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EDEN - EPISODE QUATRE : QUITTE OU DOUBLE

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The6feeL

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Une chambre en désordre, une fenêtre laissant passer les quelques rayons de l'aurore, une penderie remplie de chemises à carreaux, de jeans troués et de tee-shirts blancs, des posters de festivals géniaux punaisés aux murs et un clic-clac en guise de lit douillet : bienvenue dans mon coin.

Joel n'est heureusement pas encore rentré. J'ai peut-être merdé tout à l'heure, mais pour l'instant j'ai une envie pressante de m'étaler dans ce luxe. Tout est si calme, complètement à l'opposé d'il y a une heure. Au moins les membres du groupe sont partants. A vrai dire ils n'ont pas eu le choix.
La seule chose qui me tracasse, c'est qu'ils se rendent compte de l'arnaque trop tôt : je n'ai rien à leur offrir à part mon salaire, qui n'est en rien supérieur à ce que propose Joshua. Ils veulent juste de l'argent, le plus possible, par n'importe quel moyen. Je veux simplement retrouver ma sœur ; leur aide, c'est la dernière possibilité qui s'offre à moi.
Ils me doivent bien ça après leur avoir plusieurs fois fait éviter la garde à vue : merci à George qui m'avais prêté ce talkie-walkie pour lui parler directement quand je me sentais mal ; une fois trafiqué, entendre les communications peu sécurisées des flics de Coos Bay s'est fait à partir de mon tacot. Telle une partie d'échec, j'avais un coup d'avance sur l'adversaire. Echec et mat.
Je pose mon cendrier rouge estampillé "Oregon" au bord du lit et m'allume une clope.

Je préfère l'illégal à l'officieux : plus rapide, plus clair, plus efficace ; notre trafic en est l'exemple parfait. Ça marche sans problème et se développe à grande vitesse. J'ai oublié les dossiers dans la caisse. Si je peux y gratter quelques infos, ce serait pas mal. En descendant les marches de l'étage, je lâche la rembarde couverte de poussière. Pareil pour chacun des meubles de cette maison, accentué par la vive lumière qui traverse la baie vitrée. Joel rentre uniquement pour dormir si peu depuis un mois qu'on pourrait croire la maison abandonné. Je m'apprête à sortir lorsqu'il ouvre la porte.

Salut Aaron.

Salut.

Je peux te parler un instant s'il te plaît. Il est étonnamment calme. Je rebrousse chemin vers le canapé. Il se met en face, sur un vieux tabouret. George m'a parlé de votre discussion... Aaron... Je m'en veux de t'avoir infligé cette punition inutile. Je suis un peu dépassé par les évènements en ce moment, tu le sais bien.

Il a l'air... Différent. D'habitude après un conflit il en rajoute une couche, je réenchéris et ça ne s'arrête plus jusqu'à ce que je parte quelques heures sur les routes, alors que là... On dirait qu'il s'en veut vraiment.

Devant tous ces gens à la soirée qui étaient tes amis, crois-moi je suis pas fier. J'ai plus que toi maintenant... Et j'aimerais qu'on soit de nouveau ensemble avec ta mère et ta sœur. J'ai jamais eu d'enfants et apprendre sur le tas c'est pas forcément évident. T'es pas bête et tu as un bel avenir devant toi, alors je ferai ce qu'il faut pour ne pas gâcher ça.

Je sais pas quoi dire. Il n'a jamais été comme ça. Pour une fois, une seule fois, je le crois. Le timbre de sa voix, sa gestuelle, ses yeux... Il ne ment pas, c'est certain. Je me sens vraiment débile, moi qui faisais des insultes et des fugues un sport national. Il est loin d'être irréprochable, mais il donne l'impression d'avoir pris conscience de ses erreurs. Je devrais faire la même chose.
Etrangement, je n'arrive pas à lâcher du regard le cadre photo posé sur la cheminée derrière lui. Le cliché avait été pris au meilleur moment, lorsque Joel était plus cool, que le deuil de papa était terminé et qu'Eden commençait à voir en son beau-père un homme capable de nous faire repartir de zéro. Je reste assis sans rien dire. Je comprends peut-être trop tard la situation... peut-être même que j'ai précipité la disparition d'Eden à cause de mes disputes permanentes avec lui. Au final, c'est de ma faute si on en est arrivé là.

Il me regarde et décide de me laisser tranquille. En se levant, quelque chose tombe de sa poche et se répand sur le sol. De petits cachets se trouve au pied du tabouret. Un long silence règne dans la maison jusqu’à ce qu'il commence à s'expliquer.

C'est... C'est pour faire face à tout ce bordel... Ne crois pas que je suis drogué juste que... Ça m'aide à ne pas abandonner.
Je ne peux détourner mon regard de ces petits ronds azurs. Ces comprimés... C'est l'une des drogues que l'on vend. Je me lève d'un bond.

Je m'en branle, qui te fournit ?

Te mêles pas de ça s'il te plaît...

Joel dis moi qui te fournit, je veux savoir.

Il est au bord des larmes, il a dû en prendre avant de me parler. Il n'y a qu'un moyen de lui faire avouer, c'est de lui mettre la pression pendant qu'il plane. Ça va être brutal. Je commence à le bousculer.

C'est de ta faute si Eden est morte ! On aurait pu savoir où elle est grâce au mec qui te vend cette merde, et tu n'as rien fait ! Je le bouscule encore une fois. Il est totalement désorienté, passif, émotif... Il en a pris une grande dose pour être dans cet état. Dis-moi à qui tu as acheté ! Il se tient la tête, le dos collé au mur.

A un gars, il est déjà venu plusieurs fois à la maison... Un de tes amis... Il s'écroule subitement, inanimé.
Je prends son pouls. Stable. Il est tombé dans les vapes, rien de plus. Je l'assoies dans le canapé avec difficulté, appelle une ambulance, ramasse les comprimés et me précipite dans ma voiture.

Un seul pote est venu chez moi régulièrement, comme s'il faisait partie de la famille :

Mark.
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Elena Hristova · il y a
Je viens de passer par votre coin et je ne le regrette point. Un moment de lecture très agréable, on attend la suite!
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