2
min

COMMENT JE SUIS TOMBE AMOUREUX D’UNE POMME

Image de Alex Sanz

Alex Sanz

4 lectures

1

Il y a bien longtemps dans ma jeunesse éthérée, je m’employais consciencieusement à vivre comme un anarchiste, enfin, une interprétation toute personnelle de la pensée anarchiste, le principe de base était que j’avais droit à tout mais que je ne devais rien puisque que j’étais spolié par le grand capital, je me rétribuais mon dû.
Une juste répartition des richesses, quoi !
Pour cela, je vivais dans des squats, je volais dans les magasins pour me nourrir, me vêtir, lire et prenais le train à l’œil pour rendre visite à mes amis aux quatre coins de la France. Les souvenirs truculents ne manquent pas !
Parfois bien sûr, il m’arrivait de travailler, je voyageais en train ou en stop dans les régions agricoles et passais l’été dans les abricots, le début de l’automne dans les bras de Dionysos, au milieu des vendanges, puis les pommes m’ accompagnaient jusqu’aux premières rigueurs de l’hiver.

J’en garde un amour du fruit frais ramassé au petit matin dans les vergers couverts de rosée, un regard à jamais changé sur les étals maraichers , je nourris une nostalgie du moment de grâce matinale où la vie se résume à cette seconde d’éternité pendant laquelle je me retrouve entre quatre yeux, la pomme et moi, elle s’abandonne et m’offre sa croquante et juteuse fraicheur vitaminée.
Merci à toutes les pommes qui m’ont offert leur corps , merci pour tous les cunnilingus fruités. Tous les fruits ont été généreux avec moi à part peut-être le kiwi qui nécessite un couteau et qui m’a fait ramper dans ses tunnels végétaux en trainant des cagettes sur la terre corse.

Le raisin est surement le plus coquin, je me rappelle d’un prénommé Pinot noir qui me faisait aller jusqu’en Champagne, prenait ma tête dans ses grappes, tourbillonnait mes sens pendant une semaine et me laissait dans le talus quand il n’avait plus besoin de moi.

Les cures de clémentines du mois de décembre étaient toujours appréciables pour un grand maigrichon, mais n’allez pas croire qu’ouvrier agricole était ma seule qualification, je pouvais montrer un esprit d’entreprise audacieux.
Mon RMI cumulé à mes maigres revenus me permettait de partir en Asie du sud-est , notamment en Inde, là-bas j’achetais tout un tas de bibelots et de retour en France, je m’improvisais forain sur les marchés en prenant une patente provisoire, d’un mois que je renouvelais tous les mois, le merveilleux monde du travail au noir !
J’ai fini par avoir un fourgon qui me permettait de vendre sur les puces tout ce que je pouvais récupérer, trois fois par semaine entre Palavas et Montpellier, je jouais au commerçant- brocanteur gitan ! Le pauvre fourgon m’a claqué dans les pattes un jour sur l’autoroute, j’en ai pleuré...
Je refusais de rentrer dans le système et je vivais dans un petit système parallèle ou je bricolais de l’argent pour vivoter.

Thèmes

Image de Très très courts
1

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,