Chronique d'une famille ordinaire (8)

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Mère (Presque) parfaite. Disons que j’ai la trentaine (ou plutôt dans ma tête, car j’ai finalement 42 ans). J’ai un métier que j’aime et qui me permet de m’épanouir comme il faut. Il ne  [+]

Ma fille grandit, c'est affreux

Jusqu’à il y a pas si longtemps, lorsque ma grande se réveillait, on passait un moment de totale fusion: dans mes bras, sa tête lovée sur mon épaule. Quelques minutes magiques, où des petites ondes quittaient son petit corps pour ressourcer le mien. Mon nez dans ses cheveux, je sentais sa chaleur quitter son petit corps pour réchauffer le mien. Son odeur, une Madeleine de Proust qui t’emporte pour quelques secondes dans un univers tout doux, un retour aux sources.

Ce matin, j’ai essayé de la soulever et elle m’a dit:
— Non maman, je suis trop lourde, tu ne peux plus me porter.
Moi : oui c’est vrai et je suis triste de ne plus pouvoir te porter.
Soucieuse de ne pas la traumatiser par ce genre de discours, j’ai pris sur moi et j’ai poursuivi :
— Mais c’est bien parce que cela veut dire que tu grandis.
Bon, voilà, après 6 ans de semi esclavage, je ne peux plus porter ma fille et cela me rend triste. Et 6 ans de semi esclavage, c’est long. C’est:
— une première année de découverte... cauchemardesque. N’ayons pas peur des mots. Nuit et jour, sans répit, elle nous aura ruiné nos sommeils, nos sorties, nos amis et balayé en un clin d’œil notre vie d’avant. Une année pour apprendre que les 9/10ème des livres du style « j’élève mon bébé » sont nazes et de mauvais conseils. Une année pour apprendre que finalement, c’est l’instinct qui a toujours raison. Une année pour apprendre que la nuit, une tétine se cache invariablement dans le même coin inatteignable sous le meuble bien au fond.
— Une deuxième année, pour apprendre que rien n’est définitif. Que si les nuits sont toujours courtes, elles finissent par rallonger. Que partager ses parents, quand on a 2 ans c’est source d’angoisse et de crises à gérer et que, au temps du « non », « oui » ça se dit « pas non ».
— Une troisième et quatrième année, beaucoup plus faciles. Celles des découvertes, de l’apprentissage de l’autonomie, de l’école, des invitations aux anniversaires, mais aussi des petits malheurs. La vie, quoi! Et cette phrase de grande chérie le premier jour d’école qui résume tout : « c’était bien l’école mais j’ai beaucoup pleuré ».
— Une cinquième année où on arrive à un petit être quasi parfait, plein d’attention pour les siens, gaie et équilibrée. Alors après tout ça, j’ai souvent envie que le temps s’arrête pour profiter de ce temps béni que j’ai peur de voir disparaître. Bon, en même temps, je sais que tout continuera, c’est grande chérie qui me l’a dit : ce matin, donc, pour finir mon histoire, elle m’a dit : « c’est pas grave maman, il faut pas être triste car on est ensemble et puis on peut se prendre dans les bras ... sur le canapé. » Et c’est ce qu’on a fait et du canapé, mon grand bébé sent toujours aussi bon et la vie est toujours aussi belle.

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Claire Dévas · il y a
Moi aussi je me régale ! Tendre et drôle et si juste.
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Marie Casanova · il y a
Eh ben voilà : je suis prise dans la lecture de vos chroniques de famille ordinaire :) Et je me régale !
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Jacqueline Hardy-Jamil · il y a
tellement vrai, moi j'ai senti la différence quand ma fille a atteint l'âge de raison (7 ans)...
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Zalma Solange Schneider · il y a
Je suis étonnée qu'il n'y ait pas plus de votes, pas plus de commentaires...
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Zalma Solange Schneider · il y a
Oui, poursuivez... c'est tellement juste, vrai, bien dit... avec, enfin, de véritables mots francs qu'on imagine prononcés d'un ton normal, et non d'une petite voix flûtée de "mère qui se sent obligée de...", et qui sonne tellement faux... cette voix épouvantable, mainte fois entendue sur les trottoirs, devant l'école... toute cette hypocrisie sociale qui me fait frémir...
Bref, votre texte est clair et franc, rafraîchissant, et tout joyeux, au fond...!

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Cécile Prost · il y a
J'adore ! Poursuivez ....

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