Délestés

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J'écris pour inventer des libertés, pour m'approprier les pleins pouvoirs, pour (m'auto)critiquer, pour (me)sauver, pour (me)venger...mais aussi pour déterrer et dompter les monstres (intérieurs)  [+]

Image de Eté 2016
Il a l'impression de longer les murs qui mènent à la morgue depuis des siècles. Le temps s'est comme dilaté. Les néons grésillent par endroit, rendant la luminosité encore plus blafarde.
Il arrive enfin au sous-sol. À la morgue. Le médecin est là qui essaye de se constituer un visage de circonstance. D'un geste de la main, il l'invite à entrer. À s'asseoir. Mais l'homme veut en finir au plus vite :
— Je peux la voir ?
— Il s'agit d'identifier le corps. La rigidité cadavérique est légèrement entamée. Le décès est récent et le cadavre relativement bien conservé malgré sa longue immersion dans les eaux...
Le médecin stoppe net son compte-rendu. Souvent, il oublie qu'il a affaire à des proches endeuillés. Il se racle la gorge, et soulève lentement le drap. Jusqu'au cou.
— Oui. C'est bien ma femme...
L'homme semble vaciller. Hoche la tête mécaniquement plusieurs fois en guise de merci ou de salut peut-être. Et sort.
Après son départ, le médecin achève de remplir le dossier de la victime. Un pêcheur l'a découverte en pleine mer en fin d'après-midi. Il a senti une résistance de son trémail. Alors, il a remonté ses filets à la main. La femme était lovée à l'intérieur. Avec seulement les lèvres violettes et la peau bleutée. Finalement, c'était heureux pour le mari : il pourrait pleurer sa femme sans alimenter d'espoir vain de survie. Surtout en ce qui concerne les disparitions en mer.
Depuis la morgue jusqu'au parking, l'homme marche vite. Il croise des policiers dans le hall. Il se compose un visage triste. Affligé.
Une fois dehors, il s'affaisse sur un trottoir. Sort une cigarette qu'il porte à ses lèvres sans l'allumer. La nuit est tombée depuis longtemps. Seuls les réverbères trouent l'obscurité. Et les phares d'une voiture qui se gare soudainement dans un crissement bruyant de pneus. Une femme, grande et élancée en descend. Ses talons claquent sur le bitume. Elle se dirige vers lui.
Alors il abandonne son bout de trottoir pour la rejoindre. Elle lui tend du feu. Il tire profondément sur sa cigarette et sourit enfin.
Par décence, ils ne s'embrassent pas. Mais, tandis qu’ils regagnent leur véhicule, la main de l’homme délicatement posée sur ses hanches à elle, suffit à révéler leur complicité.

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