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Destruction

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Line Carazachiel

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Une secousse agite mon corps de géante. Puis une autre. Je n’y prête pas attention, ces soubresauts rythment mes journées depuis le début de mon sommeil millénaire ; des pierres se descellent pour s’écraser au sol. Parfois des pans de murs entiers. De plus en plus souvent au fil des siècles.

Ni les ravages du temps ni ceux des intempéries ne parviennent toutefois à jeter mes plus fiers monuments à terre. Ils résistent.

Je résiste.

Ma beauté souffle les touristes. Mes arches les subjuguent. Mon histoire les touche.

J’aime sentir leurs pas prudents sur mes dalles ancestrales. J’aime les entendre murmurer leur fascination.

Ma célébrité est immuable. Hier, je me dressais, monumentale. Mes colonnes s’envolaient vers le ciel. Mes temples, érigés à la gloire des Dieux, attiraient des milliers de fidèles. Aujourd’hui, mes ruines majestueuses attirent des milliers de curieux fascinés. Demain ? Nul doute qu’ils viendront toujours, par centaine, par millier.



Soudain, on me piétine. Les semelles qui me martèlent n’ont plus rien à voir avec d’innocents visiteurs. Non, il s’agit de guerriers. D’hommes dangereux autant qu’indésirables. Je le sais. Je le sens.

D’infâmes démangeaisons confirment mon intuition. Ils grattent ma surface, creusent mon sol, forent mes murailles. Les objets qu’ils y déposent sentent la poudre et la mort. Ô, comme j’aimerais les repousser, les expulser de mes terres !

Les tremblements qui me secouent à présent n’ont plus rien d’anodin. Je ne peux qu’assister, impuissante, à l’explosion de mes vestiges.

Je résiste.

Même si leur rire éclate en même temps que mes pierres, ils ne gagneront pas. Même si, enhardis par ce premier succès, ils recommencent, ils ne gagneront pas. Même si mes colonnes s’écroulent, même si mes entrailles se déchirent, ils ne gagneront jamais.

Je résiste.

Ils veulent me détruire. Détruire mon histoire. Détruire ce que je représente.

Je résiste.

Je suis millénaire, ils ne sont que poussières. Jamais ma résistance ne prendra fin. Ces intrus, ces destructeurs reviendront à la Terre bien avant le dernier de mes piliers, bien avant la dernière de mes pierres.

Je résiste.

Les dégâts sont incommensurables. Les pertes inestimables.

À chaque nouvelle destruction, ils pensent gagner du terrain sur moi. Mais ils n’ont pas compris. Ils ne comprendront jamais.

Ils ne réalisent pas que même quand le dernier d’entre eux aura sombré dans l’oubli, moi, je serai toujours là.

Dans les souvenirs, dans les images, dans les photos.

Moi, Palmyre, j’existerai.

Pour toujours et à jamais.
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