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Chroniques ordinaires

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En ouvrant les volets de ma chambre, j’ai fait la connaissance de notre nouveau voisin. Il s’est installé de l’autre côté de la rue. Il m’a semblé bien vieux. Mais à mon âge, six ans, même mon père parait vieux. Depuis que Freddy et ses parents ont quitté notre quartier, je m’ennuie. On s’amusait bien ensemble.
Monsieur Foutruc, le chef de la brigade des mœurs, est passé prendre un café, hier matin. Assise sur la dernière marche de l’escalier, je l’ai entendu décrire notre voisin. Un ancien commerçant à la retraite, veuf, sans enfant. Casier vierge, bonne réputation. Mais, le policier a recommandé à mes parents de rester vigilants. Je sais ce que ça veut dire. Je n’ai plus droit de jouer devant la maison, comme avant, avec Freddy. Et maman vérifiera sa carabine à canon scié. Clic, clac ! Elle fonctionne.
Ce matin, en refermant ma fenêtre, j’ai vu monsieur Porcin. Je l’appelle comme ça à cause de ses petits yeux brillants. Il est resté planté derrière la vitre, même quand je me suis cachée pour le regarder en douce. Sur son crâne lisse sont accrochés des flocons de neige. On dirait le père Noël. Son visage arrondi et pâle ressemble à la lune. Il n’a pas l’air méchant. Il s’ennuie peut-être sans ses amis ?
Je mange mes galettes d’avoine à côté de ma mère qui lit le journal. Je me demande si je dois lui rapporter que j’ai aperçu notre voisin. Il regardait vers chez nous. Mais je n’ose pas lui en parler, de peur qu'elle s'enflamme. Elle s’emporte si vite qu’elle saisirait sa carabine pour aller s’expliquer avec lui.
Constance, ma meilleure amie, s’est montrée trop bavarde avec sa maman. Elle lui a raconté la dernière blague du boucher. Il nous a tiré la langue quand nous sommes passées devant chez lui. Il nous fait toujours rire avec ses pitreries, celui-là ! Mais la mère de Constance n’a pas trouvé ça drôle. Elle a pris sa carabine et a tué monsieur Cheval. Depuis, le village ne mange plus de viande.
Je ne veux pas que monsieur Porcin explose comme une bombe à eau remplie de peinture rouge. Il y a trop d’explosions, trop de peinture rouge, tous les jours à la télé. Je n’ai plus droit de regarder mes dessins animés préférés. Et je m’ennuie.
Dès mon réveil, j’ai couru à la fenêtre et salué monsieur Porcin. Son sourire s’est figé, j’ai cru qu’il allait pleurer. Il a levé la main en agitant ses doigts, puis il a disparu. Je suis restée un bon moment derrière la vitre, mais il n’est pas revenu.
Monsieur Foutruc vient d'arriver. Sa présence m’oblige à patienter dix minutes à l’étage. Il a dit à mes parents que notre voisin ne sort presque jamais de chez lui. Sauf pour aller à l’épicerie et à l’église le dimanche. Maman trouve ça louche. « Et quand est-ce qu’on aura un boucher ? » demande-t-elle. Il ne sait pas. Personne n’est candidat. Il va lancer une pétition et mettre une annonce dans le journal.
Je retrouve mon amie Constance à l’école. Son visage ressemble à de la craie. Elle pleure tous les soirs dans son lit. Elle pense à monsieur Cheval et à son rire de jument. Il nous amusait tellement !
Ce matin, Foutruc prend encore un café avec mes parents. Pendant ce temps-là, depuis ma fenêtre, je montre tous mes jouets à monsieur Porcin. Cette fois, son sourire illumine sa face blafarde. Il a mis une cravate sur sa chemise. Je le trouve presque beau et dresse mon pouce pour le lui dire. Il hoche la tête et disparait. Je retourne à mon poste d’observation sur le palier. Avant de sortir, le policier serre la main de papa. Ils ont l’air satisfaits tous les deux, et maman les approuve. Mon père pince mon menton entre le pouce et l’index. Il tire la langue. Je ris. J’aime bien quand il fait le clown.
Aujourd’hui, c’est le grand jour, dit mon père. Il s’habille avec soin, et nous embrasse. Puis il se rend de l’autre côté de la rue, chez monsieur Porcin. Je ne comprends rien, j’ai peur. Il sonne à la porte, puis patiente. Et soudain, pour la première fois, je découvre notre voisin de la tête aux pieds. Enflé comme une barrique, il marche en boitant. Mon père l’invite à monter dans notre voiture. Maman me le désigne de loin.
 Tu vois, ma Lisette, voici monsieur Lalune. Il va tenir la boucherie avec papa. Tu as le droit de le saluer.
J’agite ma main, et prononce son nom pour moi toute seule dans mon cœur. « Bonjour, monsieur Porcin, mon nouvel ami ».

PRIX

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Aurélien Azam · il y a
La suspicion est omniprésente dans ce texte, drôle de voisinage ! Bienvenue monsieur Porcin !
Merci pour ce texte, Catherine :)
Egalement, mon très très court "Gu'Air de Sang" est en finale du Prix Court et Noir !
Si tu le souhaites, n'hésite pas à renouveler ton soutien pour mon texte : j'en serai ravi :)
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gu-air-de-sang

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Catherine Denninger · il y a
Merci, Keith!
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Keith Simmonds · il y a
Un superbe texte bien mené ! Mon vote !
Mon œuvre, “De l’autre côté de notre monde”, est en Finale pour la Matinale en cavale 2017. Une invitation à la lire et la soutenir si le cœur vous en dit ! Merci d’avance !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/de-l-autre-cote-de-notre-monde

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Mjo · il y a
Un conte un peu saignant ... mais c'est pour rire!!! mes votes
Si le coeur vous en dit vous pouvez lire mon TTC:"Point de côté"

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Miraje · il y a
Un Porcin pour remplacer un Cheval ... La relève est assurée ☺☺☺ !
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Elena Hristova · il y a
Monsieur Porcin vient enfin de trouver sa place
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Nadine Gazonneau · il y a
Très beau texte . Mes votes avec un immense plaisir .
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Catherine Denninger · il y a
Très touchée, merci beaucoup, Crityas
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Crityas · il y a
Suspicion, intolérance, solitude..où se trouvent les barrières de la réalité lorsque l'imagination vagabonde..
Un récit qui nous amène à regarder notre voisin différemment. Suivez cette auteur prolifique.

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Pascal Depresle · il y a
Un joli texte, mes voix. Pour ma part, sans contrepartie, j'ai commis deux textes, L'invitation http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/linvitation?all-comments=true&update_notif=1509982263#js-collapse-thread-577892 et Reflets http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/reflets-6 si le cœur vous en dit, et beaucoup d'autres choses aussi
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