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de tout coeur

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Blavier Mike

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C’était une très mauvaise journée, je n’avais pas réussi à obtenir le contrat tant attendu par ma boîte et ma place en son sein était plus que compromise.

Ma voiture en panne, je devais rejoindre la gare à pied et bien sûr il s’est mis à pleuvoir.

Avant d’être complétement trempé j’ai décidé de m’abriter dans une ruelle sous une porte cochère.

Je me suis allumé une cigarette et observait...la rue était sale, les bennes à ordures avaient vomis leur détritus tout du long, des chiens errants se battaient pour fouiller les sacs et d’énormes corbeaux venaient également tenter leur chance et le vent faisait voler des pages de journaux.

Tout en resserrant le col de ma veste sur mon cou je me demandais d’ailleurs pourquoi de tels oiseaux s’égarait en ville...puis des bruits étranges me tira de mes réflexions, des soupirs de contentement et un autre bruit que je ne parvenais pas à identifier.

En essayant d’éviter la pluie, je tendais l’oreille et le cou pour voir d’où cela pouvait provenir et je vis, derrière des cartons non loin de moi, les pieds nus et sales de ce qui me semblait être un homme et du sang qui coulait dans le caniveau.

- " Y a quelqu’un ? " dis-je assez fort...

- " Vous avez besoin d’aide ? " j’entendis un grognement en guise de réponse...

Craignant qu’il s’agisse d’une urgence absolue ; je m’approchais, oubliant la pluie, pour découvrir un vieil homme décharné juste couvert d’un grand sac de jute en lambeaux découpé pour laisser passer les bras et la tête, il s’était recroquevillé sur lui-même mais je vis une grande déchirure sur la poitrine d’où coulait le sang qui avait formé une flaque sous ses pieds.

L’homme semblait très âgé mais c’était difficile de se rendre compte sans voir son visage ; ses rares cheveux et cette saleté, ses ongles de pied si longs noirs de crasse ressemblant à des griffes le faisait passer pour un animal étrange, sa peau était recouverts d’ecchymoses, de cicatrices et de sang... je pouvais voir tous ses os tant il était maigre.

Une main sur la bouche et le nez pour me protéger de l’odeur pestilentielle je tendais le bras tant pour l’aider que pour me protéger d’une attaque, il m’effrayait mais je me devais de l’aider.

- " Monsieur ça va ? je veux juste vous aider, n’ayez pas peur "

A ce moment précis, il leva son brusquement son visage ensanglanté et je vis dans ses mains un morceau de chair informe et un couteau de chasse, Je tombais à la renverse devant ce spectacle horrible rejoignant dans le caniveau les immondices qui le recouvrait également.

Tétanisé, je l’entendis me dire d’une voix larmoyante : " je dois le manger, je dois...pendant que je peux encore ".

- " Mon dieu, mais que voulez vous manger ? "

- " c’est amer mais c’est bon, c’est la vie et la mort...amer et délicieux "

Je hurlais de peur tout en reculant sur le sol et en levant un bras devant moi et je criais :

-" mais quoi ? Quoi ? "

Pendant une seconde qui me semblait une éternité il se tût...puis il se redressa lentement en tendant ses bras dégoulinants vers moi.

Un pas, deux pas, le regard dans le vide il avance vers moi, trois pas...il tombe à genoux juste devant moi j'hurle pour qu'on vienne à mon aide : "il a un couteau, au secours !" il met le couteau dans ma main, je tremble de tout mon être, il m'agrippe les épaules et m'entraîne dans sa chute je me retrouve quasiment au dessus de lui pour recueillir ses derniers mots :

-" Il est amer...mon cœur"

Sous le choc, je reste figé, hébété sans comprendre ni ce qu'il vient de se passer, ni ce qu'il voulait .

Au bout d'un moment j'entends un cri au bout de la ruelle : "c'est lui, regardez !"

Je vois tout juste un uniforme, je me retrouve visage contre terre, je voudrais crier que je n'ai rien fait, que je ne voulais que l'aider mais je n'ai plus d'air car je suis plaqué au sol sous les genoux des policiers.

-"voila votre honneur, c'est aussi simple que ça"

Le procureur : "Et vous voulez faire croire à la cour que la victime en si piteux état a pu s'arracher le cœur seul avant de vouloir le manger ? Avouez plutôt que la crainte de votre licenciement vous a fait perdre la raison, que fou de rage à cause du contrat, d'une valeur de plusieurs millions je le rappelle à la cour, vous vous êtes êtes acharné sur un pauvre sans-abri..."

Mon avocat : "objection votre honneur, le procureur fait pression sur mon client sur des hypothèses"

Le procureur : "en parlant des faits votre honneur, je rappelle qu'on a trouvé le prévenu seul sur les lieux, couvert de sang au dessus de la victime, l'arme du crime à la main et qu'un témoin dit avoir entendu, je cite : " il a un couteau, au secours !""...

Le procès dura 3 jours au terme desquels, l'inculpé fut condamné à 20 ans de réclusion.

En apprenant le verdict il mourut d'une crise cardiaque...

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