D.Q., ben quoi?

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Comédienne chanteuse et metteur en scène, je suis née en 1954 à Montluçon dans l'Allier. J'ai toujours écrit des textes, fait des adaptations pour le théâtre d'abord pour mes frères, copains  [+]

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- Eh tu rouilles ? T'es avec moi ou pas?
Jem fixait la tranche de ses chaussures de sport comme si la célèbre virgule allait lui apporter la réponse. Le grand Basile, un mètre quatre vingt pointure 46, tenait sa cigarette entre le pouce et l'index façon gangster des années cinquante et sortit Jem de sa rêverie. - Ouaip! il a trop poussé, il avait ses affaires complètement dégueulasses! Le premier "il" était le pion de l'internat, Robert, où Jem faisait sa deuxième rentrée. Le second "il", c'était Joris, un nouveau venu dans la classe "prépa" aux métiers du bois et de la forêt. Robert lui avait balancé sa valise par la fenêtre du dortoir sous prétexte qu'il n'avait pas rangé ses vêtements assez vite dans l'armoire dès sept heures du matin. Après un vol plané dans la cour intérieure - pas fou , il n'avait pas fait ça devant les fenêtres du bureau du directeur - tous les vêtements avaient atterri dans la grosse flaque d'eau qui stagnait d'octobre à mars et servait de "rince-bottes" aux pensionnaires quand ils rentraient de forêt.
Un internat en pleine campagne où les élèves, tous des garçons, se retrouvaient là après avoir fait l'ascension des marches de l'échec scolaire jusqu'à son sommet et s'étaient retrouvés devant le choix qui s'impose à savoir la chute dans une filière inconnue et détestée d'entrée ou une échelle de corde tendue par une école différente.
- Je veux être dans la nature. J'en ai marre d'être enfermé pour apprendre. Je veux faire comme Rémi, travailler dans les arbres: élagueur.
Jem se souvenait de son stage avec Rémi, le poète des arbres, qui lui avait dit : - J'te parie que tu vas apprendre le latin sans t'en apercevoir!
Il aimait être proche des oiseaux, loin des hommes et cela l'amusait de les voir d'en haut; cette petite dose de mépris pour ces fourmis rampantes qu'ils devenaient alors, le consolait de ses échecs scolaires à répétition. Il s'était senti nul en tout. Les bancs de l'école lui bloquaient l'esprit.
Lui, il réfléchissait, analysait, apprenait en bougeant, en jouant, en faisant du vélo. Son cerveau avait besoin de mouvement pour être efficace. Ses parents le soutenaient même si sa mère était un peu déçue. Bah! elle s'en remettrait! Elle lui avait dit qu'elle souhaitait qu'il soit heureux avant tout. Mais être heureux ça veut dire quoi? Vivre de sa passion avait-elle répondu . Ne jamais la lâcher, la perdre de vue.
Mouais! il faut encore la trouver, sa passion! En tout cas, cette école avec peu d'élèves par classe lui convenait. Pour l'instant. C'était mieux que le collège. Comme disait son père entre l'éducation de l'intelligence et l'intelligence de l'éducation nationale il y a un gouffre que des générations de profs auront à combler si on ne veut pas voir fuir les cerveaux du pays. Son père transmettait l'art du théâtre dans toute l'Europe et il affirmait que quatorze ans était l'âge de toutes les révolutions, tonnant devant l'incompréhension de ces adultes - pas tous , y'a des exceptions! - qui interdisaient sans s'en apercevoir l'éclosion de talents à aiguiller en chaussant les gamins de souliers de plomb ! Jem s'était imaginé robot en train d'écraser toutes les écoles de son pas vengeur et ça l'avait fait rire!
Bref il était là, dans cette école appelée "Maison" et s'y trouvait pas trop mal malgré les premiers mois difficiles ; l'absence des copains de toujours, de sa chambre, les règles de l'internat, avaient eu du mal à passer au départ mais l'attention des profs, les ateliers pratiques en forêt avaient eu raison de ses méfiances. Il sentait qu'il reprenait confiance en lui. D'autant plus qu'a la fin de l'année précédente, il avait fait tomber son premier arbre pile-poil dans la direction et l'axe que le prof lui avait donnés et il en était fier. D'autant plus fier que Bernard avait donné sa consigne avec un petit sourire goguenard qu'il arborait très souvent quand il voulait mettre au défi les garçons de première année . Ouais, ça c'était un chouette souvenir!
L'ombre au tableau, c'était Robert, le pion. Même si Jem n'en avait plus peur comme lors de sa première rentrée depuis qu'il savait qu'il était alcoolique et dépressif. Il n'en avait plus peur mais il s'en méfiait, l'autre naviguant de coups de gueule en laissez-aller sans qu'on puisse prévoir ses réactions.
Mais là, c'était la troisième valise depuis la rentrée et Basile, son meilleur copain ( venant de la ville aussi) avait décidé d'agir . Jem était d'autant plus convaincu que la veille après les cours, il avait assisté à une scène qui les avait révoltés , Basile et lui. La jeune prof d'anglais, seule femme dans ce monde masculin de profs et d'élèves, avait été traitée de "sale arabe" par des BTS et Robert était présent. Il ne leur avait rien dit! Ça c'était abusé! Jem n'avait pas supporté même si Nadia n'avait pas entendu - ou pas voulu entendre? En tout cas, ça ne passait pas. Lui dont tous les copains depuis la sixième s'appelait Djamal, Dorlir ou Tchen. Ça sentait mauvais et pas qu'un peu!
Avec Basile qui était un as du foot, le règlement de compte avec les BTS se ferait sur le terrain. Il entrainait l'équipe des "prépas" comme un forcené et ils étaient remontés à bloc pour foutre une pile à ces abrutis et les mettre par terre pour le championnat.
Quant à Robert, c'était plus compliqué; Jem et Basile n'étaient pas des "lascars". Il fallait simplement lui faire comprendre que son comportement avec les jeunes et les dames devaient cesser.
- J'ai une idée dit-il à Basile
- Vas-y ! raconte ! pressa Basile
- Tu sais , dans le couloir du dortoir des BTS, y'a un estancot et dedans y'a des vieilles..
- Bon les gars, vous êtes prêts ? Aujourd'hui on va à la scierie, vous vous rappelez? Alors chaussures de sécurité et pantalons armés! Okay! c'est parti!
Jem , heureux, pensait à Nadia et se sentait une âme de Don Quichotte. Ben quoi?

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Christine Śmiejkowski · il y a
Christine Śmiejkowski et Smicky c'était pareil - On vient de fusionner car ça posait problème
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Christine Śmiejkowski · il y a
Ben quoi? Voici un +1 pour ton histoire
Si tu aimes les animaux: http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/pudu-a-disparu-1 Bonne journée