D'une main de fer

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« Aujourd’hui, disons adieu aux régimes absurdes et aux pensées égocentriques. Aujourd’hui, nous sommes enfin prêts à penser un avenir neuf, bienveillant et pour le bien du plus grand nombre. Aujourd’hui, notre peuple peut être fier de son choix, celui de la justice et de la préservation. Aujourd’hui, le monde peut enfin voir... »
Les haut-parleurs s’arrêtèrent subitement de hurler. Mais aussitôt, la suite de l’allocution d’investiture revint en écho des appartements voisins. Ned se leva du canapé avec lassitude en jetant la télécommande un peu plus loin. Il s’étira afin de se dérouiller quelque peu et se déplaça d’un pas lourd et pesant vers la pièce d’à côté, tout en tournant le dos à l’écran qui prenait tout le mur et aux idioties débitées il y a encore quelques secondes. Il attrapa d’un geste mécanique de quoi se régénérer dans l’armoire de la cuisine et vida d’un trait la boisson énergisante, les yeux dans le vague.
A travers la fenêtre, on voyait déjà le nouveau régime politique qui se mettait en place. La nouvelle « anarchie organisée », plutôt, plaisanta Ned pour lui-même. Dire qu’aucun de ses calculs ne l’avait conduit à ce résultat. Mais d’autres l’avaient vu venir. On en parlait tous les jours aux informations sur l’holonet : « c’est inévitable et logique » avait clamé les spécialistes aux journaux télévisés. Il faut croire que sa puissance de raisonnement n’était pas aussi performante que celle de ces « spécialistes ». Il avait du se tromper en intégrant une ultime inconnue à l’équation, variable que d’autres avaient évincé au plus tôt de leurs théories. L’ultime espoir de l’intelligence des Hommes. Il avait, à tort, compté sur le discernement du peuple pour conserver ses acquis : cette société qui mettait la vie en avant, donnait le droit à chacun de s’instruire, de se tromper, de rêver, de chercher le bonheur, d’avoir, d’être... Ned ne comprenait toujours pas comment ceux qui avaient accès à tout cela pouvaient aussi vite s’en lasser. Tant en était déjà privé...
Et il avait suffit d’un ordinateur dernière génération pour mettre par terre toutes ces belles avancées. Il est vrai que tout n’allait pas pour le mieux. Les guerres, les famines, l’autodestruction, la dégradation de la planète, tout cela était bien présent. Mais l’Homme avait réussit à préserver un peu d’Humanité au milieu de tout cela. Et cet ordinateur sans âme avait calculé que tout ce petit monde allait droit à sa perte, réduisant le comportement humain à une série de petits points sur un graphe. Alors des politiciens sans scrupules s’étaient emparés de ce résultat et l’utilisaient pour servir leur programme, stigmatisant les minorités, agissant pour le « plus grand bien ». Et au nom de cette grande idée, arguant de vouloir sauver le monde, ce mouvement avait ameuté plus d’adeptes, convaincu plus de crédules. Fatalement, ce soir, en gagnant les élections, ils avaient anéantis des siècles de liberté. Finalement, tout cela le dépassait. Ned reporta son attention sur ce qui se déroulait sous ses yeux. Il n’avait jamais vraiment comprit la politique, personne n’avait tenté de le la lui apprendre. Ce n’est pas ce soir que cela changerait.
Dehors, une nouvelle ère succédait à une autre. Des rangées de robots bien droites circulaient dans les rues, demandant aux gens de rentrer pour le couvre-feu, pour « le plus grand bien et votre sécurité ». Beaucoup obéissaient, soit par conviction politique, soit par peur de la nouvelle police. En effet, ceux qui râlaient et s’obstinaient voyaient plus de robots s’approcher, qui répétaient inlassablement des « rentrez chez vous » sur un ton égal mais néanmoins menaçant.
Ils n’avaient pas tardé à mettre leur programme en place.
« Ned, Ned ».
Ned se retourna vers le petit bout d’humain qui lui tirait le bras.
« Ned, viens, Papa m’a dit que tu devais venir ».
Ned leva les yeux au ciel. Il ne pouvait rien refuser à cette tête blonde. Il suivit l’enfant qui l’amena devant le paternel.
« Ah, Ned, tu es là. Donne ton bras ».
« C’est pour le formatage, Monsieur ? A cause du nouveau gouvernement ? », demanda Ned, la voix éraillée.
L’humain qui lui faisait face hocha la tête et approcha un câble du bras de Ned.
« Neuronique Evoluée à la Déduction version 1.4 à vos ordres, Monsieur » répliqua Ned en présentant la prise USB de son avant-bras.
« Au revoir, Monsieur, transmettez mes vœux de réussite au nouveau Moi, Monsieur. »
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Keith Simmonds · il y a
Bonsoir Marie! *Vous avez voté une première fois pour “En Plein Vol” qui est en Finale de l’Automne 2016.
Je vous invite maintenant à le soutenir de nouveau si vous l’aimez toujours. Merci d’avance
et bonne soirée!

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Miss Free · il y a
Je découvre avec plaisir ce texte de science fiction très prenant et bien écrit.
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Bravo !!! Ce texte est très convainquant ! Belle écriture, personnages bien campés, une vraie réflexion sur l'homme et la machine avec une fin surprenante de robot qui ne doit surtout pas penser ( l'homme bientôt?). Encore bravo !!
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Keith Simmonds · il y a
Une belle peinture pour des idées d'une iimportance capital! Bravo! Mon vote!
Mon haïku, BAL POPULAIRE, est
en FINALE pour le Grand Prix Été 2016. Comme
il ne nous reste que 8 jours pour voter, je vous
invite à venir le lire et le soutenir si le cœur vous
en dit! Merci d’avance!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/bal-populaire