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Cri du coeur

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Alex Des

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Seul dans la salle à manger, il entendit le bruit d’un verre qui roulait sur le plancher. Heureusement il était vide, tout comme la bouteille de whisky qu’il venait d’ingurgiter. Il essayait de se perdre dans la brume cotonneuse du songe, mais ses compagnons ne l’entendaient pas de cette oreille. Le feu de la cheminée lui lança un crépitement de reproche. Le plancher lui répondit presque immédiatement. Tu n’es qu’un lâche, disait le grincement de ses lattes. Les rats du grenier crurent bon de se mêler à la discussion. Leurs galopades se moquaient ouvertement de lui, de gauche à droite, de droite à gauche. Toujours les mêmes mots martelés au-dessus de sa tête : lâche, faible, couard, pleutre.

Il leur cria de cesser leur tintamarre et, l’espace d’un instant, tout redevint calme. Mais une nouvelle vague de remontrances sourdait, cette fois de l’intérieur. Son estomac monta au pupitre et grommela avec vigueur devant toute l’assemblée qu’alors, c’était comme ça ? Qu’il pensait juste s’en tirer avec une cuite et une cure de sommeil ? Non ! On ne le laisserait pas faire ! Bien dit, approuva le gosier d’un rot fétide. Feu, plancher et rats se joignirent à lui et applaudirent la diatribe d’estomac à l’unisson. Le vacarme était épouvantable. Il voulait tous les faire taire mais son corps ne lui appartenait plus. Ce n’est pas comme ça que tu feras le deuil, lui dit intestin d’une longue tirade cahoteuse. C’était mon ami, répondit-il tout haut, je ferai le deuil comme je veux et d’ailleurs ! D’ailleurs je crois qu’il aurait voulu que je l’honore ainsi. Intestin se tut, mais l’odeur qui vint chatouiller les narines de l’homme suffit à résumer sa réprobation.

Le débat continua ainsi pendant un temps indéterminé, jusqu’à ce que la pluie vienne apporter un point de vue extérieur à la situation. Mais, disaient les gouttes contre la vitre, toute sa famille, tous ses amis sont là, dehors. Ils lui rendent hommage. Ravivent sa mémoire. Le pleurent ensemble. Et toi que fais-tu ? Le cognement des gouttes était terrible, implacable.

Il se laissa tomber sur le plancher dans un bruit de point final. Mais la pluie de reproche ne cessa pas pour autant.
Et toi que fais-tu ?
Et toi que fais-tu ?
Et toi que fais-tu ?

Maudissant le monde, la vie et les hommes, il rassembla ses dernières forces pour se relever et partit dans la nuit à la recherche du cimetière où on enterrait son ami.
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Jenny Guillaume · il y a
Comme Diamantina, je suis touchée...
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Image de Diamantina Richard
Diamantina Richard · il y a
Un très beau texte c’est si difficile d’enterrer ceux qu’on aime. Une façon originale de traiter le sujet
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