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De nuit

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Dans la chaleur étouffante de mes draps, mais tout de même cramponnés à eux,
Parce qu'ils m'offrent une protection, un contact, quelque chose qui manque.

La lumière de mon téléphone qui tente de me rappeler au jour
Diffuse sur l'oreiller, ma joue, ma gueule ensommeillée
Des tentatives désespérées de prolonger l'existence de l'activité diurne

Mais ça y est, c'est trop tard, c'est la nuit
Elle est noire, elle est belle, elle est profonde
On tente de la faire reculer à grands coups de lampadaire dans la mâchoire mais elle reste aux aguets, comme une panthère qui rode derrière les rideaux verdoyants de la jungle,
Sauf que sa jungle à elle c'est les draps,
Pas ceux étouffants que je porte, non, ceux bien plus voluptueux de la ténèbre,
Elle enveloppe elle s'infiltre elle glisse sous la peau
Mais pas comme le froid qui te prend à la gorge comme un salaud, te donne des coups de rasoir sur le visage jusqu'à ce qu'il en soit rouge, et se barre en te laissant que du sang glacé sur les os
Plutôt comme un corps qui se colle au tien en délicatesse, comme un amant qu'on découvre chaque soir
Jamais le même visage jamais la même odeur jamais la même profondeur
Pourtant toujours lui

Je tâte son corps, il frôle le mien,
Je sais pas trop comment j'ai fait je suis déjà dehors en pyjama
Y a un type bizarre qui doit penser que j'suis bizarre à me balader à moitié à poil comme ça dehors
Mais qu'est-ce que tu veux on n'a pas les mêmes besoins, toi t'as ta clope moi j'ai ma nuit

Et elle est belle putain dans ses draps noirs qui sentent l'ébène, impalpable comme la fumée de l'opium qui empoisonne mes rêves et pleine des mêmes promesses,
Tout aussi toxique bien sûr parce que je me dézingue comme un sapeur mais elle m'emplit les poumons court sous mes veines,
Et c'est pas demain la veille que j'irai en désintox, ah non

J'aime trop son écrin opaque, elle me donne l'impression d'être une perle qu'on garde secrète, une bague qu'on veut cacher pour mieux la révéler après au grand jour
Sauf que moi le jour tu vois il me réussit pas trop, je suis pas vraiment nacré ou doré,
Mais plutôt
Rouillé sclérosé névrosé
Et tant que Pandore ouvre pas sa boîte,
J'suis pas obligé d'lui sauter à la gueule avec mes tic et mes claques
Je peux, plonger encore dans les eaux infinies que cache la boîte, plus grande à l'intérieur, infiniment
Même que celle-là aussi elle permet de voyager, enfin j'sais pas si vous voyez,
Ca vous est déjà arrivé de rêver ?
Vous me dites oui comme si c'était naturel, mais putain c'est beau,
Et tant qu'on vole dans les abîmes de cette coquille de velours qu'est-ce qu'on risque puisqu'on se réveillera forcément, qu'est-ce qu'on a à perdre à laisser la nuit prendre le dessus et nous tirer plus loin, plus profond, et pas se retourner parce que les statues de sel j'ai déjà donné merci
Alors avant que le téléphone sonne, fait moi voir encore plus d'obscurité, cache moi encore plus de choses que je ne saurais jamais l'imaginer, étale moi des ténèbres plein la gueule et laisse moi rêver.
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