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Cœur à cœur

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Alan Savage

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Brigitte erra plus de deux semaines avant d’arriver dans cette petite ville du Kerala, dans le Sud de l’Inde.

Après avoir trouvé un hôtel, elle alla sur un monticule lui permettant d'avoir une magnifique vue sur l'océan.

Assise sur un banc et pensive, un homme arriva comme un souffle chaud les premiers matins d’automne. Coiffé d’un long foulard enroulé sur la tête et plutôt bien habillé, son regard noir s’arrêta sur Brigitte, qui fit semblant de ne pas l’avoir vu. Les lèvres serrées, elle zyeuta en catimini l’intrus venu entraver sa quiétude. Sa jambe droite s’affola, son sourcil gauche frisota. Ses narines s’enivrèrent du parfum de cet homme jusqu’à l’ivresse. Elle ne contrôlait pus rien.

Mais que m’arrive-t-il ? se demanda-t-elle, en posant la paume de sa main sur son front en sueur.

Il se plaça derrière elle, huma le vent comme un animal sauvage avant de se pencher sur son épaule et lui déposer un baiser sur la tempe sans qu’elle ne s’esquisse ni même ressentir la plus petite peur.
Quelques heures plus tard et après avoir eu une conversation incroyable avec cet inconnu, Brigitte était dans la chambre de son hôtel avec lui.

Nu, transpirant, elle l’ausculta minutieusement avant qu’il ne s’endorme tandis qu’elle était enveloppée dans un magnifique tissu coloré.
Elle humecta ses lèvres en admirant ce cadeau tombé du ciel. Elle se remémora ce moment de tendresse qu’elle croyait avoir rêvé. Ces instants câlins et doux à souhait. Ces touchers enivrants et précis, ces baisers électrisants et capables, lui sembla-t-il, de magnifier la plus laide des créatures. De reverdir la plus âgée des donzelles. Elle n’en revenait pas de ce qu’il lui arrivait. De cette attirance soudaine et irréversible. De cette audace. De ce culot. De cette impudeur et ce besoin soudain d’effleurer cette peau. Jamais de toute sa vie elle n’avait fait cela avec aucun homme. Et voilà qu’un simple regard les mena sans attendre dans cette chambre.
Jamais elle n’aurait pensé un homme capable de tant de douceur. Jamais elle n’aurait imaginé l’amour sans douleur. Pas un mot ne fut prononcé. Juste ces doigts se frôlant. Ces gestes s’épousant et ces caresses vénérant. Ces souffles s’accordant et ces regards quémandant encore et encore... Jamais son corps ne fut si avide. Jamais elle ne le lui permit, et voilà que tout explosait, implosait en elle et autour d’elle.

S’abandonna-t-elle autant parce qu’elle était à des lieues de chez elle ? Etait-ce légitime ? Y aurait-il une seconde nuit comme celle-là ou la magie de tels instants n’opère-t-elle qu’une seule et unique fois dans toute notre vie ?

Brigitte se posa encore bien des questions, avant d’humer l’amour régnant dans cette chambre. Si fort, si grand, que rien, ni personne, pas même elle, ne pourrait entraver.

Elle alla se plaquer contre la fenêtre ouverte, alors que l’homme, venant de lui faire don de tant d’affection, ronflotait sereinement. Ses longs cheveux noirs brillaient à la lueur de l’aube. Il était beau. C’est bien la première fois que je trouve un homme beau. J’ai l’impression de naître. Je me sens si vivante, ne put-elle s’empêcher de songer.

Elle essuya ses yeux mouillés, tourna les talons en humant l’air marin et noya son regard dans l’aurore naissant d’un coup de pinceau violacé et désordonné. Elle tenta d’appeler son cœur, voulant partager cet instant merveilleux avec celle ou celui qu’elle considérait être devenu un ami proche. Un confident. Tenta de se rappeler de quelques mots de bengali. En vain. Il lui fallut attendre que le soleil apparaisse dans le coin de la fenêtre pour l’entendre, enfin : « Je suis heureuse », lui lança-t-il, plein d’émotion.

Brigitte sourit, ne répondit pas tout de suite. De toute façon, elle n’en avait pas besoin. Elle se retourna vers ce corps endormi, beau, ténébreux, à peine égratigné par la vie. « A-t-il changé ? » demanda Brigitte, en soupirant. Le cœur resta muet. Brigitte sentit les larmes envahir ses yeux. « Tu peux être fier de toi...heu...comment dois-je t’appeler ? » lui demanda-t-elle, un peu embarrassée et gênée.

« Je n’en sais rien ! J’ai oublié mon nom », se désola la voix, laissant ressentir un profond désarroi. « Mais je me souviens à présent qu’un cœur de femme est capable de prouesse, lorsqu’il bat pour un être cher... Même au-delà de la mort, il semble recouvrer ses origines. »

Un silence s’immisça avant qu’il ne poursuive : « Tu n’as plus à avoir peur de l’amour, Brigitte ! » lança le cœur d’un ton élogieux et la laissant baigner dans un océan, capable d’apaiser tous les maux.

« Comment cela fut donc possible ? Par quelle magie ? Et qu’avais-tu derrière la tête ? » l’interrogea Brigitte, d’une voix prudente et empreinte de pudeur en repensant aux mois précédents. Ses espoirs quant à trouver un donneur, ses nombreux coups de blues, tant l’attente fut difficile et la peur de mourir tangible. « Sauver ma famille et leur trouver la mère capable de leur léguer l’amour que je ne pourrai jamais plus leur donner ! » conclut sereinement la voix, offrant par là même, le plus beau compliment que Brigitte n’ait jamais reçu, et s’éteignant à ce moment pour l’éternité.

Bien que surprise, voir choquée par cet aveu, elle songea à l’avenir sans la moindre appréhension, imagina le bruit des enfants se chamaillant, leurs sourires, leurs attentes, leurs bobos à consoler et leur audace à réfréner. Les voir devenir des adultes, planifier leur mariage....

Elle se jugea complètement folle à l’idée de vivre là, dans cet autre monde, ces autres coutumes et ces parfums si forts, mais ne put masquer ses yeux pétillants et brillants d’un bonheur la transcendant, et que jamais elle n’avait connu de toute son existence.

Elle sourit en secouant la tête, admira cet amant encore un instant, puis alla se blottir tout contre lui en écoutant sa respiration et le tic-tac de son cœur suivant la mesure du sien, et promettant un avenir pour le moins singulier. Un amour presque éternel et empreint de nobles sentiments...

PRIX

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Jfjs · il y a
Et donc une autre histoire toute neuve, toute douce on l'espère pour eux.
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Topscher Nelly · il y a
Un nouveau départ où on vous suit sans problème. Mes voix.
Mon texte si vous le souhaitez:http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/je-te-promets-6

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Alan Savage · il y a
Merci beaucoup pour ces encouragements et ce commentaire...
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Flore · il y a
Un TTC pour une nouvelle vie...Bravo.
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Alan Savage · il y a
Merci pour ces encouragements ça fait plaisir....
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Patrick Peronne · il y a
Il y a de bonnes choses dans votre TTC et d'autres à retravailler ... "s'enivrer jusqu'à l'ivresse" ou la répétition de verbes comme "humer" ou celle à contresens du verbe "esquisser'. Dommage.
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Alan Savage · il y a
Merci pour ce commentaire constructif, je vais tenir compte de vos conseils.
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Merlin28 · il y a
Un nouveau départ
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Alan Savage · il y a
Oui une nouvelle vie ailleurs... Merci pour ce commentaire.
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