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Ecoutez-moi

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Hrlaum

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Moi, moi, moi et moi. A cet instant, je ne pensais qu'à ma petite personne, aux mauvaises rencontres, aux décisions idiotes et aux cruelles surprises. Être cocue, ça n'avait rien de réjouissant. Vous vous remettez en question, pleurez sur votre sort, tempêtez contre cette trahison mais finalement personne ne vous écoute.

Voilà une demi-heure que je me trouvais dans ce fichu tram, un quart d'heure que j'avais dépassé mon arrêt. J'avais envie de me retrouver seule sans pour autant être cloîtrer chez moi. Paradoxalement, le tram m'offrit cette opportunité.

Essayez un soir. Montez dans un tram, assez tard pour que tous les étudiants aient eu le temps de rejoindre un bar. Montez-y alors que votre cœur est lourd de chagrin, au point où vous sentez les larmes vous étouffer. Asseyez-vous, remontez vos genoux contre votre poitrine et pleurez. Hurlez si vous le souhaitez. Personne ne viendra vous déranger, ils ne feront que vous observer de loin, craignant de trop s'approcher. On ne sait jamais, le malheur des autres peut-être contagieux. Et à ce moment là, vous serez seul.

Ou du moins, était-ce ce que je pensais. Je n'avais toujours pas quitté mon coin contre la vitre et la plupart des gens s'étaient éloignés. Autour de moi, toutes les places étaient libres. Les passagers continuaient de me scruter à distance, certains se délectant avec une curiosité morbide du pitoyable spectacle que je leur offrais, d'autres encore semblaient manifestement avoir pitié de moi.
Le tram s'arrêta une nouvelle fois, et quelques personnes entrèrent. Apercevant les sièges libres, leurs regards s'illuminèrent jusqu'à ce qu'ils aperçoivent la masse recroquevillée dans un coin qui gémissait et pestait contre un petit-ami invisible. Sans surprise, ils s'éloignèrent à leur tour. Sauf un.

Étonnée, je le vis s'asseoir juste en face de moi, ses écouteurs enfoncés dans les oreilles. Il ne me lança qu'un seul regard avant de se pencher sur son téléphone. Malgré moi, un rire nerveux s'échappa de mes lèvres.

- Avec toutes les places qu'il y a, pourquoi vous mettre en face de moi ? Lui demandai-je.

Il ne répondit pas, focalisé sur son écran.

- Vous en avez strictement rien à foutre, hein. Que je vous parle, pleure, crie, ça n'a aucune importance.

Silence.

- Que je te dise que je t'aime encore, que je peux te pardonner, que l'on peut repartir de zéro, ça te passe au-dessus de la tête, n'est-ce pas ?

Rien.

- Je m'en doutais de toute façon. Ça se sentait. Tu m'as oublié depuis longtemps... Alors pourquoi tu ne l'as pas dis plus tôt abruti ! Ça t'amuse de me ridiculiser comme ça ?

L'inconnu détourna son regard de son téléphone vers la vitre derrière laquelle l'obscurité était parfois striée de quelques rares faisceaux lumineux.

- Je n'ai jamais compris comment tu fonctionnais. C'était épuisant de te supporter. Et finalement, c'est moi qui me fait misérablement jeter. J'espère qu'elle te fera la même vacherie, c'est tout ce que tu mérites... Va en enfer.

- Le regard toujours perdu dans les ténèbres, il réajusta ses écouteurs.
Pourquoi tu m'as abandonné comme ça... ? Je tenais à toi malgré tout. Ça fait mal, tu dois bien le savoir. Ca fait vraiment mal.

A nouveau, les larmes affluèrent sans que je puisse faire quoi que ce soit. Je collai ma tête contre la vitrine, reniflai bruyamment et m’emmitouflai dans mon écharpe. J'étais lasse de toute cette histoire. Et ça ne servait rien de m'en prendre à un inconnu qui ne comprenait rien de ma tirade. Maintenant, je voulais rentrer chez moi.

- Madem..., Mademoi..., Mademoiselle ! Réveillez-vous !

Je bondis sur place, les yeux mi-clos et la bouche asséchée. Un contrôleur se tenait à mes côtés. Dans le tram, les lumières étaient éteintes et à l'extérieur, la nuit toujours aussi dense.

- Que se passe-t-il ? Demandai-je, l'esprit embrumé.

- Il est deux heures du matin Mademoiselle, nous sommes au terminus. Vous ne pouvez pas rester là.

Je poussai un long soupir, dépitée et quittai la rame sans faire d'histoire. Dans un bâillement, je glissai ma main dans la poche de mon manteau afin de récupérer mon portable pour appeler un taxi mais mes doigts entrèrent en contact avec un papier inconnu. Je l'extirpai de ma poche et l'examinai, perplexe.

“ Se fut un plaisir de vous écouter. En espérant vous revoir. “

Bouche bée, je fixai le bout de papier. Au dos, le numéro de l'inconnu était inscrit. Aujourd'hui encore, des années plus tard, je continue de l'appeler tous les jours pour lui rappeler de ne pas oublier le pain avant de rentrer à la maison.

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Lammari Hafida · il y a
Une belle histoire bien menée mes 5 votes ! Mon poème < Coup de foudre > est en lice je vous invite à le lire et bonne journée !
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Bruno Verdelli · il y a
Rencontre adorable dans les transports en commun ! On veut connaître la suite et la "chute" est super ! Mon vote ! Pourriez-vous lire aussi mon texte "Une promenade d'amour dans la forêt" ? Bonne chance à vous.
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