Désir Noir

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Noir Désir dans les écouteurs du lecteur de CD, dans les oreilles, dans la tête, à fond. Pas montrable aux « deux Magots. » Noir dedans, blanc dehors, chaud et froid. One Trip, One Noise, pas une personne, pas une seule présente dans cette salle de bistrot n’a entendu et encore moins écouté cette chanson pleine de noir et pleine de désir.

C’est la raison pour laquelle je viens encore et souvent dans ce café à chier. Cette musique a encore plus de force dynamite dans ce lieu. Si on ouvrait les vannes, les deux vieux magots – magot veut Dieu, pourquoi pas – exploseraient sur leur haute étagère !

« Soyons désinvoltes » maintenant, voix limites décrochage, riffs déments à la Richards, le Keith n’est pas loin. Sommes-nous tous de la même espèce ? On peut se poser la question.

Juste à côté de moi, à la table voisine, enveloppée de l’odeur lourde et écœurante du fromage fondu, une japonaise vient de photographier son croque-monsieur. Photo numérique qui va finir sur ce qui sert de cheminée dans les homes japonais.

Les autres dingues tapent dur pendant le flash. S’en foutent c’est certain. S’en branlent du magot même par pair. Et toujours tout autour des japs qui photographient leur croque-monsieur. Dément !

« Show off » m’avait dit l’autre folle en parlant des « Deux Magots. » Elle n’avait donc pas toujours tort. Mais souvent tort. Également présentes, dans un coin de la salle, des blondes en représentation permanente. Et permanentées elles-mêmes. Portées par des tonnes de produits de beauté et des années de lifting. Du lourd, du cher. Quand même, les brides du soutien-gorge impitoyable marquent la chair molle et transparaissent sous le jersey ou le shetland. Le mohair pauvre con en direct sur la peau. C’est excitant !

Cela me fait penser à ce cher M. V. Montalban qui tapait dur sur Madame Puig dans Le Prix : « elle penchait sa tête hyper coiffée et son décolleté ravagé par l’age et les conséquences du trou dans la couche d’ozone». Impeccable Montalban, rien à redire ou à ajouter. Juste saluer, citer à l’occasion. Faire savoir. Beaucoup de Madame Puig autour de moi.

Parfois la race ou le croisement entre cousins cousines produit des créatures femelles aux grandes mains d’hommes. Très soignées les mains. Mais ça fait peur. Il y a ainsi plus de place pour les bagouzes qui peuvent par conséquent être plus grosses et plus nombreuses et rester en harmonie avec les grandes mains. C’est le cas ici au Deux Mag.

Elles étaient trois blondes. Platine. Jacassant.

« Ma chérie. »

La quatrième vient d’arriver en force. Porte tournante. Se dandinant. Mêmes fringues, même coiffeur, même église le dimanche sûrement, même amant peut-être. Joue tendue de mauvaise grâce. Baisers frôlés. Cou tordu. Tête en biais. Faut pas déranger le make up. Deux plombes pour se tartiner. Je les vois ouvrir la bouche, la refermer, je n’entends que le noir désir. Les autres s’agitent, font voler leurs grandes mains comme des espèces de corbeaux blancs. Je suis au fond de la mer au milieu des poissons qui gobent le vide.

Tous ces gens bien sapés, bien friqués qui entrent dans ce café, l’air douloureux derrière leurs lunettes de soleil en plein janvier pluvieux me font rigoler. C’est déjà ça.

Fin du CD.

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