Demain ...

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Demain... Demain. C’était si près et en même temps si loin, si lointain, que je n’osais espérer que cela arriverait un jour, que cela arriverait demain...
Toutes ces journées à rester enterré, enfoncé dans les entrailles de la terre. Cela ferait bientôt 6 mois que je m’étais enfermé dans cet endroit humide et sombre. J’étais en danger, il avait fallu que je reste caché. Il me fallait patienter, toujours attendre, cette fois jusqu’à...demain.
Je m’étais efforcé de tenir ce journal de bord afin de ne pas devenir complètement dingue durant toutes ces journées. Pourchassé et pisté, quelque soit les endroits choisis, j’avais enfin réussi à semer mes adversaires. Un de nos contacts avait entendu parler de ces grottes dans l’arrière-pays. Des légendes nombreuses, toutes plus terrifiantes les unes que les autres, leur prêtaient des histoires qui faisaient froid dans le dos.
Justement, c’est ce que je cherchais, un endroit capable d’inspirer tellement de crainte, que personne n’aurait l’idée d’y mettre son nez. J’en avais assez de me demander où j’irais dormir chaque nuit.
C’est comme cela que tout avait changé il y a maintenant 6 mois. Je prenais mes quartiers dans cette grotte à flanc de falaise, difficile d’accès où j’espérais enfin me poser et me reposer, le temps que les événements se calment.
Un bien «  joli » endroit, température constante de 15°, sec, aéré par un trou de lumière en plus de l’accès, caché par des broussailles. Non loin le mince filet d’eau d’un petit ruisseau suffisait à ma consommation personnelle. Question nourriture, une femme du village déposait des produits frais dans une cache de la forêt tous les 15 jours. Pour le reste, des collets posés par ci par là, un maigre feu de tourbes me permettait de cuire mes proies et de me réchauffer. Mes journées se déroulaient selon un rituel bien établi. Je cochais chaque nouveau jour passé emprisonner ici, sur l’écorce d’un vieil arbre. Puis je me rendais à l’aube au ruisseau, où je m’astreignais à une toilette minutieuse. Je ne devais pas me laisser aller. Ensuite la journée commençait à l’abri dans ma « demeure ». J’avais réussi à emmener plusieurs romans et un cahier d’écolier. Je passais beaucoup de temps à lire et à écrire. J’avais lu plusieurs fois certains livres. Quant à mes écrits, je réussis à obtenir de nouveaux cahiers pour y consigner ma vie, mes réflexions et mes projets pour l’avenir. Je me retrouvais dans la peau d’un élève discipliné et assidu à ma tâche. J’ignorais combien de temps j’allais devoir rester enfermé.
Ecrire m’offrait une porte de sortie par laquelle mon esprit s’échappait pour aller là où bon lui semblait et quand il le souhaitait. J’y relatais de menus faits de mon environnement, le chant d’un oiseau, le mouvement d’un animal dans les bosquets alentour, la pluie qui tombait par ce puits de lumière, mille petites choses qui remplissaient mon existence solitaire.
J’appris à trouver au fond de moi des ressources pour me permettre de mieux comprendre mon existence passée et présente. Je n’avais pas eu la possibilité ou plutôt je ne m’étais pas donné les moyens de réfléchir à mes actes jusqu’à aujourd’hui. Dire que c’était la faute à pas de chance était faux. Jamais jusqu’alors, je ne m’étais interrogé sur le pourquoi de tel choix dans ma vie. J’avançais coute que coute toujours vite, toujours ailleurs. Là je prenais conscience du temps qui passait, des minutes qui s’égrainaient comme ces grains de sable dans un sablier. J’éprouvais une sorte de plénitude, j’entendais mon cœur battre plus intensément et je sentais mieux l’air qui circulait à chaque respiration dans mes poumons. Je me mis à pratiquer une activité physique régulièrement. Ce corps, qui longtemps n’avait pas été entretenu, se remettait petit à petit en marche. Je prenais conscience de l’étirement de mes muscles, trop souvent noués par le passé. Et curieusement, je dormais plus paisiblement et je me réveillais reposé et souriant malgré mes conditions d’existence un peu rustiques.
Pourtant l’angoisse d’être découvert était toujours présente mais, malgré mon futur incertain, je me sentais serein et confiant.
Le printemps s’annonçait par de multiples indices. Les jours rallongeaient. Le matin je voyais poindre la lumière du soleil de plus en plus tôt et j’écoutais le chant des oiseaux avec ravissement. La nuance des verts donnait des envies de peindre tous ces feuillages si différents. Des odeurs de terre grasse me remontaient dans les narines. Je sentais toute cette nature bienveillante à mon égard.
Pourtant, malgré le fait de revenir dans le monde des hommes qui me remplissait de joie, j’étais dans le même temps nostalgique, voire un peu triste, de quitter cet endroit. J’avais aimé cette solitude, ce repli sur soi, cette introspection. Il me fallait renaître en quelque sorte à un nouveau « moi », nettoyé, purgé des miasmes nauséabonds de l’ancien. Je me sentais prêt à sortir de mon cocon et ce serait demain...Demain, quel délicieux mot, je le savourais comme un bonbon à la menthe.
Marcher au grand jour m’angoissait mais je me sentais devenu suffisamment fort pour affronter l’inconnu dans lequel ma libération allait me jeter, revêtu de cette nouvelle « peau », comme une mue effectuée durant cette longue période de captivité.
Renaître, oui, c’est bien ainsi que je définirais cette nouvelle étape qui débuterait demain.
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Viviane Fournier · il y a
J'ai beaucoup aimé ... c'est beau ... " comme un bonbon à la menthe" ça eclabousse d'une belle écriture ... vrai !