De père en fils

il y a
2 min
65
lectures
55
Qualifié
Image de 2019
Image de Très très court
VLAN ! La porte claqua d'un coup sec et se referma en faisant voler les feuilles mortes sur le trottoir. Dehors, je jour déclinait, la température devenait glaciale, l'hiver approchait. "L'heure des morts vivants" rigolait toujours mémé fernande.
Humour de mauvais goût.
Rageuse, la jeune fille jeta un regard noir autour d'elle, les yeux cernés et la peau diaphane presque translucide, elle cultivait un style bien à elle. Certains la qualifiaent de squelettique, lui trouvaient le regard vide et l'allure sans vie. Absurde quand on y pense. Sans un mot pour ses parents elle quitta la pièce dans un grand courant d'air fleurant la sueur et l'eau de cologne bon marché.
- "Rebecca ça suffit, files dans ta chambre, tu ressortiras quand tu seras calmée"
Jen-hervé soupira en regardant sa femme, tous les soirs c'était la même histoire. Il referma le verrou de la porte d'entrée dans un cliquetis sinistre, baissa les stores et discretement fit de même avec la porte de sa fille. "Ca lui éclaircira peut-être les idées" pensa t-il, songeur. La maison était silencieuse, abstraction faite de la petite radio qui crachait sa litanie quotidienne dans un coin de la pièce. Le diner gratinait dans le four, la vaisselle qui séchait sur le bord de l'évier laissait couler de petites goutellettes rosâtres. Elles pleuvaient l'une après l'autre et allaient s'écraser dans un "ploc" lugubre sur le carrelage usé.
Doucement, le silence se rompit, de la cave monta un hurlement, sinistre. On percevait des frottements, des grincements, comme des bruits d'ongles sur les murs, des talons raclaient le sol, des mains cherchaient une issue. On les entendait respirer lourdement, un gémissement rauque coincé au fond de la gorge. Ca pleurait, ça se lamentait, ça expiait avec plus ou moins de véhémence. Toujours est-il que ça grouillait en dedans, la journée avait été productive. Le problème c'est qu'ils allaient encore tout saloper, la maitresse de maison serait furieuse, elle avait tout refait à neuf le mois dernier sous prétexte d'être dans les règles. Il était surement temps de se mettre au travail.
- "GRRRRAAAOOUUUUU"
Son estomac se rappela bruyamment à lui. D'abord il fallait manger, la nuit serait longue. Heureusement un doux fumet commençait à s'échapper du four et il sortit de ses sombres pensées, il s'activa pour dresser la table : quatre assiettes, quatre grandes coupes en verre fin et délicat et quatre tranchoirs bien affutés. Cela suffisait amplement.
Le four sonna, il sursauta. Il devenait trop émotif.
- "Chérie, les enfants, c'est prêêêêêêêt !"
Marie-êve et kevin apparurent aussitôt, l'air gourmand, la canine brillante, ils n'attendaient que le feu vert pour attaquer. Jean-hervé sentit une lueur de fierté passer dans ses yeux, de vraies bêtes ces deux la. Son ainé serait bientôt prêt à prendre la relève et ils lui transmettraient le flambeau du mieux qu'ils le pourraient. Si seulement sa soeur pouvait coopérer...
- "REBECCAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA"
Pas de réponse.
- "Attaquons, ca la fera peut-être venir"
Pas un bruit ne filtrait de la chambre de la jeune fille, les murmures étouffés venant de la cave s'intensifiaient. Il monta le son de la radio et esquissa un sourire de ses lèvres froides et gercées. Kevin remplit les coupes d'un liquide rouge et épais qui fumait dans l'air vicié de la cuisine, et Marie-êve garnit la table familiale d'un gigantesque plat de viande grillée. Rebecca ne donnait toujours pas signe de vie, tant pis pour elle, au lit sans manger c'est tout ce qu'elle méritait.
Le repas fut vite engloutit. Jean-Hervé ronga un dernier os, ramassa son hachoir qu'il passa sur le fil du fusil une dizaine de fois et descendit à la cave, après un rapide coup d'oeil à la porte de l'adolescente.
L'aube se leva doucement sur le quartier, les lumières des maisons s'allumèrent une à une, la postière jeta négligemment les journeaux sur le seuil des pavillons et les commerçants firent grincer leurs devantures. Jean-Hervé, lui aussi, était prêt à ouvrir sa boutique.
Mais ce matin, il resta bouche bée devant la porte de la petite boucherie familiale : sous l'enseigne qui affichait fièrement "Boucherie-charcuterie, zombies de père en fils depuis 1567" était écrit à la bombe vert fluo "Soyez plus humains, devenez vegan" signé Rebecca.
55

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,