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Dans un café (Edgar Degas)

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Janis

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Josette était arrivée la première. Elle était belle et portait une très jolie robe au jupon rouge. Son corsage était jaune et son chapeau gris. Elle était maquillée avec beaucoup de soin, et la poudre blanche lui donnait l'air très noble. Mais, enfin, si c'eût été le cas, elle ne serait pas entrée dans cette mine à poivre. En réalité, elle attendait quelqu'un, qui arriva juste après :
- Madame, permettez que je vous escorte, dit un gros bonhomme joufflu. Il lui tendit le bras, et elle posa sa douce et délicate main gantée de blanc sur son coude. Jean était ravi. Il eût tout le loisir de détailler Josette lorsqu'ils se furent assis à une table, dans un coin du café. Après avoir commandé une absinthe pour Madame, et une anisette pour sa personne, il regarda autour de lui.
C'était un endroit tout à fait charmant, avec des miroirs sur les murs, au-dessus de banquettes rouges, de telle sorte que son amante se fondait dans le décor. Le patron, un homme maigrichon et bossu, se tenait derrière le comptoir et essuyait, avec un torchon grisâtre, les petits verres à eau-de-vie. Sur des tabourets branlants se tenaient devant lui les habitués : des ivrognes qui engloutissaient verre sur verre, mais qui n'auraient sans doute pas de quoi manger le soir venu. Un couple d'ouvriers se disputait à la table voisine. La femme se plaignait que son mari ne ramène pas assez d'argent. Tournant la tête, son regard se posa alors sur une superbe créature. Elle attendait qu'un homme vienne la prendre pour l'emmener chez lui. Il se désintéressa complètement de la pauvre Josette, qui s'en aperçut. Ah ! Le malotru ! C'était donc ainsi qu'il voulait jouer ! Il allait être servi. Alors qu'il se levait, elle le retint :
- N'as-tu pas honte, cochon ! cria-t-elle. Je viens ici pour te voir, et tu en regardes une autre, qui ne cherche qu'à ramener le plus d'hommes possible dans son lit !
Ses boucles d'oreilles secouaient au rythme saccadé de ses paroles. Son visage d'ordinaire si blanc, était empourpré de colère. Jean tenta de l'apaiser. Ce n'était pas ce qu'elle croyait ! S'il s'était levé, c'était uniquement pour passer au cabinet remettre droit son costume noir. Pas une seconde il n'eût honte de son mensonge. Josette, elle, était furieuse. Elle lui dit que ce n'était plus la peine qu'il essayât de la voir, et lui jeta son absinthe à la figure. Tout le monde les regardait, mais elle s'en fichait. Elle sortit en trombe, bouscula sa rivale rousse en passant, arrêta un cocher et partit. Elle pleura longtemps, seule, dans la voiture.

Au café, Jean était embarrassé, mais il voulait vraiment cette fille ! Il partit donc peu après Josette, mais accompagné et heureux. Il était déçu d'avoir perdu son amante, mais s'il avait su qui était la rousse, jamais il ne l'aurait regardée. Il le regretterait bientôt amèrement.
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