’il va trouver une astuce et une parade pour se sortir de cette fâcheuse posture...Mais lorsque les voyants d’alarme clignotent comme les guirlandes du sapin de Noël au soir du réveillon, et de surcroît lorsque tout s’éteint irrémédiablement, il vaut mieux vite se faire une raison et quitter au plus vite le navire. Des pilotes sont morts pour avoir décidé trop tard de s’extirper de leur appareil. Moi-même, alors que personnellement, excepté lors de ma formation de pilote de chasse, je n'ai jamais su faire de parachutisme ; je ne voyais pas en effet la nécessité de me jeter hors d'un avion en parfait état de vol ?! Mais ce jour-là, rassurez-vous, je n'ai eu aucune hésitation à descendre en marche...

Le problème, c’est qu’avec toute la poussée maximum du réacteur, et je vous assure que ça pousse fort un réacteur qui est en train de pousser, presque autant qu’une femme qui accouche (le bruit, la chaleur et les vapeurs de kérosène en plus), l’avion a accéléré, puis il est parti en piqué la vitesse était proche de 500 kts. De plus, l’altitude gagnée était d’environ 4000 fts (pieds, 1ft = 0,33 mètre). Je me trouvais à cet instant à plus de 24000 pieds d’altitude (près de 8 kilomètres) et à une vitesse qui avoisinait les 900 km/h. En outre, l’accélération négative, c'est-à-dire celle qui vous aspire et qui vous colle littéralement au plafond avec tout ce qui traînait par terre dans le cockpit auparavant (personne n’a vu la femme de ménage ?), « les G », était phénoménaux, si forte que j’avais la plus grande difficulté à baisser mes bras pour saisir les poignées d’éjection. Et heureusement d’ailleurs, car une éjection à cette vitesse et à cette altitude ne m’aurait laissé que peu de chance de survie. Et là, comme par miracle, alors que j’essayais depuis des siècles de saisir ces satanées sangles d’éjection placées en bas entre mes cuisses, j’ai senti l’avion entamer une ressource relativement forte, aussi soudaine qu’inespérée. Merci mon Dieu, bien aimable ! L’avion s’est stabilisé, puis a repris une trajectoire ascendante... C’est alors que réacteur, qui devait se sentir un peu à l’écart de la fête, s’est éteint brusquement. Ben tiens ! Pourquoi pas, tant qu’on y est ? J’ai été projeté vers l’avant brusquement suite à la franche décélération, mon casque a même heurté violemment le haut de mon « tableau de bord ». J’ai attendu quelques secondes, interminables, j’ai vérifié du coin de l’œil la vitesse indiquée sur mon badin de secours, et lorsque celle – ci s’est approchée des 200 kts (nœuds) c'est-à-dire pas loin des 400 km/h tout de même, j’ai agrippé et tiré franchement, d’un coup sec, la sangle d’éjection.

La verrière du cockpit s’est envolée et le siège est parti deux à peine deux secondes plus tard (deux siècles) comme une fusée sans demander son reste et j’ai pris coup de pied aux fesses magistral ! Ce coup de pied là, croyez-moi je m’en souviendrai toute ma vie... À peine étais-je au dehors de l’avion, c'est-à-dire dans la fraction de seconde qui a suivi le fameux « coup de pied au cul », je me suis pris un mur d’air de 400 km/h, une « baffe » gigantesque, monstrueuse, et de ça aussi, je garderai nécessairement un souvenir inaltérable ! Nous ne sommes décidément pas vraiment faits pour nous promener dans un fauteuil ces vitesses et à ces altitudes, croyez-moi !
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