1
min

Confession d'un damné

25 lectures

3

L'impact des gouttes sur le métal vit sa musique improvisée disparaître lorsque la pluie commença à remplir le seau face à moi. La flaque se troublait à chaque nouvelle gouttelette, m'empêchant d'observer une dernière fois mon reflet. Je viens porter secours à Dame Nature en y ajoutant mes larmes pécheresses, salant cette eau céleste, la souillant à l'image de tout ce que j'avais pu entreprendre depuis ma rencontre avec le Mal.
Ce démon insidieux, surpuissant, que je combattis férocement dans mes années les plus tendres, avait remporté l'ultime bataille. Celle du vice contre la vertu. J'aurais du déposer les armes quand, bien malgré moi, celui-ci m'entraîna sur un champ de bataille encore jamais foulé par mes pieds aventureux. Quelle douce musique que celle de la corne de brume victorieuse, chassant les affres de la quiétude de son horizon auditif pour ne plus qu'entendre cette supplique, s'éteignant dans un dernier soupir.
Le repos éternel, celui de son âme innocente et de mon esprit tourmenté, avaient trouvé écho. Comme si le sacrifice de cet enfant sur l'autel de la folie meurtrière représentait l'ultime trophée qui put m'être décerné. C'est pour cette raison évidente que rien ne sert d'échapper à ma sentence. Jamais plus je ne ressentirai pareille exaltation. C'est un sentiment comme nul autre pareil d'ôter la vie d'une créature de Dieu qu'aucune stigmate n'a encore trouvé, hormis ce vortex étrange qu'est le nombril. C'est d'ailleurs dans ce creux ignoble que j'ai planté ma lame. Froide, rouillée, sale. La tournant et la retournant. Comme si, par ce geste, j'avais cherché à défier Dieu et à lui montrer que même sa plus belle œuvre était éphémère.
Alors pourquoi ces larmes ? Qu'avais-je donc fait pour mériter cette punition ? Je ne voulais pas paraître faible et suppliant face à cette horde de voyeurs malsains. Tous, autant qu'ils sont, sont autant avides de sang et de meurtre que j'ai pu l'être. Sinon, à quoi bon observer ce tragique spectacle ? Au moins, je ne joue pas. Je suis resté digne et j'ai continué malgré la faible main qui m'a été distribuée à la naissance.
La pluie s’arrêta soudainement et un rayon de soleil timide perça les nuages. Je pouvais le discerner à présent dans le seau de métal rempli d'eau. Il faisait scintiller la lame qui allait abattre son jugement unique sur ma nuque tendue. J'avalais mon visage du regard afin de m'en remémorer le moindre pli, la moindre ride puis fermai les yeux. Un sourire s'installa durablement sur mes lèvres lorsque j'entendis le bourreau faire coulisser la guillotine.

Thèmes

Image de Très très courts
3

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Anne Marie Menras
Anne Marie Menras · il y a
C'est bien écrit, poétique et tranchant comme la lame de la guillotine...Je vous donne une voix. Je vous invite à aller sur ma page où je viens de publier quelques poèmes.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/les-mots-80

·