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Ecoute le bois

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JLT

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Comme il est long cet hiver ! Finira-t-il un jour ? Le souvenir de la belle saison me hante. Elle reviendra ? Dis-moi qu'elle va revenir. Ai-je rêvé de cet été chaud, vert et ocre, odorant et sec, de ses papillons éphémères et insouciants, de ses oiseaux fous de vie, de cette moiteur qui m'invite à aller voir plus haut, dans la montagne, pour chercher la douce fraîcheur d'un nouvel été, de cette nature qui reverdit quand on s'était habitué à sa mort ? Va-t-elle renaître encore ? Encore une fois ? Une fois de plus ? Une fois de moins pour moi. Un printemps de plus en moins.
Pour qui sait attendre et écouter, il existe des signes avant-coureurs de cette résurrection. Il suffit de savoir écouter. Dresse l'oreille et écoute le bois. J'avais cinq ans la première fois que j'ai entendu parler le bois. A l'heure de la sieste, aux vacances de Carnaval comme on disait alors, aux Grandes Faulx, dans la maison de mon grand-père. Déjà, le matin, j'avais entendu des chants d'oiseaux que tous avaient oubliés. Un signe dont j'ignorais la signification mais dont je pressentais l'importance, en termes de bonheur. Cet après-midi, entre veille et sommeil, j'entendis le craquement des boiseries de la grande chambre. Oh ! comme elle m'était familière, cette grande chambre ! Fraîche été comme hiver, elle abritait mes rêves d'enfant, mes envies d'aventures et mes désirs de conquêtes. Parfois, le bruit claquait comme un coup de pistolet dans le silence de cette fin d'hiver. D'autres fois, c'était un couinement très tranquille. Il semblait vraiment que quelque chose changeait. Une cassure ? Un ajustement ? Un mouvement à coup sûr. Je passais le reste du temps à guetter le prochain bruit. Bien plus tard, je finis par comprendre que ces bruits des poutres et des planches provennaient du regret tenace de la vie végétale. Il y a très longtemps, ces planches connaissaient l'afflux printanier de sève, une irrigation juvénile, puissante, promesse de bourgeons vigoureux, de pousse irrépressible, de renaissance irrévocable. Un jour, l'arbre avait été abattu. Et maintenant, longtemps, très longtemps après la mort, un frisson de vie s'éveille encore dans ses fibres. Un vague souvenir de sève nourricière suffit à faire craquer le bois à l'aube du printemps. J'aime ce signe. Je le guette à chaque printemps. Et toi ?
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