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De Charybde en Scylla (Petite fable surannée)

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Gérard Le Gal

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André se leva dès potron-minet. Il pleuvait des hallebardes. Peu me chaut, se dit-il, je ne suis pas en sucre, ce ne sont pas ces trois gouttes qui me feront peur, j'irai , devrais-je être trempé jusqu'aux os ! André sortit, propre comme un sou neuf, tiré à quatre épingles, fier comme artaban. Il chaussa ses bésicles car il était myope comme une taupe et descendit l'escalier prudemment, Qui va piano va sano, se dit-il, on n'est jamais trop prudent ! Ce qui ne l'empêcha pas de se casser la margoulette. Un homme se précipita tout sucre, tout miel pour prêter main forte, l'aider à se relever. André gesticulait comme un beau diable, tout doux, mon bon, je ne suis pas né de la dernière pluie, lui dit il pensant que par ce geste, l'homme voulait ainsi redorer son blason et se pousser du col ! Occupez-vous de vos oignons, rétorqua André. L'homme qui se demandait si c'était du lard ou du cochon resta muet comme une carpe et devant cet ours mal léché, finit par prendre la poudre d'escampette ! A bon chat, bon rat, se dit André qui ne voulait pas se laisser flouer. Je ne suis pas le premier venu et il n'est pas né celui qui me fera avaler des couleuvres. André se releva bon gré mal gré et l'âme chevillée au corps, poursuivit sa route cahin caha. Chat échaudé craint l'eau froide , se dit-il en posant prudemment son mocassin sur le bitume, je ferais mieux de mettre la pédale douce !. Chemin faisant, il aperçu deux brebis égarées qu'il trouva fort à son goût. Il se mit en tête de leur conter fleurette. André ne s'aperçut pas que les deux donzelles qu'il prenait pour des oies blanches exerçaient le plus vieux métier du monde! André pensa qu'en deux coups de cuillère à pot, il pourrait les prendre sous son aile. Il en avait plein les mirettes et l'humeur légère et se dit qu'il pourrait courir le guilledou. Aussi apostropha-t-il les deux gourgandines en ces termes :Bien le bonjour Mesdames, si le sage a pour premier devoir d'enclore et de murer son cœur, il lui est permis de laisser vaguer ses yeux et ses pensées. La première qui s'appelait Rolande, aimable comme une porte de prison, voulut lui signifier de quel bois elle se chauffait et l'envoyer sur les roses mais la seconde qui se prénommait Hortense vu tout de suite le profit qu'elle pourrait tirer d'un tel âne bâté. A cheval donné on ne regarde pas les dents, dit-elle en aparté à sa coreligionnaire, cet animal à l'air pété de thunes, c'est du beau linge. On tire assez le diable par la queue et faire la ribouldingue avec un gros bonnet ne serait pas de refus. Rolande, qui ne sentait pas la rose et ronde comme une queue de pelle se dit que ce n'était pas la peine de se mettre martel en tête ! Hortense qui n'avait pas les deux pieds dans le même sabot, dit à André à brûle-pourpoint Bonjour mon prince, on se porte comme un charme. André pensa qu'il était tombé sur une veuve joyeuse et se mit à jouer les gros bras. Il se jeta à corps perdu dans la bagatelle. Il leur proposa un tord boyau à trois francs six sous qu'il connaissait dans le quartier Saint Eustache. Mais l'estaminet était au diable vauvert et la Rolande commençait à suer sang et eau. Ça ne vaut pas un fifrelin, ton affaire, je commence à me faire du mouron, tu ne vas pas nous rouler dans la farine, dès fois ? André sentait la moutarde lui monter au nez, il va falloir arrêter vos carabistouilles sinon je vais vous montrer de quel bois je me chauffe ! Hortense, plus diplomate,lui répondit : tout doux mon agneau , Rolande n'a pas l'habitude de se faire remonter les bretelles, faudrait pas qu'on arrive à la Saint Glinglin ! On y est, lui rétorqua un André, tout miel qui commençait à avoir le béguin. Le patron lui fit l'article mais André dut lui graisser la patte pour laisser entrer les deux grues qui n'avaient rien de bécasses  ! Les deux demoiselles s’assirent à la table et commandèrent à manger plus qu'il n'en faut. André qui n'avait pas l'habitude de brûler la chandelle par les deux bouts, commençait à se faire un sang d'encre. Rolande remontée comme une pendule buvait à tire-larigot  et faisait du chambard. Le patron courroucé jetait des œillades assassines et voulut faire comprendre que charbonnier est maître en sa maison. Mais il était tombé sur un bec, Rolande ne voulait rien entendre à tel point qu'André qui ne voulait pas passer pour la mouche du coche dut intervenir. Le dîner avait du plomb dans l'aile. Rolande quelque peu dégrisée faisait l'âne pour avoir du son : Môssieur est un blanc-bleu, Môssieur fait la fine bouche mais Môssieur est mou comme une chique et ses promesses de la poudre de perlimpinpin ! ! A trop tirer sur la corde, elle finit par casser. Qui veut faire l'ange, fait la bête, André en avait assez d'avaler des couleuvres . Il se leva et cria Vade retro satanas ! Hortense qui avait sentit le vent tourner avait déménagé à la cloche de bois. Le bougnat, révulsé par le scandale appela les autorités et la pauvre hère qui n'avait rien demandé fut jeter en pâture à l'intolérance des édiles ! Les autres clients remontés comme des coucous suisses criaient haro sur le baudet ! André n'en menait pas large. Tout allait à vau l'eau et il se retrouvait le dindon de la farce. Lui qui ne rêvait que de nuits à la belle étoile allait finir sa nuit au panier à salades ! Philosophe, il se dit qu'il valait mieux avoir affaire à Dieu qu'à ses seins (sic) !
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