Demain sera meilleur peut-être...

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Il est bientôt 19H30, il est l’heure ! L’heure pour moi de m’armer de mon plus grand couteau de cuisine et de me placer face à la porte d’entrée. Comme tous les soirs depuis... bien trop longtemps.

Il était pénible pour moi aujourd’hui de me préparer et d’occuper la journée. Les coups portés à mon égard la veille étaient plus appuyés que d’habitude. Ou alors mes côtes commencent de moins en moins à les encaisser. Je ne pense pas que la capacité de rétablissement de mes os soit en mesure de réparer un jour les dégâts causés. Je savais pourtant à quoi je m’exposais en regardant son téléphone mais je l’ai fait malgré tout, je devrais m’en prendre à moi-même. C’est du moins ce que j’aurais la veille ou l’avant-veille durant mes longs moments de réflexion où je laissais le déni panser mes blessures. Mais tout comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase ne diffère en rien des autres, les coups reçus hier ne changeaient pas de d’habitude. Ils étaient simplement de trop. Aujourd’hui mon chéri, je vais utiliser mon couteau qui servaient autrefois à te remplir l’estomac pour te le perforer !

Ce n’est pas mon coup d’essai. J’ai passé tant de jours à chercher en moi les braises de mon courage pour les raviver que c’est devenu une habitude, un passe-temps. Ça n’a pas tout le temps était le cas heureusement. Jadis, j’étais épanouie. J’étais heureuse de ma vie. Heureuse de l’avoir choisi pour former un tout. Sa virilité m’attirait, de même que son tempérament nerveux. Les sensations sont décuplées lorsqu’on est au bord du vide, c’était la même chose. Ses haussements de ton et sa colère m’excitait au plus haut point. J’en venais même à le provoquer des fois pour m’amuser. Je me sentais en sécurité, jamais il n’irait plus loin que casser de la vaisselle. Jamais je n’aurais pensé qu’il puisse lever la main sur sa femme. Les indices étaient pourtant nombreux, et forcément l’inéluctable arriva. A agiter sa main pour énerver le lion, ce dernier se retournera tôt ou tard. Je m’en souviens encore : une simple baffe. Faible et suivie de nombreuses excuses. Mais une baffe malgré tout. La ligne fut franchie, le mal était fait. L’infernal rouage de la violence conjugale venait de se mettre en route sans même que je m’en rende compte.

J’eue ensuite l’impression qu’il se comportait avec moi comme un enfant le fait avec ses parents. Il testait les limites de ma résilience petit à petit. Une bousculade pour un mot plus haut que l’autre, une insulte si je le dérangeais alors qu’il était occupé, une pichenette si je ne me comportais pas comme il le voulait en public... Tout s’est enchaîné très vite, sans que j’en m’en rende compte. J’étais dans une torpeur idéaliste. Le déni troublait la vision de la réalité, il me rendait sourd aux avertissements de mes proches qui ont tout fait pour m’avertir. Et je ne me suis réveillée qu’un soir, courbée de douleur. Le nez en sang. L’épaule déboitée. En froid avec tout le monde. Eteinte de l’intérieur.

Il ne me restait que ma honte, ma peur et... lui ! Aussi fou que cela puisse paraitre il ne me restait que lui. Je me sentais bien trop pathétique pour rappeler les mains qui m’étaient tendues autrefois. J’étais bien trop effrayée pour le dénoncer aux forces de l’ordre. Il ne me restait plus rien. Ni travail, ni ami, ni famille. Je n’étais plus rien. Agressée physiquement et détruite psychologiquement. Et inconsciemment j’ai fini par accepter la situation, je préférais encore être une femme battue.

Si vous pensez que ceci est impossible, pensez aux malheureux qui tentaient de survivre dans les camps de concentration. L’Homme est en mesure de s’habituer à tout ! L’idéal et le déni sont les deux plus grands déclencheurs de la misère. Mais les coups qu’il me portent ne font que remuer les braises de ma volonté de vivre. Un jour ou l’autre il finira par les rendre à nouveau incandescentes. Et alors, il connaîtra l’amertume de la vengeance ! J’entends d’ailleurs sa voiture. Il se gare. Il va franchir la porte. C’est à moi de décider s’il ira plus loin que le palier ou non ! Qui sait, demain sera meilleur peut-être...
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