2
min

Datcha

Image de K57

K57

13 lectures

0

Oh, comme nous sommes faibles quand des chaînes de fleurs nous lient, non parce qu’une force magique les rend plus solides, mais parce que nous tremblons nous-mêmes de les déchirer. Goethe.



Fin février 1963 eut lieu autour de Karpaïa une série de meurtres particulièrement atroces. Ils ne furent jamais élucidés.
Yvan Robrovitch cinquante ans, Maressa Kraztzocv trente-huit ans, Natacha Mirodobaïov trente ans, Pietr Olovitcheski vingt-cinq ans et Igor Mazureskaïev vingt ans étaient les victimes, elles n’étaient pas parentes, mais se connaissaient, elles habitaient alentour Karpaïa, étaient très pauvres et vivaient parfois de larcins qu’elles revendaient sur les marchés environnants.

7 septembre 1962. La dernière maison en sortant de Karpaïa.

Après avoir déposé quelques fleurs sur la tombe de Vladimir Alexander Ozoskaïef, mort il y a quatre ans, Marouska rejoint à la hâte le chevet de leur fille unique Anna, sept ans, atteinte d’un mal incurable, surtout dans le sens où le docteur Platanov lui a fait comprendre qu’elle n’aurait jamais l’argent nécessaire pour la faire soigner à l’hôpital de Novossibirsk.
Dans son délire, Anna sert très fort contre sa poitrine Mimischka, la poupée parlante qu’elle rêvait tant d’acquérir et que sa mère, face à son déclin et aux prix de durs sacrifices, lui a offerte récemment.
Sous la pression tremblante, Mimischka lâche des salves de « Embrasse-moi... Refais mes tresses... Dors bien... Raconte-moi une histoire... Tu es la plus belle... »...
Onze heures le même jour : Marouska épuisée par tant de nuits de veille s’assoupit. Quand elle se réveille, Anna est morte. Ses bras croisés enserrent Mimischka.
Le 10 septembre, on les enterre dans cette position.

Le 20 décembre, Marouska traverse le marché de Vaïdila. Elle défaille en entendant la voix de Mimischka. Se ressaisit. Découvre sur un présentoir une poupée identique à celle de sa fille et que son vendeur presse de temps à autre pour attirer le chaland. En fait à fort prix l’acquisition. Rentre chez elle et le regard lointain écoute Mimischka scander sa tendresse... Elle comble l’absence par des rituels... change les draps du lit d’Anna... fais bouillir de l’eau pour ses plaies... lit à haute voix un conte... s’interrompt pour laisser s’exprimer Mimischka qu’elle manipule fébrilement...soudain...devant la chute d’un de ses membres... « Satanée jambe que je ne suis jamais parvenue à réparer ! »...
...Elle n’a pas besoin d’aller jusqu’au cimetière pour savoir que la tombe d’Anna a été profanée... Une image subliminale lui revient... Un petit collier de perles sur l’étal non loin de la poupée... Dans son trouble, elle n’avait pas fait l’adjonction... L’épuisement des piles rend maintenant la voix de la poupée vacillante ; « Emmmmmbra...moi... Efais à tessss...Or bien... Onte une oire...Belle... »...Marouska la secoue violemment...Comme un ultime lien d’outre-tombe...la bat et la roue de coups face à l’inertie qu’elle présente à ses imprécations... Mimischka articule alors très distinctement et dans une dernier souffle ; « Yvan Robrovitch...Maressa Kraztzocv...Natacha Mirodobaïov...Pietr Olovitcheski...Igor Mazureskaïef ».

0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,