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Démembrée

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Naima BEK

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Je me sentais vide...

J´ai perdu mon téléphone... Perdu n´est pas vraiment le mot...J´étais tellement obsédée par le fait qu´il n´ait plus que 15% de batterie que je l´ai branché au restaurant ce soir... Discrètement...

Quand je m´en suis rendu compte...Il était trop tard. Le restaurant était fermé. Il fallait revenir le lendemain.

Je me sentais bizarre...

Je voulais regarder à quelle heure arrivait le métro.
J´ai voulu regarder l´heure.
J´ai voulu consulter mes mails.
J´ai voulu écouter de la musique.
J´ai voulu lire un article sur Internet.
J´ai voulu consulter mon planning.
J´ai voulu contacter une copine.
J´ai voulu faire une photo.

J´ai pas pu.

Et le vide se faisait ressentir physiquement... Je sentais une espèce de boule dans mon ventre qui ne cessait de grandir à chaque frustration.

J´étais folle de rage contre moi- même de l´avoir oublié... et folle de rage d´en être tellement dépendante.

Je me revoyais proclamer haut et fort il y a quelques années que je ne serai jamais esclave d´un appareil...

Mon téléphone, ce n´était pas qu´un téléphone, j´étais devenue accro, il était le prolongement de mes doigts. Il faisait partie de moi. J´avais besoin de l´avoir pour mon quotidien.

Je me sentais démembrée...

Dans le métro, j´étais démoralisée. Je voyais tous les voyageurs pianoter sur leur smartphone et j´avais envie de pleurer... Pleurer, vraiment, comme une gosse qui aurait perdu son doudou... Voilà... C´est le mot : mon téléphone, c´était mon doudou. Il me rassurait quand j´avais des doutes, il me tenait compagnie quand j´étais seule, il m´aidait à retrouver le chemin quand j´étais perdue, il savait me divertir. Je pouvais toujours compter sur lui...( Enfin, quand il était bien chargé... )

J´ai observé les gens dans le métro : des mamans stressées une main sur le smartphone regardant toute les 30 secondes si leur enfant se tenait correctement, les personnes jouant à des jeux stupides pour décompresser de leur journée stressante, les dormeurs, les lecteurs, les gens avec une bière à la main, les personnes discutant avec leur voisin. Et moi, j´étais là, seule, sans mon doudou, sans personne pour me parler, sans livre...

Alors comme je suis hypersensible, je sentais les larmes me monter aux yeux...Je trouvais cela tellement ridicule mais rien n´y faisait. Alors, je me répétais que ce n´était pas grave, que je le chercherai le lendemain et que ce n´était pas la fin du monde...

Une jeune femme à côté de moi m´a souri. Elle m´a demandé si j´avais un souci. Je lui ai dit que j´étais frustrée par l´oubli de mon téléphone. S´ensuit une conversation passionnante. J´ai appris qu´on vivait à deux pas l´une de l´autre. On a ri. Elle était tellement drôle que j´en ai oublié mon téléphone.

Arrivée chez moi, j´ai à peine eu le temps d´enlever mes chaussures que ça sonna à la porte. J´étais surprise car il était très tard. J´ouvris la porte... C´était le serveur du restaurant. Tout sourire il me tendit le téléphone : « Heureusement que vous avez payé par chèque, j´ai pu vous retrouver grâce à l´adresse ! » Je sentis un frisson me parcourir le corps... De la joie ? Non ! J´entendis ma propre voix dire : « C´est gentil, mais ce n´est pas le mien ! » Vous êtes sûre me dit- il, un peu désabusé d´avoir fait tant d´effort pour rien ! » Alors, comme je voulais lui épargner des recherches vaines, j´ai ajouté : « Il est à ma copine, je lui remettrai, merci beaucoup ! »

J´ai refermé la porte plus forte que jamais et j´ai jeté mon téléphone à la poubelle en me promettant de ne jamais plus me laisser réintoxiquer...

Et la Terre continua de tourner...
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Elena Hristova · il y a
votre texte c'est comme une rivière, je me suis laissée porter, cela vaut la peine de "perdre" son portable puis de prendre du temps pour soi avant de le retrouver. ( le portable)
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