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Dors ma poupée

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Ludivine92

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Aujourd'hui, au travail, je n'ai cessé de penser à toi. Il me tardait de te retrouver. C'est toujours un déchirement de te quitter, tout ton corps m'a manqué. Se peut-t-il que l'absence d'un être puisse provoquer un tel désœuvrement ?
J'aime te regarder dormir. La tranquillité qui émane de toi réchauffe mes membres endoloris.
Les fêtes de Noël approchent. Que faire ? Rendre visite à tes parents ou aux miens ? Tu n'as pas l'air très emballée, tu ne dis mot. Tu as raison, nous resterons tous les deux.
Et pour le Nouvel An ? D'aucuns diront que cette soirée est l'occasion de faire des folies. Dîner dans un somptueux restaurant, s'embrasser sur le Pont Charles à la lumière des feux d'artifice. Eh bien moi je ne suis pas de cet avis. Restons seuls, tous les deux, loin des importuns. Qu'en penses-tu ? De toutes façons, tu n'aimes pas la foule.
Crois-tu à l'amour éternel ? Je veux dire, l'amour au-delà de la mort. Tu sais, ces amoureux dont l'ineffable amour se transforme en plante et parfois même en arbre. Sur leurs tombeaux. Je crois qu'on appelle ça la Métamorphose en littérature. Tout change, rien ne meurt. Ovide. Vagues souvenirs des bancs d'école. Je n'étais pas très doué mais j'étais sympathique, enfin, je crois.
Ce matin je suis passé devant cette boutique que tu aimes tant. Tu sais, celle qui vend des poupées de porcelaine. Je me suis toujours demandé ce que tu pouvais trouver à ces êtres au regard vague et au corps froid. Je me suis arrêté devant la devanture. Il y en avait une qui me regardait avec insistance. Pas un regard froid, non. Plutôt une supplication. J'avais envie de te l'offrir mais je n'étais pas certain que les fleurs de sa robe s'accordent avec les rayures de notre salon.
Tout compte fait, étais-je vraiment si sympathique que ça ? Aussi loin que ma mémoire me porte, je n'ai que très peu de souvenirs de mes petits camarades. Si j'avais des amis, du moins de cette époque, je crois que j'aimerais les inviter à dîner. Qu'en penses-tu ? Tu serais parfaite en maîtresse de maison. Nous parlerions des heures de nos souvenirs, du maître en blouse grise qui nous tapait sur les doigts avec sa règle. Ils n'ont plus de règles, les maîtres, aujourd'hui. D'ailleurs, on ne les appelle plus des maîtres. Crois-tu qu'il poussera quelque chose au-dessus de nous ? Une rose ou même un chêne ? Ton amour à toi est grand comment ?
Dehors, le temps est froid mais clair. Les enfants sortent avec leurs moufles. Les bonhommes de neige peuplent les environs. Enfant déjà, je les trouvais grotesques. Pas toi. A quoi peuvent servir ces improbables créatures affublées de nos vieux vêtements ? Semblables à des clowns tristes, elles semblent avoir dévoré trop de sucreries.
Je l'ai croisé aujourd'hui. Tôt ou tard, c'était inévitable. Il n'a même pas cherché à détourner le regard. Pas la moindre gêne. Mais dans le fond, qui est le plus coupable des deux ? Celui qui se laisse séduire ou celle qui tait son mariage et trompe ?
Oui, il s'est laissé tenter car tu as fait planer le doute sur ton célibat. Une femme sûre d'elle et de son couple ne laisse place à aucune équivoque. Dans son comportement, ses paroles. Mais toi, si. Oh, je te connais. Ne fais pas celle qui ne m'entend pas.
Souviens-toi de notre rencontre. N'étais-je pas l'unique objet de tes convoitises ? Dois-je te rappeler qu'à l'époque tu étais en couple ? Ça t'était bien égal. Quand tu es venue me voir, tu n'avais que faire de celui qui partageait ta vie. Triste histoire qui se répète. Tu entends ce que je te dis ? C'est ça...fais celle qui ne m'entend pas, oui, continue à dormir.
Et d'ailleurs, es-tu digne de reposer près de moi ? Le chêne ne sera finalement peut-être qu'un arbrisseau sec, mort, pourri avant même de pousser. Oui, c'est ça, pourri. De l'intérieur. Tu étais pourrie. Tu n'étais pas digne de mon amour. Pardonne-moi, je m'emporte. Je trouble ton sommeil.
Dieu que tu es belle avec ta petite frange et tes bras joints sur ton ventre. Ta peau est marbrée.
Tu es si paisible. Rêves-tu ? Penses-tu à moi ? Songes-tu à nos retrouvailles ? Oh, comme tu es froide. Il me semble que tu es...oui, le corps glacé, les yeux clos et les membres morts...tu ressembles à ces poupées que tu aimais tant. Mais contrairement à elles, tes jolis yeux ne se ré-ouvriront pas lorsque je te déposerai sur le lit.
Dors, ma douce. J'ai une dernière chose à faire et je te rejoins. Pour l'éternité.

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