Dis au revoir

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C’est sur cette terre désuète que mes larmes s’effondrent. Lourdes de crimes, enchaînées à ma peau. Un grain de sable, puis deux, puis mille se recouvrent âprement de ma peine, mes plaies dans mes plaines. La mélodie de mes maisons est sèche comme le désert. Sur son carcan bâti de ruine, je vois ma ville écroulée, l’écroulement de mes rimes dans ma ville désenchantée.

Affreux affreux affre du désespoir...

Je vois ce matin dont d’autres ont été les témoins.
Projection de sang sur le mur de l’école.
Bombe.
Eclatement de crâne qui repose dans la mosquée.
Kalachnikov.

Terre de ma mère avant, terre de poussière maintenant.

Comme si le temps était figé. Tout s’arrête, rien n’a de sens, tout fuit, ton regard fuit, ta mère fuit, et moi, moi je fuis. Je fuis ce que je poursuivais et poursuis ce que je fuyais.
Mes mains sales veulent enterrer mes morts, je veux creuser dans ma terre, resurgir les souvenirs, leur donner une place dans leur ville qui est devenu leur cimetière. Je suis secoué par des rafales de vent chaud, soulevé par mes maux. Mes mots, je les vois s’envoler dans les ruines de ce qui fut ma ville, de ce qui est ma bile.
Spectacle narcotique de mes rêves d’avant... Des ruines, où l’on y lit tant de passé, où le temps des avant est passé. Mes espoirs, dansent, dansent sur les pierres grisées, sur ces éboulis de lumière. Et ils se dissipent. Seuls fantômes restant de mes songes, errant dans les pierres démurées.

Ma ville qui n’a pas pu attendre le temps de mes rêves... Seule gagne l’attente d’une trêve.

Les rires se sont tus. Les prières se sont tues. Et moi je les tue.
Je veux les tuer de mes mains, les auteurs de ces ruines !
Je me sens comme emporté par un flot de membres, un flot de boue incessant.

Je veux tout refaire avec toi, réapprendre à aimer, réapprendre à pardonner. Ma ville, bouillonnante de vie, comment peux-tu être ici, tombée aux genoux de tes assassins ? Comment ne te relèves-tu pas ? As-tu oublié la chaleur de tes étés, la fièvre des soirées sous les étoiles, l’air du désert, les pas des marchands foulant ton sol de beauté ? Tu brillais ma ville, tu brillais tant ! Je veux réapprendre à compter le temps, à m’imaginer mille et mille rêves, à me faufiler dans tes ruelles qui sentent les épices ! A contre-sens, je veux retourner à mon avant... Inverser ce qui est... Je veux remonter le temps, emprunter un tapis volant, lutter contre le temps, le faire tourner, le rendre mien, à nouveau dans mon présent ! Sentir les odeurs de poulet, le bruit du marché, goûter tes fruits délicieux. Avancer à contre courant de la vie, oublier le présent, rentrer chez moi, dans tes bras rassurants. A l’inverse de tout, tout renverser, rendre l’envers à l’endroit et l’endroit à l’envers, je retourne le sablier, m’envole vers le passé. Je veux te revoir debout à nouveau, soigner tes blessures, admirer la lumière du soleil sur tes murs... Oublier.

Mes larmes tombent, tombent, tombent.
Mes mains se crispent.
Mon corps s’effondre.

Je veux juste oublier tes ruines....

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