Crève-Coeur

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Oh seigneu  [+]

Dans ces moments-là, t’as l’impression que tout se passe au ralenti. Tu cours comme si ta vie en dépendait. Tu ne vois plus rien. C’est flou autour de toi. Les personnes. Les murs. Même le sol. T’as même pas le courage de pleurer. Les larmes ne peuvent pas couler. Parce que tu ne peux pas y croire. T’as le souffle coupé. Tu ne sais plus comment respirer. L’adrénaline te pousse à aller encore plus vite. Tu sens ton cœur cogner dans ta poitrine. Tellement fort que ça en devient douloureux. Tu penses juste à atteindre cette fichue porte. Tout droit. Deuxième étage. Chambre 316. Tu n’es même pas conscient de tes gestes. Tu sais seulement que tu dois avancer. Encore et encore. Encore plus rapidement. Les mètres te semblent des kilomètres. Les minutes se transforment en heures. Chaque seconde compte. Et ça, ça te terrifie. Le temps est contre toi. À cet instant précis, il est ton pire ennemi. Tu prends l’ascenseur. C’est trop lent. Tu fulmines, les poings serrés. Tu enrages, les jambes tremblantes. Les portes s’ouvrent sur le long couloir. Tu reprends ta course effrénée. Quelques mètres, tu te dis, seulement quelques mètres. Ton pouls s’accélère. T’as peur. T’es effrayé. Tétanisé. Paralysé. Puis là, tu l’entends. Ce son que tu désespérais entendre. Cette mélodie funèbre. Cet interminable bruit. Si aigu. Celui qui appelle à la révolte. À la colère. Celui qui dévaste tout sur son passage. Et il ne t’a pas loupé. Dans cette déflagration de douleur, tu as été sa proie. La première victime. T’avances vers la porte. Et tu sais que ton cœur ne va pas supporter. Elle est là. Pâle. Maigre. Les yeux clos. Les cheveux ébène. Les lèvres virant au bleu. Elle est d’une beauté morbide. Tu ne cesses de la regarder. Terrorisé. Tu ne veux pas y croire. Tes larmes, intarissables, roulent sur tes joues. Tu cries. Un hurlement déchirant. Tu continues à t’égosiller. Tu as mal. Tu souffres. Tu te sens tomber à genoux. Deux bras encerclent ta taille. Tu ne sais pas qui. Tu ne penses plus à rien. Tu as tout oublié. Même ton meilleur ami. Juste derrière toi. En train de te soutenir pour ne pas que tu te ramasses lamentablement. T’as l’impression que le sol s’écroule sous tes pieds. Tu pleures. Tu hurles. Tu veux la voir. La toucher. Lui dire de ne pas te quitter. De se battre. De rester en vie. Pour toi. Son enfant. Sa famille. Mais on ne te laisse pas faire. Tu te débats comme un fou. Coups de pieds. Coups de poings. Tu n’en peux plus. On te sort de la chambre. Tu as peur. T’es perdu. Tu te sens minable. Faible. T’es un pantin dans les bras de ton ami. Il t’entraîne avec lui et vous vous asseyez à même le sol. Il te serre très fort dans ses bras. Il te murmure des mots que tu ne comprends pas. Tu n’as plus la force de bouger. Tes yeux fixent le vide. Tu sais que c’est fini et ça te tue de l’intérieur. Et tout d’un coup, plus rien. Tu ne ressens plus rien. C’est le néant. Le noir. L’obscurité dans ton cœur. Tu le sais. Tu sais qu’elle ne reviendra pas. Qu’Il a gagné la guerre cette fois-ci. Tu sais que personne ne pourra te la rendre. Tu sais qu’elle est partie pour de bon. Qu’elle est morte.

Et ton cœur crève.
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