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EDEN - EPISODE HUIT : L'HÔPITAL

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The6feeL

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De longs couloirs aux couleurs ternes, d'imposantes baies vitrées laissant s'immiscer une nuit couverte d'étoiles, des néons qui diffusent une lumière cadavérique et une chambre morose où les infirmiers tentent de garder mon beau-père en vie : c'est clair, je déteste les hôpitaux.

Il est tard, les visites sont normalement terminées mais apparemment il a insisté autant qu'il le pouvait pour que je vienne. Il est soigné comme dans les films : appareil à oxygène relié à un tube dans chaque narine, perfusions pour le stabiliser... Après j'y connais rien, mais tout ça doit le maintenir en vie. Je l'ai laissé seul pensant que ce n'était pas grave et plus je me rapproche de lui, plus je culpabilise de l'avoir abandonné.

Aaron... Tu es venu... ça... Ça me fait plaisir. Il est très faible. Je vais le solliciter le moins possible.

Je n'allais pas partir sans voir comment se porte mon cher Joel. Mon rire est un peu forcé. J'essaie de détendre au mieux l'atmosphère.

Partir... Où... vas-tu ? Merde j'ai gaffé. Je m'assoies sur le rebord du lit. Il faut qu'il m'entende clairement. Ecoute, il se passe énormément de choses pour moi depuis la disparition d'Eden... J'ai toujours voulu protéger le peu de famille qu'il me reste et je t'en ai toujours voulu d'en faire de même... Je... Je suis désolé pour tout Joel.
J'ai plein de questions à lui poser, mais aucune ne veut sortir. Le temps s'est figé. Je repense à nos nombreuses disputes, à mes mots qui ont été parfois dur à encaisser comme les siens. Pour autant que je sache, on a tous les deux chercher à protéger notre famille, tel un père et son fils. Mais il est bien trop tard pour faire marche arrière.
En l'espace de quelques secondes je craque.

C'est de ma faute... Tout est de ma faute... Tu le sais, Mark me l'a dit... Je lui tiens la main de toute mes forces. Il prend une profonde inspiration. Tu as fait une grosse erreur et le plus important... est que tu ne la refasse plus jamais... moi-même... j'ai... commis l'irréparable... Il inspire bruyamment une nouvelle fois. Sache juste que je m'en veux bien plus qu'à toi... ces cachets m'ont sauvé jusqu'à maintenant Aaron... Ils m'ont permis de me soulager d'un poids ini...maginable... J'ai du mal à comprendre ce qu'il veut me dire.

De quel poids tu parles ?

Mark fait irruption dans la chambre, affolé. Il faut partir, les gars savent que tu es là. Le seul moyen de me trouver est de géolocaliser mon portable, et c'est une chose que j'ai désactivé depuis un bail. Tu m'as balancé en pensant que j'étais ici c'est ça ? Je t'expliquerai, je te le jure, mais là faut que tu me fasses confiance et vite. J'entends plusieurs voitures débouler dans le parking. Les halos jaunâtres des phares se répandent dans la pièce par la large fenêtre. Le groupe au complet débarque. Mark ? Joel le fixe brutalement. Je t'en supplie... Dis-lui la vérité quand vous serez dehors. Il doit savoir.
J'ai quitté la pièce sans dire un mot. Il faut trouver une sortie de secours. On se faufile dans ce labyrinthe médical en espérant ne pas tomber sur ces chiens enragés. Des indications à la faible lumière rouge nous guide jusqu'à une porte gardée par deux mecs cagoulés. Accroupis à l'angle d'un mur, aucune solution ne me vient pour franchir la sortie. Mark s'assure que je suis bien derrière lui et sort un 9mm identique au mien posé dans ma voiture. Il n'y a pas que toi qui est armé. Il va falloir tracer.

T'es prêt ? Aussi prêt que de vouloir me barrer d'ici sans blessures. J'écoute attentivement la vieille horloge sur le mur d'en face. Tic-tac. Mark jette des coups d'œil répétés depuis le coin de mur. Tic-Tac. S'il rate ses cibles, on est mort. Tic-Tac. Les pas lourds d'autres gars résonnent de plus en plus jusqu'à nous. Tic-Tac. Boom. Boom. Des douilles roulent sur le sol avant que deux corps ne s'écroulent avec fracas devant la porte. Les pas que j'entendais il y a quelques secondes sont maintenant dans ce couloir ensanglanté.

Nous voilà dehors, courant vers la bagnole de Mark, recherchés par des ados cagoulés dont la hantise est de se faire choper par les flics demandés en renfort. Ils n'ont pas encore vu l'agent d'entretien retranché dans son local.
La nuit a été courte et intense. L'adrénaline a fait son effet, on est claqué. Une fois en sécurité aux abords du fleuve de la ville, j'apprécie à moteur éteint le son de l'eau qui vagabonde devant nous. T'as une clope ? Regarde dans la boîte à gants. Je me mets à fouiller, espérer... et trouver un paquet avec son briquet. J'ai buté deux mecs putain... Aaron j'ai buté deux mecs ! Ça va beaucoup trop loin cette histoire... Les flics vont ouvrir une enquête c'est certains ! Je reste muet. Il vient d'ôter la vie à deux reprises, mais vient aussi de nous sauver. Dix bonnes minutes passent avant qu'il ne retrouve un semblant de calme. Là-bas, Joel t'a demandé de me dire la vérité... A quel sujet ? Il prend le temps de rallumer une cigarette. Ton beau-père regrette beaucoup ce qu'il a fait. J'ai été mêlé à son histoire sans le vouloir. Je te demande pas de me pardonner, juste de me comprendre. Je n'aurais jamais dû te mentir. J'en ai assez de gâcher ces dernières semaines.

Ta sœur est vivante Aaron.
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