dans un bourgeon

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le moment que je préfère c'est quand la plume prend le relais et déroule devant mes yeux stupéfaits et ravis une issue que je n'avais pas du tout prévue  [+]

inspiré d'une histoire vraie...

Voilà. Il faut que je me décide. C'est difficile. Je me souviens encore du grand arbre que nous avions abattu chez mon père. de sa résistance, si longue résistance , avant qu'il ne s'abatte finalement sous les cordes et les efforts des hommes. On aurait bien dit qu'il était vivant ! On se sentait si mal à l'aise ensuite... L'air subitement chargé d'un non-chant , d'un silence mat et stérile . Le deuil dans le jardin . Un trou dans la trame végétale du monde.

Mais enfin il faut bien que je protège ma maison et ma famille! S'il continue à pousser comme ça , ce marronnier va percer nos fenêtres et recouvrir le toit ! Et puis l'ombre qu'il nous amène n'est franchement pas la bienvenue , je rêve d'un soleil entier dans ma cuisine! le matin, quand je prends mon café, du soleil plein le corps! Que même la plante des pieds me chauffe, voilà ce que je veux!

Alan se dirige d'un pas un peu trop décidé vers l'appenti et revient avec une aveugle détermination et une scie. Au pied de l'arbre, un grand soupir , le bras et le projet se relâchent...Ce n'est pas grave, je vais me donner du temps , se dit Alan en rangeant la scie bien en vue sur l'étagère devant la maison histoire de laisser le temps lui apporter l'évidence du geste.

La nuit , dans un étrange rêve , il se retrouve dans la trame verte des feuilles du grand arbre. Il glisse le long des ramures : une sensation de grande joie. Il traverse d'une feuille à l'autre et ressent les liens invisibles qui parcourent l'arbre entier. même la trame de l'écorce est comme lumineuse et vivante.Puis il voit un aigle planer et s'immobiliser au dessus de l'arbre . Puis il voit le regard de l'aigle. Il se réveille.Il oublie.

"Ecoute,_ voilà que je parle à un arbre!! _écoute vieux frère, je suis désolé, j'aimerais qu'il en soit autrement mais tu vois, je dois protéger la lumière de ma maison, je suis sûr que tu peux me comprendre, toi tout affamé de soleil que tu es! Alors voilà je te préviens à l'avance pour que tu te prépares, cette semaine, je vais te couper."

le message est bien reçu et l'alchimie se déclenche.Les mots tombent un à un dans les racines. Le message circule dans le réseau souterrain d'un radicelle à l'autre à la vitesse d'un ruisseau de montagne.Les arbres aux alentours frémissent. L'herbe comme la terminaison nerveuse de la croûte terrestre se fait antenne, se fait frisson...La lune inonde de sa lumière la frondaison de Grand Arbre et sa sève alors s'accélère.Les bourgeons apparaissent.

Alan est chercheur au CNRS. Ce matin il est un peu bougon quand il part travailler..un conflit irrésolu le travaille à son insu et son corps ralentit ; chaque acte pourtant simple de son quotidien devient pénible , il a l'impression que le jour lui résiste et qu'il serait mieux dans son lit!
Il prétexte une migraine et rentre chez lui.

Quand il aperçoit les bourgeons tout neufs du marronnier, sa première pensée est un soulagement : il va pouvoir avancer son travail de chercheur qui porte justement sur les bourgeons !! Quelle chance ! Il pourra amener des éléments à son équipe le lendemain et se faire ainsi mieux pardonner sa désertion...En plus il vient de recevoir son macro , à croire que l'univers conspire à l'efficacité de sa recherche... !

La grande échelle bien calée contre le tronc et le tour est joué ! L'appareil photo bringuebale, tant pis, il ne tiendra l'échelle que d'une main! Au fur et à mesure qu'il se rapproche de la cime, l'atmosphère change, il entend les oiseaux, il sent le soleil sur la peau de son bras, et quelque chose de doux dans le coeur.
Il s'arrête pour respirer cet instant magique dans la forêt qui l'abrite lui et sa maison puis prend les photos. Plein de photos. en particulier de ce bourgeon de la cime si bien éclairé .

C'est seulement quand il les développa qu'il vit .

Au coeur du bourgeon , nimbée d'une aura vert tendre, une fée à la taille fine et aux bras si délicats, lui adresse un regard complice.

Si un jour vous passez dans les Cévennes par le petit village de Soudorgues, demandez que l'on vous indique la maison d'Alan le chercheur. Vous y trouverez un marronnier immense, magnifique, juste devant sa maison et qui vous offrira une ombre rafraîchissante .Sa photo court encore sur internet sous le nom de " la petite fée du marronnier". Vous voyez?
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Guy Bellinger · il y a
A un amoureux des arbres tel que moi, qui se désole de les voir abattus sans raison ou sous de faux prétextes, taillés sauvagement en dépit du bon sens, cette ode au grand marronnier ne pouvait que me parler. Derrière chez nous trône un grand tilleul que nos anciens voisins voulaient nous faire couper. On a tenu bon. Et il est toujours là, royal, rempli d'oiseaux, butiné par les abeilles au début de l'été. Il nous prend de la lumière mais nous donne tellement en retour.
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Lambda Quidam · il y a
que la douceur du tilleul vous emplisse le coeur tout l'été!
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Lalayati · il y a
Mmm, je me sens encore plus proche des arbres!

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